£studío6 Hulíanos

£studío6 Hulíanos
IRevísta cuatrimestral


de investigación Ttulíana Y jlbedíevalístíca
publicada por la


jlbaíorícensís Scbo la ïuliísííca


Instituto internacional del


•Consejo Superior de 'Investigaciones Científicas


Núm. 37


S ü M \ K I í )


E S T U D I O S


P. E P I I R E M L O N G P R É , O. F. M. ( f ) . La primauté du Christ selon Raymond


Liille . . . . . . . . . . . . . . p¡ig. ')


R A F A E L B A U Z A \ B A U Z A , Doctrinas jurídicas internacionales de Ramón Llull pág. 37


P. A N T O N I O O L I V E R . C. H. El Beato llamón Llull en sus relaciones con la
Escuela Franciscana de los siglos XIIFXIl . . . . . . . pág. 51


S. G A R C Í A S P A L O U , La primera obra i¡ue escribió llamón Llull pág. 67


L L L I S M O R E T R O S P E C T I V O


JOSÉ M.* C U A D R A D O , Raimundo Lidio y sus biógrafos . . . p.'íg. ti.'i


B I B L I O C R A I [ A


F. V A N S T E E N B E R G f IEN, Raimundi LuIIi Opera Parisiensia Edición y prólogo


de II. Riedlinger) . . . . . . . . . . . pág. 91


Bibliografía luliana y medievalística, pág. 104. - Bibliografía científica selecta, pág. 107


Vol . X I I I . Fase. 1 P A L M A DE M A L L O R C A .España A ñ o X I I I : 1%9




EPHREM LONGPRE
un mystique franciscain


de notre temps.


(Journal spirituel et letres


présentes par


E D O U A R D PARENT, 0 . F. M.


Reauchesne, Paris, 1969, 323 pages, 42 !'.)


R A Y M O N D LULLE
D O C T R I N E D ' E N F A N T


Version médiévale du ms. fr. 22933 de la B. ¡V de Paris


Texte établi et présenté


par


A R M A N D LLINARÉS
Professeur á la Faculté des Lettres de Grenoble


et <Magisli*r> de la cMaiurieensis Schola Lullistica»


(Pans. Librairie C. Kl inckis ieck, 1969, 28 f.)


La Direction des ESTL DIOS Ll LIA\()S recevra avec reconnais-
sance tous travaux à publier (.sous réserve du jugement par le Comité
de Direction) et tout ouvrage scientifique, particulièrement lullien ou
médiévalislique, a recenser, ainsi //uc toute proposition d'échange avec
de Revues similaires.


Envoyer les manuscrits, les livres pour compte-rendu et les Revues
d'échange au Directeur:


D R . S . G A R C Í A S P A I . O I . Apartado 1 7 . l 'aima de Mallorca ( l ispaña).


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£síudtos Xulíanos
IRevísta cuatrimestral


de investigación ïulíana f jflbedtevalísííca
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Jlfraíorícensís Scbo la Tlullísfíca


Sustituto ^Internacional del


Consejo Superior de •investigaciones Científicas


Vol. XIII 1969 Año XIII


E S C U E L A L U L I S T Í C A M A Y O R I C E N S E


P a l m a de Mallorca






LA PRIMAUTÉ DU CHRIST SELON RAVMONÜ LULLE


L'Ecole franciscaine s'est distinguée dans le domaine théologique
par ses grandes thèses sur l ' Immaculée Conception et la Primauté
absolue de Jésus-Christ. 1


C'est à ce mouvement doctrinal qu'appartient l'insigne représen-
tant de l 'apologétique missionnaire et de la mystique lyrique en
Espagne, au moyen âge: le B. Raymond Lulle . 2


Il est des thèmes qui ne sont jamais épuisés et qui se posent sans
cesse à la réflexion théologique et métaphysique. La Primauté du
Christ se place au premier plan de ces problèmes éternels, comme
l'observait jadis saint Anselme dans son opuscule d'or, le Cur Deus
Homo.' 11 n'est donc pas étonnant que le "Procureur des Infidèles",
dans ses innombrables écrits rédigés pour faire accepter au monde


1 E. Longpré, O.F.M., La Royauté de Jésus-Christ chez saint Bonaventure
et le B. Jean Duns Scot, 2e éd., Montréal 1927; Jean-François Bonnefoy, O.F.M. ,
La Primauté du Christ selon l'Ecriture et la Tradition, R o m e 1959; Edouard
Parent, O.F.M. , La Primauté absolue du Christ au moyen âge. Thèse présentée à
l'Institut d'Etudes médiévales à l'Université de Montréal, Montréal 1947, p. 376.
Texte dactylographié qui constitue l'une des meilleures études sur la présente
question. Idem, Prédestination absolue et primauté du Christ chez Duns Scot, dans
Culture (Québec) , 6(1946)466-484. Pour une étude d'ensemble de toute la question
jusqu'à notre époque, cf. P. Meinolf Miickshoff, O.F.M.Cap. , Die Mariologische
prédestination im Denken des jranziskanischen Théologie, dans Franziskanische
Studien (Werl i. W ) , 39(1957)288-502: la bibliographie est presque exhaustive;
Hipp. , Baril, O.F.M., Le premier né de la création, dans Culture 21(1960) 133-151.


2 E. Allison-Peers, Ramon Lull. A Biography. London-Nev>-York 1929;
Fr. Sureda-BIanes, El Beato Ramón Lull. Su época, su vida, sus obras, sus empre-
sas, Madrid 1934.


3 C. 1, dans Obras completas de San Anselmo, Madrid 1952 ( B . A . C . ) , I , p. 744:
" D e qua quaestione non solum litterati sed etiam illiterati multi quaerunt et
rationem ejus desiderant. Quoniam ergo de hac multi tractari postulant, et licet
in quaerendo valde videatur difficilis, in solvendo tamen omnibus est intelligibilis
et propter utilitatem et rationis pulchritudinem amabilis, etc. (cf. P L 158, 361) .


1




6 ËfllRÈM LONCPRE, 0 . f. M.


de l'Islam le dogme de l 'Incarnation du Christ, ait abordé sous cet
aspect l ' insondable Mystère du Christ:'


De célèbres écrivains ont déjà exposé la position de Raymond
Lulle dans ce problème et marqué l 'évolution profonde de sa théolo-
gie, qui s'achève dans l'affirmation, toute pénétrée d'adoration et
d 'onction, de la Primauté absolue du Christ. ' Le présent essai doit
beaucoup à leurs recherches très erudites. 11 se propose seulement de
les prolonguer et d'apporter des précisions nouvelles dans un sujet
fort complexe .


Raymond Lulle est passé d'un point extrême à l'autre dans ses
recherches théologiques sur la Primauté du Christ et la finalité de
l 'Incarnation." Il a soutenu d'abord que l 'Incarnation du Christ Jésus
était conditionnée par la chute originelle et subordonnée è la rédemp-
tion de l 'humanité (per recrear Vumanul lynatgej: Il a affirmé ensuite
le sentiment opposé : l 'Incarnation n'a pas été occasionnée par la
déchéance primitive, mais le Christ est la fin principale de la création
entière et son achèvement. Sa première attitude se rencontre dans
tous ses essais théologiques, de 1274 jusqu'aux environs de 1285. La


4 Eph. 3, 4 ; Col. 1, 26, etc.
5 P. Samuel ab Algaida, O.F.M.Cap. , Christologia Lulliana, seu de motivo


Incarnationis doctrina li. Raymiindo Lull, dans Collectanea Franciscana (Assise) ,
1(1931)145-183; Mgr L. Eijo y Caray, La finalidad de la Encarnación según el liento
Raimundo Lulio, dans Revista española de teologia, 2(1924)201-227; B. Nicolau,
T.O.Reg. , El primado absoluto de Cristo en el pensamiento Luliano, dans Estudios
Lulianos 2(1958)297-312; Basilio de Rubi, O.F.M.Cap., El Crislocentrismo de Ramon
Llull, dans Estudios franciscanos, 60(1959)5-40; Sur ces différents écrits, cr. Dr. S.
Garcías Palou, El Crislocentrismo de Ramon Llull, dans Estudios Lulianos, 311959)
219-221; et Bull, de théol. une. et méd., 8(1959) n. 702. — Divers renseignements
sur le problème se rencontrent aussi chez Mgr Maura y Gelabert, El optimismo del
B. R. Lulio, Barcelona 1904, p. 29-41 ; E. Longpré, O.F.M., Lulle (Le B. Raymond),
dans Dict. de théol. catholique LDTCI, Paris 1926, I X , col. 1127-1128; Fr. Sureda-
Blanes, El Beato R. Lull, p. 154-5, 210-211, 299-300; S. Gare. Palou, Cuestiones de
fisiologia y psicología humanas en Cristo, tratados en los escritos teológicos del


B. Ramón Llull, dans Revista española de teología, 3 (1943)259; P. Ehrard-W. Plat-
zeck, O.F.M., Observaciones sobre Lulistas Alemanes, dans Revista espuñolu de
teología, 2(1942)305-323, surtout p. 306, 315-6, 322.


6 B. Nicolau, El primado absoluto de Cristo, p. 301-303.


7 Libre de Contemplado, c. 258, n. 23, dans Obres de Ramon Lull, Mallorca


1911, V , p. 2 9 3 ; c. 118, n. 22, Obres, III , p. 101 : "Senyor ver Deus, qui us encarnas


en nostra Dona Sancta Maria per tal que recreassets l'umanal lynatge" .


2




LA PRIMAUTE DU CHRIST ?


seconde débute vers 1285-1286, avec l 'opuscule Cent noms de Deu;H
elle se maintient dans tous ses ouvrages postérieurs jusqu'à sa mort
glorieuse, notamment dans le Libre de Deu et Jesuchrist, écrit à Palma
de Mallorca en 1300 et qui est un pur joyau tliéologique."


Cette évolution de la pensée de Raymond Lulle n'a pas été
marquée par les disciples traditionnels du Docteur Il luminé, pas même
par le célèbre P. Antoine Pasqual, O.Cist.,'" à qui la mémoire du
"Procureur des Infidèles" doit tant. Mais le fait a été définitivement
établi par Mgr Leopoldo Ei jo y Garay . " Il est étonnant que ce déve-
loppement n'ait pas été perçu dans le passé. Sans doute, comme
l'observe justement M. l 'abbé Garcías Palou, ' - Raymond Lulle "ne
s'est jamais proposé d'écrire un traité didactique sur Jésus-Christ; il
n'a jamais enseigné comme régent d'une chaire universitaire". Mais
il faut reconnaître que le Libre de Contemplació formule si explicite-
ment la thèse de l 'Incarnation rédemptrice, dans plus d'un chapitre
d'une technicité scolastique incontestable, que le fait n'aurait pas dû
échapper à une étude critique et objective.


Précisons succinctement les deux attitudes théologiques de
Raymond Lulle d'après quelques écrits d' importance majeure, autour
desquels se groupe toute une floraison d'opuscules, d'essais et de
poésies.


Le Libre de Contemplació, rédigé entre 1272 et 1277, et le Blan-
querna, achevé vers 1283, 1 : 1 formulent explicitement la pensée christo-


8 Sur cet opuscule, cf. Longpré, Lutte (Le B. Raymond), col. 1105 ; surtout
Allison-Peers, Ramon Luit, p. 193-197. Le texte se lit dans Obres (Rims, I, ed. Moss.
Salv. Galmes — D r . R. d 'Alos-Monerl , X I X , Mallorca 1936, p. 75-170.


a Cf. Dr. Gare. Palou, Cuestiones, etc., p. 251, 303-304; F. Suteda-Blanes,
El B. Ram. Luit, p. 299-300.


1 0 Vindieiae Lullianae, 4 vol., Avignon 1778, II , p. 235-236.
1 1 Cf. B. Nicolau, El ¡¡rimado absoluto, p. 303 : " E s , por cierto, al autor de


ese artículo a quien cabe el mérito de baber sido el primero en descubrir dicha
evolución. Pues, si bien la habíamos demostrado, con abundancia de textos en
nuestra tesis doctoral escrita cinco o seis años antes de que apareciera el trabajo
del Dr. Eijo ( = P. Bart. Nicolau, T.O.Reg. , Doetrinue Lullianae specimen circa
Verbi Incarnationem, Romae 1935. Thèse inédite), es cierto que la descubrimos
sólo después de que el erudito Obispo de Madrid habló de ella, en carta particu-
lar, dirigida a nuestro llorado P. Bartholome Salva, T .O .R . Cuique suum" .


: - Cuestiones, p. 305.
1 3 Analyse générale chez Allison-Peers, Ramon Lull, p. 43-81; 159-191; S. Su-


reda-Blanes, El beato, p. 221-235 et chez J. Pons i Marques et A . Sancho dans
R. Llull , Obres essentiales, Barcelona (Ed. Selecta) 2 vol., 1957-1959.


3




8 ËPIIRËM L O N G P H É , O . P . M.


logique do Raymond Lulle à ses débuts. Ramené à Dieu, vers octobre
1266, par la voix du Crucifié, "qui se présenta à lui cinq fois en cro ix" ,
c omme il le déclare lui-même dans le Descunort (vers 1295) , ' 1 Raymond
Lulle fut d'abord le théologien contemplatif de la Passion. Tout
converti, qui confesse ses errements, tel saint Augustin, se tourne
spontanément vers la Croix, comme le démontrent l 'hagiographie et
la psychologie religieuse. Ce que furent à cette date les sentiments
et les émotions de Raymond Lulle en face du Calvaire et du Christ
en croix, il est aisé de le savoir par l ' immortel Plant de Nostra Dona,
Santa Maria,''' composé à l 'époque du Libre de Contemplació. Lorsque
j e lus pour la première fois le Plant dans la splendide édition de mon
très regretté ami, M. Ramon d'Alos y Monor, ' " je compris que ni
François d'Assise, ni le Docteur Séraphique, saint Ronaventure, ni Ja-
coponc de T o d i 1 7 n'avaient contemplé avec plus de lyrisme et d'éléva-
tion le Roi du salut — el Rei de salut'* — qui a tout sauvé au prix
de sa mort — per compra de mort'" — et les hautes douleurs de la
Vierge "reine et mère des pécheurs"- ' ' — lo Desconliort que hac Nostra
Dona de son Fill.2' Il n'est rien de comparable au Crucifix, assure
Raymond Lulle. C'est le plus grand et le plus bel objet sur lequel
puissent se poser ici-bas les yeux corporels de l 'homme et les sens
intérieurs du coeur. - 2 Nulle fleur se rapproche de sa beauté ver-


1 4 Desconort, v. 17, Obres, X I X , 227. Cf. F. Sureda-Blanès, El Beato, c. 7,
p. 107-119.


1 5 Obres, X I X , 201-216.
1 8 R. Lull , Poesies, Barcelona 1925 (coll . : Els nostres clàssics), p. 53-72.
1 7 P. Barbet, Quelques poésies de fra Jacopone de Todi, transcrites de


l'ombrien, Paris 1935, p. 393-398: Plainte de la Madone de la Passion de son fils
Jésus-Christ — "J'ai gardé pour la fin le vin miraculeux des noces de Cana, ce pur
chef d'oeuvre: le Pianto delta Vergine, qu'on ne peut relire sans être ému aux
larmes" .


1 8 Poesies, Plant, v. 20, p. 54.
1 9 Ibid., v. 12, p. 53.
2 0 Ibid., v. 374, p. 72.
2 1 Ibid., p. 153. La Passion du Christ et l'Incarnation ont toujours pour


motif le péché originel, Plant, v. 301-307, p. 6 8 : Estremi's Jesucrist e reclama
Eli — Qui es interprat " tu qui es Deu de m i " , — Deus de la humanitat lo qual ell
relinqui — En lleixar — lo morir, mas d'ella no es parti. Mas vole que moris perço
que hagués fi, d'original pecat qui per la mort deli. Cf. Hores de Sancta Maria,
ps. 6 : De recreació dels peccadors, dans Obres, X , 1915, p. 239-40.


2 2 Li'óre de Contemplació, c. 120, n. 25-30, Obres, I II , p. 115-116; c. 123,
Obres, I II , p. 131-137.


4




L A P R I M A U T É D U C H R I S T


meil le . 2 3 La Croix est l 'étendard et l 'écu royal du Christ Seigneur. 2 '
L'univers est ordonné et embelli par tout ce qu'elle symbolise de
piété, de miséricorde et d'humilité divines. 2 ; ' Aussi Raymond Lulle
demande-t-il à Dieu de lui accorder sans retard la science de la langue
arabe pour prêcher au plus tôt "la Passion du Seigneur et la Sainte
Trinité" , mais d'abord la Passion du Christ / "


Dans la ferveur de cette adhérence lyrique au Crucifié, Raymond
Lulle reprend naturellement les grands thèmes sotériologiques de
saint Augustin, et plus encore de saint Anselme: il consacre à la thèse
tle l 'Incarnation rédemptrice plusieurs chapitres — douze au moins —
étroitement parallèles.-' Entre tous les textes explicitement consacrés
a la discussion théologique de la raison finale de l 'Incarnation, se
détachent particulièrement les exposés systématiques qui constituent
les chapitres 183-"1 et 185-'-' du Libre de Contemplació. L'humanité est
tombée à la suite de la faute d 'Adam, car le bien seul vient de Dieu, 3 "
et non point le m a l . " Par suite de la chute primitive, le péché originel
est universel; il atteint tout h o m m e . 1 2 Avec la tradition chrétienne
entière, le récent converti du Crucifié avait le profond sentiment de
ce désordre fondamental . 1 3 Pour que l 'homme puisse réaliser sa fin
dernière fixée par le Créateur et retrouver la grâce sanctifiante et
obtenir la rémission de ses fautes, il fallait l 'Incarnation du Fils de
Dieu en vue de sa Passion et de sa mort expiatrice. L 'homme était
impuissant à se relever de la chute originelle. L'Altissime réalisa donc


2 3 Libre de Contemplació, c. 123, n. 19-25, Obres, III , p. 135-136: " T o t la


pus bell senyal e la pus bella pintura el pus bell esclau que hom pusca veer en


est mon, es, Sènyer, l'esclau de la vostra passió; car no es neguna flor ni negun


ram ni neguna fulla ni negun pom qui tam bell veer fassa, com la vostra figura


de la c i e u " .


-•' Ibid., c. 123, n. 16, Obres, I II , p. 134sqq.


-• Ibid., e. 120, n. 25, Obres, I II , p. 115.


-'« Ibid., c. 126, n. 20-1, Obres, III , p. 148.


-7 Libre de Contemplucio, c. 53-55, Obres, I, p. 271-288, c. 60-62, II , p. 7-23,


c. 123, III , p. 131-137; c. 183, IV , p. 132-141; c. 184-185, IV , p. 142-159; c. 248, V ,


p. 196-206; cf. c. 250, V, p. 216-227, et c. 251, V, p. 227-236.
2 8 Obres, IV, p. 132-141.


-•' Obres, IV , p. 150-159.
3 0 C. 53, Obres, I, p. 266-270.
3 1 C. 53, I, p. 271-276.
3 2 C. 53, n. 16-18, I, p. 273.
3 3 Ibid., n. 13-22, I, p. 273-275; c. 251, V , p. 227-236; cf. c. 62, I I , p. 18-23;


c. 83, n. 2-6, II , p. 133 ; c. 248, V , p. 196-206.




1U EPtlREM LONCPRÉ, 0 . F. M.


l 'Incarnation 3 ' 1 scion les hautes exigences de ses attributs et de ses
dignités, la justice et la miséricorde, l 'amour et l 'humilité, la patience
et la l ibéral ité . " Parce que unie au Verbe de Dieu, l 'Humanité sainte
de Jésus est le chef d'oeuvre de l 'univers, 1" et le nom du Christ est
au-dessus de tout n o m . 1 7 Mais l 'Incarnation n'a été décrétée, selon la
justice et la miséricorde de Dieu, (pic pour la nouvelle création
(recreació) du genre humain, ainsi que le déclare en style lapidaire le
B. Kaymond Lul le : 3 " " V o s sots encarnat e nat e mort per amor de
recrear h o m e " . Essentiellement, poursuit-il, 1 1 ' " la grâce que vous nous
avez faite par l 'Incarnation et la Passion est la grâce de la rédemption
pour tous ceux qui croient et espèrent en elles". Créateur dans sa
nature divine, le Christ est rédempteur dans son humanité et dans
son Incarnation. '" Des déclarations de ce genre se rencontrent innom-
brables dans le Libre de Contemplació:'' Par suite, si l 'humanité ne
fût pas tombée en Adan et si le péché originel n'eût point atteint
l 'humanité entière, il n'y aurait eu ni Incarnation ni Passion, et par
conséquent ni redressement de l 'humanité ni restauration de l'uni-
vers.'-' Au chapitre 183,'" qu'il faudrait reproduire en entier, Kaymond


" C. 184, IV , p. 142-150.
1 1 C. 185, IV , p. 150-159: En axi com lo mirall clar c vertader e representa


a hom ses faysons com hom se mira en ell, en axi e molt mills encara entellectua-
lement les vostres vertuts signifiquen e demostren la final rao segons la (pial vos
avets occasio de esser home, etc. ; n. 7, p. 152: En axi corn al sol es propria cosa
resplandor e Ingor e privar tenebres, en axi e molt niill> encara es propria cosa a
la vostra bonea fer bouées en endressar e ordonar e restaurar e adobar les coses
males e desendressades e desemparades e perdudes. — Sur l'humilité dans l'Incar-
nation, cf. c. 87-91, II, p. 150-171; c. 218, n. 16-18, V, p. 201-202: Car en altra
manera no pogra tam bé ni tam noblement lo mon esser recreat; c. 62, n. 10-16,
II , p. 19-20: En axi com tot lo mon fo corromput per corrompiment d'orne, en
axi convenç que aquell qui convenç esser recreador del mon, que fos Deu e h o m e :
car ja' 1 mon nos pogra recrear per nulla cosa si no per cosa que fos Deu e home.


•>'• C. 150, n. 1, III , p. 298.
; ' 7 C. 250, n. 28-30, V, p. 226-227; cf. c. 338, n. 4, VI I , p. 274.


C. 248, n. 22, V, p. 203.
3 9 C. 248, n. 27, V , p. 205.


" ' C. 68, II, p. 5 1 : A b la vostra Deitat nos créas, e ah la vostra Humanitat
nos recreas; c. 150, n. 17, 111, p. 3 0 1 : La vostra Deitat es creadora de totes créatu-
res, e la vostra humanitat recrea totes créatures.


" C. 81, II , p. 117-122; c. 91, n. 7, II, p. 171 ; c. 248, n. 22-28, V, p. 2 0 5 ;
c. 251, V, p. 227-236; c. 254, n. 10, V, p. 258 et n. 17, p. 260 ; c. 258, n. 23, V, p. 293.


••- C. 185, IV , p. 150-159. Cf. c. 338, n. 19-20, VI I , 279-280.
4 3 C. 183, IV , p. 132-141.


6




L A P R I M A U T E D U C H R I S T I I


L u l l e a f f i r m e c e t t e t h è s e à t o u s l e s p a r a g r a p h e s d e sa m é d i t a t i o n


t h é o l o g i q u e , c o m m e u n r e f r a i n : El peccat d'Adam es general, car si'l


peccat no fos general, vos, Sènyer, no agrets presa carn humana ni
agrets dada vostra Humanitat a mort per amor de restaurar Vumanal
lynatge." I s ' e n h a r d i t j u s q u ' à é c r i r e q u ' i l n ' y a u r a i t p a s e u a u m o n d e


u n E t r e q u i f û t a i m é d e D i e u a u p l u s h a u t p o i n t et q u i e n r e t o u r


a i m â t D i e u p l u s q u e t o u t e s les c r é a t u r e s — l e C h r i s t J é s u s e t sa M è r e ,


l a V i e r g e M a r i e — p u i s q u ' i l n ' y a u r a i t p a s e u d ' I n c a r n a t i o n s a n s


l ' e x t e n s i o n u n i v e r s e l l e d u p é c h é o r i g i n e l . 1 ' A s s e r t i o n e x t r é m i s t e q u e


l e B . R a y m o n d L u l l e d u t p l u s t a r d a m è r e m e n t r e g r e t t e r et q u ' i l e f f a ç a


p a r t o u t e s o n o e u v r e , d è s q u ' i l d é c o u v r i t d a n s l e V e r b e I n c a r n é la f i n


u l t i m e et s u p r ê m e d e la c r é a t i o n e n t i è r e !


L e " P r o c u r e u r d e s I n f i d è l e s " n ' a v a i t d o n c p o i n t l ' i n t u i t i o n d e l a


P r i m a u t é d u C h r i s t i n c o n d i t i o n n é e l o r s q u ' i l é c r i v i t l e Libre de Con-


templado. Il n ' y é t a i t p a s e n c o r e p a r v e n u — m a l g r é d ' a d m i r a b l e s


a p e r ç u s s u r le C h r i s t m é d i a t e u r d e g r â c e et t e r n i e s u p r ê m e v e r s q u i


t o u t c o n v e r g e 1 8 — l o r s q u ' i l r é d i g e a i t s o n Liber mirundarum démons-


4 4 C. 183, n. 25, IV , p. 140 ; cf. n. 11, IV , p. 135 : Per tul que aquesta Subirana
misericordia, Sènyer, sia de vos significada a home, fo lo peccat original general,
car si general no fos no forets encarnat ni mort per home, e si no ho fossets, no
forets vist per nos altres en tan gran misericordia come sots, etc. ; n. 8, IV , p. 134:
Si'l peccat d'Adam no fos general, vos, Sènyer, no agrets occasio que us encar-
nassets ne fossets h o m e ; etc.


4 5 C. 183, n. 18, IV , p. 137: Si'l peccat, Sènyer, no fos general, no fora signi-
ficat que vos aguessets occasio d'esser home, e si vos no fossets home, no fora una
individuitat en especia humana qui fos més amada per son creador que totes les
altres créatures ne qui amas mes son creador que totes les altres créatures; car la
vostra natura divina ama més la humanitat ah que es unida que totes les altres
créatures, e la vostra humana natura ama més la vostra deitat que no fan totes
les altres créatures. On, per tal que aquesta amor fos tan gran enfre creador e
creatura, volgués, Sènyer, vos ésser unit ah creatura, la cpial unio, no fora si 1
peccat no fos general en la especia humana del primer pare.


' í e Liber mir. dem., 1. 4, c. 24, Opera omniu, éd. Mayence, II, p. 207-208. Le
passage est reproduit à juste titre par le R.P. Samuel d'Algaida, orí. cit., p. 167-168:
Quia supremum bonum est finis hominis, convenu quod unus homo sit finis
omnium individuorum humanae speciei, et quod supremum bonum sit finis illius
hominis : quia quemadmodum homo est medium, per quod supremum bonum est
finis plantarum et metalloruni et irrationalium, ita de necessitate convenit, quod
homo unus sit medium, per quod supremum bonum sit finis omnium hominum:
et si supremum bonum esset finis omnium hominum, absque eo, quod in illis
esset medium, esset complementum omnium hominum; et si esset, non uteretur


:




12 ÈPHHEM LONGPRK, O. F. M.


trationum,11 le plus grand monument de l 'apologétique missionnaire
qu'ait produit la pensée médiévale, et son ouvrage le plus célèbre au
X l l l e siècle: le Blanquerna." 11 est vrai qui'l n 'aborde guère les
problèmes christologiques dans ce récit, mais qui le lit, la plume à la
main, constate de suite que nulle part Raymond Lulle voit dans le
Christ Jésus la fin et le couronnement des oeuvres divines. Cette
perspective de haute finalité est ici ignorée, de même que dans le


justitia in hominibus peccatoribus nec in justis, postquam omnes haberemus


gloriam; sed quia unus homo est finis omnibus hominibus, et illi bomini, hoc


est Jesu Christo, est finis supremum bonum, ideo ille homo est finis omnibus


beatis per influentiam unionis Filii Uei et illius hominis ; et humilies peccatores


et injuriosi sunt digni poenis, etc.
1 7 Dans cet éerit, R. Lulle marque nettement — dans un texte de haute inspi-


r a t i o n — que l'Incarnation et la Rédemption sont inséparablement liées pour la


suprême exaltation du Christ et que le Seigneur atteint le plus haut degré de


gloire par la Passion et la mort, Lib. mir. ilemons. 1. 4, c. 28, n. 2, Opera, I I ,


p. 213 : Certum est humano intellectui quod supremum bonum habeat perfectionem


in se ipso et in suo opere, quod opus habet in se ipso, et hoc est probatum et


demonstratum per seeundum et tertium librum. Lnde , cum supremum bonum sit


perfeetum in se ipso et in suo opere, convenit quod extra se ipsum faeiat opus


perfectum ad demonstrandum opus perfeetum quod habet in se ipso quia, si hoc


non faceret, haberet defectum in suo opere ad extra, per quem demonstraretur quod


esset defectus in opere quod habet in se ipso ; et quia est impossibile quod habeat


defectum in se ipso et in opere quod habet in se ipso, ideo convenit quod ereaverit


et fecerit opus extra se ipsum quod sit perfeetum in altiori perfectione quam


creatura possit recipere, quia si creatura posset plus reeipere, opus non venisset


ad perfectionem nec ad fiiiem nec ad supremum gradum quem creatura potest


recipere, et si hoc non esset, opus quod supremum bonum fecisset extra se ipsum


non esset perfeetum; unde ad hoc ut opus esset perfeetum, voluit perficere opus


cum se ipso tune (piando se univit cuín humana natura quae fuit in altiori per-


fectione et in nobiliori fine quem creatura potest recipere. Et quia illa natura


humana est nobilior et perlectior, si sua mors est causa et finis ad reereandum


humanam speeiem quam si non fuisset mortua ad recreandam humanam speciem,


ideirco demonstratur quod, sieut supremum bonum voluit exaltare naturam huma-


nam Jesu Christi per uniré se cum illa, ita illani voluit honoraré et exaltare per


mortem, quae esset finis et reparatio humani generis; et si hoc non esset, ita


sequeretur quod supremum bonum perfeeisset naturam humanam Jesu Christi per


unum modum, hoc est per Incarnationem, et non honorasset per alium modum,


hoc est per mortem et recreationem, quem honorem natura humana Christi potuis-


set recipere et supremum bonum non tanto honore honorasset quantum honorem


natura humana potest recipere; et hoc est impossibile, per quam impossibilitatem


sancta passio Jesu Christi et recreatiu humani generis est demonslrabilis,


4 8 Obres, I X , p. 3-378.


8




L A P R I M A U T É D U C H R I S T 13


Libre de Amie et cVAmat," et dans La Art de Contemplació,™ qui s'y
rattachent. Au premier plan se trouve toujours la Passion, car "nos
yeux ont été créés avant tout pour regarder le Crucifix et les images
de Notre-Dame" . ' 1 La Croix est le signe distinefit de l ' A m i . 5 2 Sous la
plume de l 'auteur, se trouve pour la première fois le mot composé :
Encarnacio-Passio, qui ne se lit pas dans le Libre de Contemplació
et qui exprime nettement la liaison nécessaire de l 'Incarnation et de
la Passion. Raymond Lulle écrit en effet : Molts son los libres on es
escrita veritat de la Encarnacio-Passio del Fill de Deu, qui val a
recreació; mas no valen los libres als infeels, qui han defalliment de
monstradors.53 Le terme se lit deux fois encore dans le Blanquerna,"
alors que dans VArt de Contemplado,^ il est plutôt question de " la
sainte Incarnation-passion du Fils de Dieu" . Par suite, bien que la
Vierge Marie et le Christ Jésus soient exaltés au-dessus de tous les
êtres dans leurs perfections insondables et dans le Blanquerna™ et
dans l'.4rt de Contemplación" l 'Incarnation demeure toujours en
fonction de la Rédempt ion . 5 8 Le Christ est formellement celui qui
recrée le monde et le sauve, recreador e salvador.''9


Ainsi s'est définie l'attitude de Raymond Lulle dans ses premiers
écrits jusqu'aux enviions de 1285. Sa Christologie est exclusivement
sotériologique: le Christ n'est venu sur terre que pour réformer et
relever la lignée humaine, comme l'assure le Livre de l'enseignement,


« Obres, I X , p. 379-431.


Obres, I X , 433.


Blnnquerna, e. 26, Obres, I X . p. 95.


'•2 Amie et Àmnl. 101, Obres. I X , 393.
, 3 Blnnquerna. r. 48. Obres. I X . p. 156.
5 4 Ibkl.. c. 45. n. 4, TX, p. 145-146; c. 50. n. 5, I X , p. 167.
5 3 C. 6. n. 6. I X . 460.


»« C. 61-65. I X . p. 226-231.


« C. 6. I X , p. 457-458; c. 8. I X , p. 466-469.
, 8 C. 6. n. 4, I X . p. 458-459: E per aço. Blanquerna. dcvalla fa memoria a


remembrar la viltat e la miseria d'aquest mon e los perrats que y son, ni rom
fo pran la malvestat que nostre pare Adam feu rontra son creador rom li fo
desobedient ni com fo pran la misericordia largue a humilitat paciencia de Deu
com li plac pendre carn humana ni corne vole aquella carn donar a pobretat,
menys preament, turments, treballs e angoxosa e vil mort sens que no havia colpa
ni tort dels nostres falliments.


5 9 Blanquerna, c. 8, n. 6, I X , 50.


9




14 E P H R E M L O N G P R É , O . F . M .


pour enfants/'0 après les grandes synthèses du Livre de la Contempla-
tion.6' Le "Procureur des Infidèles" n'a pas d'autre message à porter
au monde de l'Islam pendant cette période d'études et d'activités
apostoliques.


Vers 1285, les perspectives ehristologiques de Raymond Lulle
apparaissent soudain renversées, sans que rien ne laissa prévoir
explicitement"- un changement si radical. I T ne grande intuition a surgi


6 0 Libro de Doctrina pueril, c. 4, n. 7, Mallorca 1906, p. 1 2 : A quest Jesucrist
vene en lo mon per recrear lo mon e per exalzar I nmanal linatge qui era caigui,
e lo qual fo exalsat ah ver ajustament de natura divina e de natura humana e
ah lo treball e passió que sostenc per amor de nos altres, etc.: cf. P. Samuel d'Al-
gaida, art. cit. p. 171. n. 2 ; Mgr Eijo v Caray, art. cit., p. 212.


Mgr. Eijo y Garay, art. cit., p. 212, écrit au sujet du Libre, de Contem-
plado: "E l Verbo se encarna para juntar las naturalezas divina y humana, la
humanidad de Cristo es mucho mejor y más noble que todas las demás rreaturas
y más que todas juntas ama a Dios (C. 270, n. 4, Obres. V I , p. 13 ) , pero siempre
la Encarnación la concibe como motivada por la redención.. . Al final de la obra,
cuando ya germina en su mente el Arte Mnpna y a la caldeada y elocuente expo-
sición comienza a sustituir la algebraica combinación de letras que representan
conceptos, la Encarnación representada por la letra D , y la no-encarnación por la
letra E. significan siempre la idea encarnación para redención — aunque aparece
también en germen, sin desarrollo y por tanto sin el predominio que luego tendrá,
la idea de "e l ordenamento del m u n d o " por la encarnación". (C.í. r. 338. n. 21 ,
V i l . v. 280Ï.


A défaut de textes formels, en effet, plusieurs énoncés, fréquents sous la
plume de R. Lulle. bien avant 1285. suggéraient la thèse de l'Incarnation voulue
inconditionnellement. Déjà S. Ronaventure. qui a souscrit à la thèse de l'Incar-
nation rédemptrice, avait été amené à voir dans le Christ la raison finale de l'uni-
vers parce qu'il était plus aimé de Dieu que l'universalité des créatures; III Sent.
d. 32. a. 1. q. 3. Opera, éd. Quaracchi, TIT. p. 705-706: Ad illud quod ohjicitur
"propter quod unuinquodque et illud magis" . dieendum quod illud verum est,
secundum quod "propter " dicit habitudinem causae finalis prinripalis. non prout
dicit habitudinem rationis inducentis. Humanum vero genus respectu incarnationis
et nativitatis Christi non fuit ratio finaliter movens, sed quodam modo inducens.
Von enim Christus ad nos finaliter ordinatur, sed nos finaliter ordinnmur ad ipsum.
quia non caput propter membra. sed membra propter caput. Ratio tamen inducens
ad tantum bonum fuit nostrae reparationis remedinm, etc. De même Raymond
Lulle. A force de proclamer que le Christ était le chef d'oeuvre de Dieu, l'être le
plus aimé de la Trinité et qui lui rend le plus haut hommage d'adoration, parvint
à l'intuition que le Christ Jésus, plérôme de tant de grandeurs, ne pouvait être
décrété occasionnellement, en dépendance de l'humanité et de la chute. Ce principe
détermine logiquement l 'évolution de R. Lulle comme celle des scolastiques de
Jean Pecham au B. Jean Duns Scot, Ox., 3, d. 7, q. 3, n. 3, Opera, X I V , 356 : N o n


10




LA PRIMAUTÉ DU CHRIST 15


dans l'esprit du Docteur Il luminé et va se préciser lentement. Désor-
mais, le "Procureur des Infidèles" voit dans le Christ la fin suprême
et le couronnement de l 'univers. Il ne cessera plus de l'affirmer dans
tous ses écrits — j u s q u e dans l 'opuscule De compendiosa contempla-
tione, rédigé en 1313, à Messine, 6 3 ainsi que le déclare le célèbre
Antoine Pasqual . 6 ' Le chef d'oeuvre de Dieu, qu'est l'Tncarnation du
Verbe , n'est pas conditionné par la chute d 'Adam. L 'Homme-Dieu
constitue l 'intention première de la Trinité dans tout le mystère de
l 'économie surnaturelle et de la création universelle.


A quelle date précise, Kaymond Lulle trouva-t-il l 'orientation
définitive de sa christologie et s'arrêta-t-il à cette grandiose conception
de l'univers qu'allaient soutenir avec éclat Duns Scot. saint François
de Sales" 5 et Malebranche." 6 il est très ardu de le décider — vu l 'incer-
titude chronologique qui plane sur ses écrits et sur la suite de ses
pérégrinations à Montpell ier, à Paris, à R o m e , dans les centres du
haut savoir. Selon Mgr. L. E i j o y Garay, 8 7 c'est à R o m e même que le


r>t vori>imilc tam summum bonum in entilni' e s c tanluni ocrasionntiim. sciliect


propter minus bonum, etc. Pour ce motif. M g r Eijo y Garay, art. cit., p. 217. écrit:


" N o hay duda que la mente de Lnlio aparece ya excelentemente dispuesta para


prescindir de la redención como finalidad principal de la Encarnación", etc.
6 3 C. 2. par. 10, Obres. 1935, XVIIT . 4 4 5 4 4 9 : De divina gloria. — D i c ac nocte


in máxima meditatione sum qnaerens ubi sit summa rreatura a Deo summe intel-


liüibilis. amahilis el memorabil is? Et responsiim mihi datum est quod est in


divina gloria, ut ipsa gloria ¡ta magnum actiim babeat gloriandi objective et


subiective, sirut intellectus intelligendi. voluntas volendi. et memoria recolendi.


cum ipsa gloria sit ¡ta causa efficiens et finalis in creando, sirut divinus intellectus.


divina voluntas, el divina memoria. Per taleni autem modum non potest esse


summa rreatura in divina gloria nisi sit enninneta cum ipsa. quare ratione


coniunecionis generatur summitas et sublimitas. Est ergo divina Inrarnatio quam


inquirimus, ratione ruius totum universum exaltatuni est. quare Christi humanitas


pars est universi: propter quam partem Deus partissipat naturaliter m m omnilms


creaturis sicut partissipat cum eisdem. — ï.es textes du De compendiosa contem-


plationp ont été signalée pour la première fois par le P. Platzerk. art. cit., p. 315,


note 341.
fíA Vindiciae Lullinnae, 1.2, r. 17. n. 3. Avignon 1778. II , p. 359-361: " A d e o


trita est Lullii doctrina quod Jésus Christus sit finis totius mundi quod nullus fere


sit liher in quo hoc non proponatur" .
8 3 Cf. P. Jean-Baptiste du Petit-Bornand. O.F.M.Cap.. Essai sur la primauté


de Notre Seigneur Jésus-Christ. Lyon-Paris 1900. c. 4, p. 58-72.
6 6 H . Gouhier, La philosophie de Malebranche et son expérience religieuse,


Paris 1926, c. 1, sect. 2, p. 22-28.


•7 Art. cit., p. 217-218.


11




16 EPIIREM LONCPRE, O. F. M.


Docteur Il luminé aurait adhéré pour la première fois à la thèse de
l 'Incarnation raison et cause finale de l 'univers. Jusque là, sa théologie
se résumait ainsi: l 'Incarnation pour la Rédempt ion ; maintenant elle
se formule dans les perspectives des Epitres pauliniennes qui réservent
un rôle cosmique de premier plan au Christ Jésus: la création pour
l 'Incarnation. L'opuscule, Els cent noms de Deu, rédigé dans la Vi l le
Eternelle vers 1285.1"1 en fournit la preuve péremptoiro. Ce poème
affirme en effet, au moins à quatre reprises, la thèse qui sera désor-
mais celle de Raymond Lulle. "Jésus est l 'Homme-Dieu pour que le
Seigneur participe à tout ce qu'il a créé . 6 9 — C'est principalement pour
To i , ô Christ, qu'existe le monde créé du néant et pour ton hon-
neur . 7 0 — Dieu a tout créé pour être connu, aimé et sans cesse être
présent à la mémoire et pour qu'un H o m m e soit Dieu dans le
m o n d e . 7 1 — Dieu a disposé de tout l 'univers pour s ' incarner" : 7 2 Dios
ha ordenado el mundo para encarnarse. De toute évidence, tout est
neuf dans ees textes poétiques, hauts en couleurs et sonores.


Ce poème, que Ravniond Lulle désirait voir psalmodier par les
chrétiens " c o m m e les Sarrasins chantent l 'Aleoran dans leurs mos-
quées" et qui existe en manuscrit sous forme d'heures canoniales,
marque-t-il vraiment un début? Ces tercets de trois mil le vers ne
chanteraient-ils pas plutôt une doctrine acquise antérieurement ou
parallèlement par une enquête théologique plus poussée que les médi-
tations du Libre de Contemplado? L 'hypothèse est plausible, car
d'ordinaire l 'inspiration lyrique ne découvre pas les synthèses théolo-
giques, mais les diffuse, par le rythme ou la liturgie. A la suite de
Pasqual, en effet, le R.P. Platzeek. O.F.M. 7 : 1 a signalé un texte impor-
tant du Compendium nrtis demonstrativae,14 qui a trait au problème


Obres. X I X , p. 75-170. Selon M . Salvador Galmès, l'écrit serait plutôt de


la fin de 1292. Cf. Noticies preliminars, p. X X V I I - X X X I I .


"» Cent noms, c. 33, n. 2, Obres, X I X , p. 110.
: n C. 33. n. 6. X I X . p. 110.
7 1 C. 34, n. 5, X I X , p. 111.
7 2 C. 42. n. 5, X I X , p. 118: " l l a Deus ordenat lo mon per so que s'encarnàs


e que la carn que près en orde trobàs ab lo qual orde a gloria nos m e n a s " .


Cf. c. 94. n. 2, X I X , p. 163: "Crea Deus lo mon per aquella Humanitat que pres,


ab lo qual ha procurat com sia molt servit conegut e amat" . C. 66, n. 10, X I X , 139 :


Si Deus no aguce presa humanitat, no fora lausat en majoritat de amor emfre


causant e causat. — C . 78, n. 3 et 9, p. 149, c. 99, n. 4, X I X , 168.
7 3 Art. cit., p . 306.
7 4 Dist. 2, reg. 1, éd. Mayence, I I I , 77b-78b.


12




LA—PRIMAUTE DU CHRIST 17


de l 'Incarnation. Où le traité a-t-il été écrit et à quelle date? On ne
le sait trop, niais M. Allison-Peers place sa rédaction à Montpell ier
vers 1 2 8 . V peu après l'édition de Y Ars demonstrativa.76 Ce passage
du Compendiant est déjà un modèle de cette démonstration par analo-
gies parallèles (per aequiparantiam) qu'a inventée Raymond Lulle.
Il faut toute la subtilité dialectique du R.P. Platzeck pour l 'entendre
approximativement. En termes très dépouillés, ce raisonnement peut
se résumer ainsi : En Dieu, il y a Vactio ad intra et Vactio ad extra.
Pour que l'activité extérieure — ad extra — soit marquée de la plus
grande ressemblance possible — e n unité, puissance, bonté et infinité —
avec l'activité intérieure — ad intra — qui s'achève parfaite dans la
production du Verbe, image du Père, il faut que Dieu crée au dehors
et s'unisse la plus haute image qui se puisse concevoir de son Etre.
Voici donc au premier terme de son agir, l 'homme idéal, l 'Homme-
Dieu qui s'achève dans la personne du Verbe. S'il n'en était pas ainsi,
si le Christ n'était pas posé de ce chef, les dignités divines se révéle-
raient déficientes, imparfaites: Sic deficeret magnitude) bonitatis, etc . ;
elles n'agiraient point selon tout leur déploiement. Le terme le plus
élevé de l 'opération divine, VEffectus superlativus, ne serait pas pro-
duit. Ces conséquences manifestes sont impensables, contradictoires et
opposées à la perfection des dignités en Dieu. Par contre, les exigences
rationnelles sont satisfaites, si le Verbe , image intérieure, fait de
l 'homme, similitude créé de l 'Altissime, l 'Homme-Dieu, en l'assumant
dans la gloire de l 'union personnelle. 7 7


' •' Cf. Ramon Luit. p. 155-156.
7 6 Rédigé à Montpellier, cf. Ibid., p. 154-155.
7 7 Compendium, éd. cit. 77b-78b: Post modum vero ronsiderans E ( = summam


perfectionem et nobilitateni extrinseci ipsius A — id est Dei et dignitatum ejus)
ratione ipsius A, videlicet ratione magnitudinis operandi extrinseci in bonitate,
magnitudine, etc. — ut ejus operatio extrínseca habeat majorera similitudinem
bonitatis. etc. quam possit recipere ab ejus operatione intrínseca — sicut major
similitudo operationis. quam sensatum possit recipere ah operatione intrínseca
animae rationalis hominis, est in hoc quod rationativum, rationando suum ratio-
nabile propinquum et in eodem per consequens rationabile remotum, videlicet
sensatum. induit ipsum rationabile remotum in rationabili propinquo de tota anima
rationali tanquam de forma et fit homo, et sic de aliis inferioribus, ut dictum
est — tune considerat ipsum E quod A ratione suae summae bonitatis, magnitu-
dinis, etc. operationis extrinsecae de omnibus creatis trahit tinam summam suam
similitudinem tanquam finem omnium creatorum; summa vero ejus similitudo et
imago est homo inter caetera creata quae non sunt homo, ut dictum est; et adhuc


13




18 EPHREM LONGPRÉ, O. F. M.


Cette argumentation, fine fleur rie l 'optimisme profond de la
pensée chrétienne au moyen âge, de saint Anselme à saint Bonaven-
ture, est classique chez Raymond Lulle. Certes, il ne déclare pas expli-
citement dans le Compendium artis que l 'Incarnation est la fin et le
complément de la création entière, mais il voit déjà en elle le premier
effet, le terme obligé, nécessaire de l 'action de Dieu ad extra. Il me
semble qu'il ne faut pas sous-estimer la portée théologique et histori-
que de ce texte, car c'est justement dans un ouvrage qui suit de très
près le Compendium et qui a été rédigé également à Montpel l ier : les
Quaestiones per artem demonstrativam seu inventivam solubiles,"1* que
Ravmond Lulle soutient et développe largement la proposition suivan-
te : Notre Rédemption n'a pas été la fin principale de l 'Incarnation,
mais la manifestation de Dieu et la révélation de son amour. L'Incar-
nation est l 'intention primaire de la Trinité dans toutes ses oeuvres. 7 "


super omnes homine= rreavit umim Homincm ad suam imaginem et similitudinem,


nuem tanquam deificabile remotnm deifieat in deifirabili propinquo (sriliret in


Verbo) qui deifirabili? propinquus est eadem natura divina, eum suo deifirativo


— ita quod sirut sensum et anima rationalis sunt unus homo srilioet unum homini-


firativum. sio unum hominifiratum et Deus sint unum suppositum. quod dirimns


C.hristum de Deo et TTomine constituto. — Ft haer est major influentia et refluentia


T = emanatio et reductio selon Nirolas de Cusel operationis extrinserae quae possit


esse. quod Deifirativus. qui est Pater. suum proprium deineativum. qui est Filius,


videliret ipsa infinita et aeterna similitude Patris existens eadem natura divina,


nim Patre influeret ad deifirandum ipsa. majorem similitudinem Dei exteriorem


qui est homo — ut de similitudine interiori. quae est ipse Deus. et de similitudine


exteriori. quae est homo, sit unus Deus-Tíomo — aliter non continuaretnr linea


de gradu in gradum ah Ínfimo, ultra quod non est realis desrensus usque ad illud


summum ultra quod impossihilis est asrensus. ar etiam ipse partiripans rum omni-


bus rreaturis per ejus praesentiam non partieiparel rum eis per unionem suae


naturae eum naturis omnium earum. et sic defireret magnitudo bonitatis. etc..


divinae operationi« extrinsecae et creatura esset magis deificabilis quam Dens


deificativus rreatura et plus entis et realitatis importaré! vel signifiraret imago et


similitudo ipsius divinae operationis extrinserae quam ipsa res imaginata et similata.


videlicet ipsa operatio ar etiam figura et ¡mago alicujus esset producta de aliquo


summe conveniente, quod esset nihil. ac se verbo intellectus et imaginatione artificis


esset producta artificialis figura ita quod nunquam verbum fuisset ipsum verbum


cujus artificialis ipsa figura est similitudo extra impressa et unde producta est, quod


est contradirtio manifesta: et sic praedirta impossibilia et multa alia sequerentur.


nisi creatura esset Deus, ut praedictum est. — Sur les rapports de R. Lulle et de


Nicolas de Cuse à ce sujet, cf. Platzeck, art. cit.. p. 318-319.


7 8 Cf. Longpré, art. cit., col. 1093; Ail ieon-Peers, R. Lull, p. 224.
7 9 P. Samuel d'Algaida, art. cit., p. 181-183, reproduit la question entière,


14




LA PRIMAUTÉ DU CHRIST 10


Une fois conquis par la poésie et la dialectique à la thèse de l 'In-
carnation premier objet des décrets divins et cause suprême de finalité
et d'ordre, Raymond Lulle se hâta de l'inscrire dans son apologétique
missionnaire et sa théologie mariale. Il s'était en effet rangé à ce
sentiment avec cette conviction ardente qui lui fit écrire dans son
célèbre livre de controverse: Disputatio Raymundi christiani et Hamar
snraceni f 1306-1308) ces lignes qui étonneraient un théologien de ten-
dances opposées : 8 0 "Sans l 'Incarnation. Dieu n'aurait pu se disposer
à créer le monde , car l'univers est fini et a débuté dans le temps — pas
plus que l 'espoir de gagner un florin puisse être un motif suffisant de
construire un navire qui coûtera mille marcs" . Il n'entre pas dans
notre sujet d'analyser les démonstrations qui se lisent dans la Dispute
du fidèle et de l'infidèle*1 et les Questions résolues par l'art démons-
tratif et inventif, ou de recenser tous les textes qui se rencontrent sous
la plume du "Procureur des Infidèles" , depuis le livret poét ique: Els
cent jioms de Deu jusqu'au De majori agentia Dei, composé à Montpel-
lier en 1308, R 2 ou à la Compendiosa contemplació/3 qui date de 1313.
Il faudrait un volume de grand format. Tl suffit à notre but de marquer
par quelques textes de choix que le Docteur Illuminé a finalement et


Quaest. 29, éd. Mayenre, 1722. TV. 5 0 : notable est le passage suivant: " D e u s propter


magnitudincm et bonitatem ete. ereationis ereavit nos ad se ipsum prinripaliter.


non autem prinripaliter ad nosmetipsos ut nostra ereatio esset in majoritate boni-


tatis. etc. : eodem modo Deus assumendo carnem principaliter ereavit ad se ipsum


illum Hominem quem assumpsit et boc in tantum principaliter quod, ratione prin-


cipalitatis finis, uniens eum in se ipso univit eum ad se ipsum, quare manifeste


sequitur quod Deus propter sr prinripaliter sit inearnatus. Unde manifeste seque-


retur, si ipse esset inearnatus principaliter propter nos. quod ratione majoris et


prineipalioris finis creaverit nos ad nosmetipsos; et sic ipsa conjunctio sive unio


deitatis et humanitaris est in majoritate et minoritate, in minoritate et in majori-


tate, quod est impossibile, et contra ronditionem medii Dei et bominum, quia


contra principium et finem illius m e d i i ; quare sequitur quod prinripalior finis


Incarnationis fuerit ostensio et dilectio Dei quam nostra redemptio. etc. — Nostra


redemptio non fuit prinripalis finis incarnationis. sed ostensio et dilectio Dei . etc."


8 0 D'après Mgr Eijo y Garay, art. cit.. p. 218. Sur cet écrit, Golubovich. O.F.M.,


Biblioteca bio-bibliografica délia Terra Santa. Quaracehi 1906, I, p. 383-385.
8 1 Ecrit rédigé à Paris vers 1288/1289. Cf. Longpré, art. cit., col. 1097.
S 2 Cf. Longpré. art. cit., col. 1099. Eijo v Garay, art. cit., p. 226-227 note 84.


L'opuscule a été édité par le P. Bartb. Xiberta, O.Carm., dans les MUcellanea


Lulliana, Barcelona 1935, p. 147.
8 3 Dist. 2, dans Obres, XVTLT, 445449 . Le texte en est reproduit dans la note 63.


15




20 EPHREM LONGPRÉ. O. F. M .


définitivement adopté la thèse de la Primauté absolue du Christ (et
de la Bienheureuse Vierge Mar ie ) , en toute indépendance de la pré-
vision de la chute originelle ou de la Rédemption.


Voici d'abord l 'enseignement des Questions résolues par l'Art,
démonstratif ou inventif. Dans cet ouvrage, l 'apologiste de Mallorca
pose la question de la manière suivante: Utrwm in Incarnatione Dei
fuerit principale divina ostensio et dilectio vel nostra redemptio?8''
La réponse est explicite. La Rédemption n'est pas au tout premier
rang des intentions divines: elle ne conditionne pas le décret qui
concerne l 'Homme-Dieu. Neuf raisonnements subtils le démontrent
solidement. Le Christ est certes la fin de l 'univers — thèse plus
entrevue qu'affirmée ici — mais de toute évidence, — ce que Raymond
Lulle entend directement étahlir, — il n'exerce cette fonction qu'en
dépendance de la fin plus générale et absolument ultime que se pro-
pose Dieu dans toutes ses oeuvres et qui est sa gloire par la manifes-
tation de sa dilection et de sa bonté. Relevons quelques brefs énoncés :
In Incarnatione Dei principalior fuerit divina ostensio et dilectio quam
nostra redemptio. — Ratione majoritatis finis sequitur quod Deus
principaliter fuerit inearnatus propter divinam ostensionem et dilec-
tionem, non autem principaliter propter nostram recreationem. —
Nostra recreatio est per secundant intentionem et Incarnatio Dei per
primam. Toute la question 29 est dans ce sens. Selon la Disputatio
fidelis et infidelis.** Dieu décrète l 'Incarnation du Verbe en premier
lieu et pour elle-même, non pas précisément pour se révéler et se
manifester dans son amour, mais pour être aimé de la manière la plus
haute possible, hommage que seul l 'Homme-Dieu peut rendre par-


8 1 Quaest. 29, éd. Mayenre. I V , 50. Cf. P. Samuel d'Algaida, art. cit., p. 181-183.
8 5 Pars 4, n. 16, éd. Mayence, I V , 31-32. Manifestum est quod prinripalius


fuerit Deo quod sit inearnatus propter Humanitatem quam habet sibi unitam
quam propter aliam eommunem bumanam naturam vel etiam propter restaura-
tionem humanae naturae, quia rum illa Humanitas sit imita Deo et nobilior et
potentior et sapientior quam reliqua natura o m n i u m ; aliter Deus magis diligeret
id quod est remotum quam id quod est propinquum sibi et per magis aliud a se
ipso quam se ipsum, quod est impossibile. Ergo Dens fuit inearnatus propter
Humanitatem quam babuit unitam sibi. et sic non valet quod dixisti contra hoc.
Sed adbuc est alius principalissimus finis et ultra istum non est quaerendus finis,
videlicet propter Deitatem. Omnia quaecumque Deus facit, fecit et faciet, princi-
palissime sunt propter se ipsum, cum non tantum diligat nec possit aliam diligere
quantum se ipsum, etc. Cf. P. Samuel d'Algaida, art. cit., p. 170-171, 164, etc.
Mgr Eijo y Garay, art. cit., p. 219-220.


16




L A P R I M A L I K D U C H R I S T 21


íaitcment. Toujours , d'après le livre des Proverbes, 16, 4, le Très-Haut
agit dans cette intention souveraine d'amour envers lui. Cette argu-
mentation n'est pas sans quelque analogie avec la démonstration de
Duns Scot. Raymond Lulle la reprendra dans son ouvrage, le De
articulis jidei catholicae,1'6 rédigé à Anagni et présenté à Boniface VII I
en 1296. Avec le Libre de Santa Maria,"7 tout embaumé de mystiques
effusions, la théologie de Raymond Lulle progresse nettement. "La
nature de Jésus-Christ, s'écrie-t-il, 8 8 est plus haute et plus noble que
toutes les autres créatures, car elle est la fin, le commencement et le
complément de tous les êtres; tout ce que Dieu a créé, il l'a fait pour
se vêtir de la nature humaine qui est née de Notre-Dame". Avec ce
sens profond de la finalité de l 'Incarnation, le "Procureur des Infidè-
les" écarte dans Y Arbre de sciencia,*" la thèse que la Vierge aurait été


8 l i Munich, Bibl . d'Etat, lat. 10.504, dist.: De Incnrnatione, f. 9a-12a: Rubr.:
Quoniam Deus factus est homo, magis dilectus est et intellectus quam si se hominem
non fecisset. — Ratio hujus est quia Christus sit H o m o magis diligit et intellexit
divinam essentiam et naturam et actus divinarum dignitalum quam omnes angelí
et animae sanctorum et plus quam omnes homines, qui sunt, fuerunt et erunt in
hoc mundo et hoc est propter conjunctionem divinae naturae et humanae in Christo,
qui est Deus-Homo et Deus potest illum hominem Christum plus amare et illa
quae propter ipsum facta sunt quam si Deus se hominem non fecisset: unde, cum
de natura et proprietate divinae voluntatis sit magis diligere id per quod plus
potest intelligi, recoli et intelligi, et per quod ipse potest plus diligere, oportet
quod divina voluntas diligat Incarnationem Dei et ad hoc concurrunt omnes divinae
dignitates et si divina voluntas veut incarnationem et aliae dignitates ipsam
requirunt, oportet quod ipsa Incarnatio sit.


" ; Obres, X , p. 1-288.
8 8 C. 7, n. 3, X , p. 63. Cf. c. 13, n. 2, p. 100 ; c. 18, n. 4, p. 134: Nostra Dona


es dona donant senyoratge, car totes quantes dones son ni seran ni foren, son
dones per rao de nostra D o n a ; que si nostra Dona no fos ja Deus no fore home,
e si Deus no fos home ja no creara lo mon, com sia aco que per ço que fos Deus
home lo mon haja creat. — C. 22, n. 3, p. 165 : Car la humanitat de nostre Senyor
Deu Jesu Christ es compliment e fi de totes créatures. . . ; Tot ho ha creat a gloria
e a honor d'aquella humanitat e tot ho ha proporcionat e ordonat a aquella huma-
nitat; etc.


8 Í I Cap. : Del urbre exemplificat, sect. X I I , Obres, X I I , p. 442-443: "Recontas
que un monge havia pres en costuma que loava nostra Dona, a la qual deia que
ella era mare de recreació per ço que son Fill recobras lo fruyt del mon, lo qual
havia perdut per peccat original. E per aço deia a nostra Dona que ella era obligada
a pregar son Fill per los peccadors Lear si peccadors no fossen], ella no fora mare
de Deu. Longament estec lo monge en aytal oració. Esdevenc se una nit, com los
monges hagren dites matines e foren èxits de la esgleya, el monge venc al altar


17




•2-1 EPHREM LONGPRÉ, O. F. M.


prédestinée à la maternité divine à cause du péché. Ce sentiment ne
l 'honore point mais l 'offense an plus intime de son Coeur. Tous ces
thèmes ont trouvé dans le Libre de Deu et de J hesucrist'" et dans le
Liber clericorunr'1 leurs formules définitives, ainsi que le reconnais-
sent historiens et théologiens. Les textes les plus remarquables du
premier de ces ouvrages ne peuvent qu'être indiqués dans le présent
essai. Qu'il suffise de citer ici seulement les lignes suivantes, destinées
aux clercs:"" Presbyter significat Christum in quo clauditur ordo
creaturarum. Creavit autem Deus universum et eu omnia quae in ipso
sunt ut Ipsum exaltaret, se hominem faciendo, quia aliter non potuit
universum exaltari. Nam cum homo sit omnis creatura quae extra
Deum est, erit Chris tus, Deus-Homo, omnium creatururum et conse-
quenter totius universi exaltatio. Itaque creationis universi finis fuit
Ut Deus se faceret hominem, quo nullus altior creationis universi finis
esse potuit, quoniam divina bonitas non magis bonificare actum suum
potuit et ad finem ordinure quantum fecit in Christo, Deo et hoinine.


Il ne saurait donc être contesté qu'une évolution notable se soit
produite dans la pensée de Raymond Lulle. Progressivement il s'est
rallié à la thèse qui ne fait point dépendre causalement l 'Incarnation
de la Rédemption mais place le Christ Jésus comme le terme premier
et direct des décrets divins et la raison d'être finale et exemplaire de
l'univers.


D 'où vient cette orientation nouvelle dans la christologie de


a pregar nostra Dona axi com havia acostumat, e viu nostra Dona qui era a l'altar e
plorava dient aquestes paraules: Aquells qui dien que percat sia occasio del meu
honrament, me dien gran vilania, car peccat no pot ésser occasio de negun hé, car
si ho fos, no fora occasio de m a l ; e aquells dien de mi gran laor qui dien que
yo so mare de Deu per ço car Deus vole ésser home, e yo a aytals horneas so
obligada a pregar mon Fill, pus que per ells son molt loada; e a quells qui dien
que yo no fora mare de Deu si no fos peccat, dien que lo fruyt de ma maternitat
no es mon fill Jesu Christ, enans ho es peccat: e per aço no saben ço que l'ente-
niment dix a la voluntat" , etc. Cf. Del arbre apostolical, sect. 6, X I I , p. 221-273,
surtout n. 29, X I I , p. 230-231; Del arbre exemplificat, sect. 2, n. 13, X I I , p. 365,
sect. 3, n. 13, X I I , p. 383-381. Cf. p. 389, 4 2 8 ; et Obres, X I I I , p. 25, 375, 505, etc.


9 0 Ed. Mayence, V I I I . Le texte catalan a été édité par Rosselló, Obras,


p. 271-371.


! " Ed. Palma, Obres, I, p. 295ss.


9 2 Liber clericorum, c. 29, p. 343. Cité par Samuel ab Algaida, art. cit.,


p. 164-165.


1 8




LA PRIMAUTÉ DU CHRIST 2;}


Raymond Lulle? La question est demeurée jusqu'ici sans réponse,
malgré les recherches de Mgr Ei jo y Garay." '


11 n'est pas exclu d'abord que le Docteur Illuminé ait été amené
à renverser ses positions christologiques par ses réflexions personnelles.
La logique interne de son Art universel" le conduisait à accorder
toujours le plus à Dieu dans son agir intérieur et extérieur, ainsi que
l'exigeait la dialectique des dignités divines. Elle l 'amenait également
à distinguer, de plus en plus explicitement intention première et
intention seconde dans les vouloirs divins et à réserver la primauté à
ce que Dieu souhait d'abord au premier plan. Cest cette exigence
profonde de son système, très étroitement lié — d'accord avec sa piété
lyrique et optimiste — qui le portait à voir dans le Christ (et la Vierge)
dès ses premiers écrits, le chef d'oeuvre de Dieu et la raison finale,
sous Dieu et en Dieu, de l'univers — conditionnellement sans doute
et en dépendance de la chute de l 'humanité, mais ternie glorieux quand
même vers qui tout était préordonné. 11 est en effet logique qu'un
théologien, très attentif à méditer sur les excellences du Christ et à
reconnaître sa seigneurie et sa médiation universelle, soit conduit
à voir en lui le Summum O pus, décrété pour lui-même en raison de
ses prééminences, et à relier l'univers à lui comme à sa fin et à son
complément. Le Docteur Séraphique, saint Bonaventure, en fournit
lui-même la preuve. 11 fut forcé de limiter notablement sa thèse de
l 'Incarnation ordonnée à la Rédemption," ' lorsqu'il vint à se demander
qui des deux était l 'objet premier des amours de Dieu : l 'univers ou le
Christ."1' De toute évidence, déclare saint Bonaventure, le Christ Jésus
l 'emporte en dignité sur le genre humain et l'univers, excedit quasi
improportionaliter. Par suite, il est exclu que le genre humain, plus
précisément la rédemption universelle — d'ordre bien inférieur au
Christ en sa qualité de Fils de Dieu — soit la cause finale de l 'Incar-
nation, au sens spécifique du terme, et sa raison déterminante: Non
fuit ratio finaliter movens; elle ne tient que le rôle de raison induc-
tive, ratio quodam modo inducens. Le Christ n'est donc pas ordonné
à nous, mais nous, nous le sommes à Lui. Lui est la fin, mais non point


! ' 3 Voir plus haut, la note 5.
!" Art demostrativa. Obres, X V I , Mallorca 1932, p. 7-288.
« /// Sent., cl. 1, a. 2, q. 2, sub respomleo (Quaracchi, III , 23-25) .
9 , ; Utrum Deus magis dilexerit genus humanum quam Christum, / / / Sent ,


d. 32, a. u n i e , q. 5. — Voir surtout ad 2 (III, 706) . On en trouvera le texte à la
note 62.


19




24 ÉPiIREM LONGPRE, O. F. M.


l 'univers ni la rémission des péchés : Non enim Christus ad nos f ina-
liter ordinatur... 11 n'existe pas en dépendance des membres de son
Corps Mystique, mais, à l 'opposé, ces derniers se rapportent à Celui
qui en est la Tête. Ainsi saint Bonaventure réussit à conserver au
Christ, en raison de sa prééminence comme Verbe Incarné, sa fonction
de cause finale dans l 'économie divine et se refuse à faire dépendre,
en toute rigueur métaphysique, l 'Incarnation de la Rédemption, tout
en maintenant son ordonnance à la rémission du péché original. Il est
ainsi plausible que Raymond Lulle ait été amené par étapes, à la suite
de ses méditations sur les implications logiques de sa pensée, à poser
le Christ c omme le Premier de la création, en qui tout l 'univers trouve
sa consistance.


Il est également très probable que le " 'Procureur des Inf idèles" ait
connu l 'évolution de la christologic franciscaine — au cours de la
seconde moitié du X I l i e siècle — qui allait s'achever dans la synthèse
grandiose de Duns Scot.


Depuis le X i l e siècle, en effet, le problème de la Primauté absolue
de Jésus-Christ était agité avec insistance dans les écoles monastiques
et les universités. Rupert de Dcutz, O.S.B. (y 1135) d'abord partisan,
scmble-t-il, de la thèse qui subordonnait l 'Incarnation du Verbe à la
Rédempt ion , 9 7 s'était rangé finalement au sentiment contraire. Le
fondateur de l 'Ecole franciscaine d 'Oxford, Robert Grossetête, futur
évêque de Lincoln, avait à son tour affirmé la Primauté inconditionnée
du Christ dans son gran traité apologétique: De cessatione. legalium,9*
encore partiellement inédit. Ses écrits étaient déposés au Studium des
Frères Mineurs d 'Oxford. Tous les maîtres franciscains, d 'Alexandre
de Halès à Pierre de Candie, connurent donc, d'une manière ou l 'autre,
sa dissertation magistrale, plus d'un sans doute directement, tel saint
Bonaventure lui-même. Robert Grossetête enseignait que l 'Incarnation


9 7 C'est surtout dans ses oeuvres liturgiques que Rupert lie l'Incarnation à
la Rédemption: voir par exemple : De divinis ofj'uiis, c. 2 (PL 170, 153-156) ; De
Trinitate et operibus eius libri XLII: Liber in Danielem, e. 19 (PL 167, 1522-1524) ;
Médit atio monis, 1. 2, c. 8 (PL 170, 386-388). — Il expose la thèse contraire surtout
dans le De gloria et honore Dei, 1. 13 (PL 168, 1613-1634).


9 8 On trouvera les extraits concernant notre sujet dans Dominic J. Unger,
O.F.M.Cap. , Robert Grosseteste Bishop oj Lincoln (¡235-1253), On the Reasons of
the Incarnation, dans Franciscan Studies, 16(1956)3-18. Au De cessatione legalium,
il faut ajouter le sermon Exiit edictum ; ibid, 18-23, qui reprend et résume plu-
sieurs d e 5 arguments de l'opuscule précédent.


20




LA PRIMAUTE DU CItRIST 2,-


fie trouvait pas sa raison adéquate dans la Rédemption, niais qu'elle
relevait d'autres motifs, l 'excellence du Christ, la gloire du Verbe
Incarné, la perfection de l'univers, l 'exaltation de la grâce et de la
béatitude. A son avis, le Christ était le premier terme des intentions
divines. La théologie du Corps Mystique ne pouvait s'édifier selon les
dimensions que lui fixent les Epitres de saint Paul, qu'en fonction de
cette Primauté. La rationabilité des vouloirs divins ne s'expliquait pas
dans l 'hypothèse opposée, comme devait l'affirmer plus tard Duns
S c o t . "


La thèse grandiose de Robert Grossetête ne reçut point l 'appui
unanime de l 'Ecole franciscaine, très attachée à l'augustinisme théolo-
gique systématisé par saint Anselme dans le Cur Deus Homo.100 Si
Alexandre de Halos 1 ' " et Eudes de R o s n y 1 0 2 lui parurent largement
favorables, Eudes R i g a u d 1 0 3 et saint Bonaventure" " refusèrent d'y
souscrire — Eudes Rigaud non sans raideur, alors que saint Bonaven-
ture marquait une haute déférence envers la synthèse de Robert Gros-
setête et nuançait son adhésion à la théorie de l 'Incarnation rédemp-
trice. Après le Séraphique Docteur, Pierre Ol iv i 1 ' " et Richard de


w Ox., III, d. 7, q. 3, n. 3 (Opera, Vives, X I V , 356) .
1 0 0 PL 158, 339-431.
1 0 1 Summa theol., III, q. 2, tit. 2 (éd. Quaracchi, IV , 41-42).
10- /// Sent., Ms. Troyes, Bibl . de la ville, 1245, f. 146d-147a: Sine praejudicio


concedimus quod etiam si non fuisset lapsa humana natura, àdhuc esset conve-
nientia ad incarnationem, etsi non nécessitas qualis modo est, seeundum quod innuit
Bernardus super Joanem.. . Praeterea, si Christus non esset Deus et homo non
esset caput Ecclesiae in conformitate suhstantiae et naturae... Item, nisi Deus factus
fuisset homo, non esset triplex finis rerum: finis intra ut homo, finis extra ut Deus,
finis partim extra, partim intra et Christus, Deus et homo. Item, sacramentum ma-
trimonii quod fuit institutum in paradiso ante lapsum non esset penitus signum
proportionale nisi Deus uniret Ecclesiam in conformitate suhstantiae et naturae
quod non fieret nisi Deus esset homo. Propter hoc igitur et consimilia conveniens
fuit Deum incarnari, lapsu etiam circumscripto.


1 0 3 /// Sent., d. 2 1 : texte dans J. M . Bissen, O.F.M., De motivo Incarnationis
disquisitio historico-dogmatica, dans Antonianum, 7(1932)334-336.


1 0 1 /// Sent., d. 1, a. 2, q. 2. Respondeo (III, 23-25) .
1 0 5 Expositio in Cántico Canticorum, c. 8, v. 6 : . . . E t tune ihi fuit causaliter


mortua omnis anima, vel Ecclesia a Christo regenda. Et ideo Deus pro illo peccato
tune ordinavit Christum in ligno erucifigendum, et pro tune quantum ad Dei
praedestinantis propositum, adfuil ihi tune crux Christi et suscitatio omnis eccle-
siae eleetorum. — Bonelli , Supplementum ad S. Bonuventurue opera omnia
Tridenti 1772, I, n. 333, col. 264.


21




26 ¿ _ " E P Í I H E M LÜNta'ltÉ, 0 . F . M .


1 0 6 ¡II Sent., il. 1, a. 2, q. t. Cf. Ms . Washington, Holy Naine Collège 83, f. 4il.
1 U : ¡11 Sent., il. 1. Ms. Florence, Bibl . Nal. Cunv. sopp. G. 5.858.
1 0 3 Cf. Assise, Bibl . communale, Ms . 158, q. 89. Cf. Henquinet, O.F.M. , Des-


criptiu codicis ¡58 Assisii in Bibliotheca communiai, dans Archivum Franc. Hist.,


24(1931)221.
1 0 ü UI Sent., d. 1, q. 3. M S . Vatican Lat. Ottob. 623, f. 105d.
1 1 0 /// Sent., d. 1. Ms . Oxford, Merton Collège, 103, f. 145r-146v.
1 1 1 Quaestiones quodlibelales, q. 2 : 0 u a e r ¡ t u r utrum Christus fuisset inear-


natus si homo non peccasset. M s . Florence, Laur., Plut. 17, sin 8, f. 74a-b. Texte


dans Victorin Doucet, O.F.M. , Notidae bibliographicae de quibusdum operibus


Fr. Joannis Pecham, clans Antonianum, 8(1933)450-451.


1 1 2 Ed. F. Oelorme, O.F.M., Romae 1938 (Spieilegium Pontificii Athenaei An-


toniani, 1 ) , p. 50-51: "Assumuntur igitur homines ad restaurationem illius Lange-


lorum] ruinae.. . Assumuntur igitur ad ruinant angelicam restaurandam et ad


praedestinatorum omnium numerum consummandum.


1 1 3 Voir par exemple : Libellus ocio quaestionum, c. 1. (PL 172, 1186) . Le


texte de Migne est très fautif. Il faut l'utiliser avec précaution.
1 1 1 Dico tamen sine praeiudicio alicuius quod nullius praedestinatio videtur


fuisse occasionata ex culpa priori, ita quod non fuit praedestinatio hominum propter


ruinam angelorum nec Christus propter ruinam hominis. — Rep. Par., selon


Ms. Barcelone, Ripoll 53, f. 21c-22c. Texte reproduit par E. Longpré, Lo Primauté


de Jésus-Christ d'après le B. Duns Scot. Texte inédit du Ms. Ripoll 53, dans


Studi Francescani, 3011933) 222. — Pour la suite, voir Ox., I II , d. 7, q. 3, n. 3 :


Utrum Christus praedestinatus sit esse I ilius Dei . . . Sed hic sunt duo dubia: Primum


utrum ista praedestinatio praeexigat necessario lapsum naturae humanae. . .


( X I V , 355) .


22


Mediav i l la 1 0 6 subordonnèrent également l 'Incarnation à la Rédempt ion
par la Croix — ainsi que d'autres maîtres moins connus, tels Hugues
de Périgueux, 1 " ' Thomas de B u n g e y " l s et Nicolas d 'Occam. 1 0 9 C'est
aussi à ce sentiment que se rallie le célèbre Jean Pecham, maître à
Paris et Lecteur au Sacré Palais, puis archevêque de Cantorbéry (1279).
11 serait en effet inexact de le ranger parmi les précurseurs de Duns
Scot et de Guillaume de W a r e , " " car il se limite à exposer les deux
thèses, sans se prononcer, dans un de ses Quod l ibe t s , 1 " et soutient
dans son Quodlibet Romanum"" que les élus en général ont été pré-
destinés à l 'occasion de la chute des anges pour combler le vide
des hiérarchies célestes ce qu'Honorius d ' A u t u n " 3 et Duns


S c o t " 1 refusent d'admettre, comme incompatible avec la thèse de la
Primauté absolue et non conditionnelle de Jésus-Christ. 11 convient
toutefois de signaler le détail historique que transmet Pecham. De
son temps, le problème se posait en fonction de la prédestination du




LA l'KIMAUTÉ DU CHRlSl 27


Christ — de la manière justement dont l 'aborde Duns Scot et dans la
suite l 'apôtre de l 'Andalousie, le B. Jean d'Avila." ' 1 L'Incarnation du
Verbe est de toutes les prédestinations divines la plus subl ime; il
parait donc juste d'affirmer qu'elle est décrétée pour elle-même et
non point à l 'occasion de la faute d 'Adam: Cum praedestinatio Christi
sit altíssima omnium pruedestinationum, videtur quod sit per se
intenta...'"' Proposer la question dans cette perspective, c'était s'enga-
ger dans la voie qu'allait choisir Duns Scot. Mais Jean Pechani
s'interdit de prendre position et s'infléchit même en sens opposé, sans
doute par fidélité à saint Bonaventure et à saint Anselme. Quant à son
disciple, Koger Marston, maître à Paris et à Uxford, il se prononça
en faveur de la thèse de l 'Incarnation rédemptr i ce , " 7 mais non sans
un vif regret, car il savait parfaitement qu'il s'opposait à Robert Gros-
setête pour lequel il professait la plus haute vénération.


Malgré l'autorité prépondérante de saint Bonaventure dans les
Studia des Frères Mineurs au X l l l e siècle, des maîtres franciscains
néanmoins n'hésitèrent pas à se détacher de sa doctrine dans ce pro-
b lème de si haut intérêt. Après 1270, sous l'influence lointaine de
Robert Grossetête, un courant nouveau se dessine avec le Cardinal
Matthieu d'Aquasparta (j 1302), Jean de Murrho et frère Libertin de
Cásale — tous trois étudiants à l'Université de Paris.


Le cardinal Matthieu d'Aquasparta — le plus grand des disciples
de saint Bonaventure — se prononce, le premier, très explicitement


1 1 5 Sur cet auteur, consulter Jean Gautier, P.S.S., Jean (Bienheureux) d'Avila,
dans Catholicisme, t. 6, col. 417-419.


1 1 , 1 Jean Pecham, Quaest. Quodl, q. 2. Cf. Doucet, art. cit., p. 451.
" ; Quodl. H, q. 5 : Ütrum Filius Dei inearnatus fuisset si homo non peccasset...


Respondeo. Sacri doctores antiqui, studiose in hanc quaestionem laborantes, per-
suasiones pulcras et plurimas adduxerunt quibus conati sunt ostendere Dei Filium
incarnandum fuisse, lapso hominis circumseripto. — Et primo persuadent hoc a
parte divinae bonitatis... Secundo deelaratur illud ex parle perfectionis universi et
connexionis. . . Tertius modus hoc idem probandi est per naturam adoptionis humani
generis per Dei Filium incarnatum... Sacramentum etiam matrimonii fuit signum
conjunctionis Christi et Ecclesiae... Hujusmodi ralionibus innituntur opinantes
Deum incarnandum licet non peccasset homo. Quod lamen an verum sit, ignorare
me scio nihilque super hoc a nostris auctoribus determinatum recoló me vidisse,
nec sine expressa auctoritate aliquid in tant ardua quaestione asserendum puto quia
parvitatem ingenii et scientiae cito posset fallere ratio verisimilis. Tamen omnes
auctoritates Sanctorum videntur asserere quod Incarnationis Christi ratio praecipua
fuit humani generis reparatio. (Ms. Florence, Bibl . Laur., conv. sopp. 123,
f. 133d-135a).


23




28 ÉPHBËM LONGPBÍ:, O. F . M .


en faveur de la thèse de l 'Incarnation absolue et indépendante de la
prévision de la chute originelle. Maître de Paris, lecteur au Sacré
Palais (1279-1287), ministre général élu à Montpellier le 21 mai 1287
— ville où Kaymond Lulle se trouvait alors — cardinal en 1288, Mat-
thieu d'Aquasparta se pose la question s u i v a n t e : " 8 Utrum Filius Dei
fuisset inearnatus si homo non fuisset lapsus. 11 ne paraît connaître
Robert Grossetête qu'indirectement par saint Bonaventure dont il suit
de près le Commentaire sur les Sentences. Sa réponse est précise et
dans le grand style qui lui est familier. L'Incarnation peut être con-
sidérée sous un aspect passible ou sous un aspect glorieux. Il est
certain que le Christ Jésus ne se serait pas soumis à la mort sanglante
et à l 'humiliation de la Croix, si l 'homme n'eût point péché. Dans
l 'hypothèse opposée, il se serait incarné mais immortel et avec l 'éclat
de la gloire. Voilà mon sentiment, écrit Matthieu d 'Aquasparta: Sic
pie credo et huic opinioni magis assentio. La raison fondamentale en
est que sans l 'Homme-Dieu, le triple ordre de la nature, de la grâce
et de la gloire est inachevé, imparfait : Ratio istius potest sumi a triplici
perfectione: a perfectionne scilicet naturae, gratiae et gloriae. Du fait
que le Verbe s'est incarné, la disponibilité foncière de la nature
humaine à l 'union personnelle avec Dieu, sa puissance dans cet ordre
sont satisfaites; la liaison de l 'univers avec Dieu est également assurée
puisque dans le Christ Jésus tous les êtres se rencontrent, dans une
communion onto log ique ; l 'Homme-Dieu participe à tout — comme
l'assure également Raymond Lu l l e . 1 ' ' L'univers est achevé puisque les
extrêmes, l 'infini et le fini, se rejoigment et que la plus noble manière
d'exister — par naissance virginale et par assomption de l 'humanité
en Dieu — est actualisée. Matthieu d'Aquasparta appuie sur ces raison-
nements en termes forts, parfois : Ad naturae perfectionem necesse
fuit Filium Dei naturae creatae uniri... Exigit universi perfectio...
De par l 'Incarnation, poursuit-il, l 'Eglise possède un chef plein de
grâce et de vérité. Sans l 'Humanité sainte du Christ, il n'y aurait ni
surabondance de grâce ni surabondance de mérites dans le Corps
Mystique qu'est l 'Eglise. Si l 'on considère, en dernier lieu, l 'ordre de
la gloire, il n'est pas moins évident qu'au ciel le bonheur des élus


1 1 8 Quodl. V, q. 4, dans Fr. Matthaei ab Aquasparta, O.F.M., Quaestiones


disputatue de Incarnatione et de lapsu aliaeque selectae. Ed. 2. Quararchi 1957


(Bibliotheca Franciscana scholastica medii uevi, I I ) , p. 195-198.


" u Voir plus haut note 92.


24




LA PRIMAUTÉ DU CHRIST 29


n'est parfait que flans la contemplation rie l 'Humanité assumée dans
la gloire du Verbe. Pour toutes ces raisons qui remontent à Robert
Grossetête, 1 2 0 et par lui à Rupert de Deutz , 1 2 1 Matthieu d'Aquasparta
n'hésite pas à admettre la thèse de la Primauté du Christ. Vu le pres-
tige dont il jouissait dans l 'Ordre des Frères Mineurs et dans l 'Eglise,
son enseignement a probablement eu un grand retentissement à son
époque.


Après Matthieu d'Aquasparta, voici Jean de Murrho. Maître de
l'Université de Paris, lecteur au Sacré Palais, ministre général (1296-
1304), puis cardinal, il rédigea à Paris vers 1280-1285 un Commentaire
sur les Sentences qui se lit dans le Ms. lat. 16.407 de la Bibl iothèque
Nationale de Par is . 1 2 2 Au troisième livre, il demande: "Si l 'homme
n'eût pas péché, le Fils de Dieu se serait-il i n c a r n é ? " 1 2 3 A ce sujet,
répond-il . deux opinions existent, duplex positio communis. La pre-
mière, celle de Robert Grossetête que Jean de Murrho connaît par
saint Bonaventure, affirme que " le Christ se serait incarné dans une
chair glorieuse, mais non pas pour nous racheter comme maintenant",
si le péché n'avait pas été introduit dans le monde par Adam. La
seconde, à l 'opposé, soutient que. selon l 'Ecriture Sainte. l 'Incarnation
dépend du péché et "qu' i l ne convenait pas qu'une telle humiliation
advint au Christ si un orgueil immense n'eût pas précédé : A ron decuit
ut sequeretur tanta humiliatio nisi praecessisset máxima elatio. Le
premier sentiment est le plus probable, conclut-il : Sed ego credo quod
prima opinio est prnbahilinr. La raison qui en décide est précisément
celle qu'invoquera plus tard Duns S c o t : 1 2 4 II est impensable que la
prédestination du Christ Jésu a soit purement occasionnelle ou acciden-
telle dans le plan divin: en vertu de sa haute prééminence. l 'Homme-
Dieu ne peut être que l 'objet d'un décret direct et immédiat du vouloir
d iv in : les plus hauts desseins de Dieu relèvent tous d'une intention
absolue. <*-ri


1 2 0 Voir pins haut note 98.
1 2 1 Voir plus haut note 97.


1 2 2 L'attribution rie ee commentaire à Jean rie Murrho a été depuis contestée
et rejetée. Voir le résumé de la controverse dans Victorin Douret, O.F.M., Com-
mentaires sur les Sentences. Supplément au Répertoire de M. Frédéric Stegmilller,


dans Archivum Franc. Hist. 47(1954)136-138.


1 2 3 /// Sent., d. 1, q. 2. Ms. cité f. 144c.


1 2 1 Ox., 111, d. 7, q. 3, n. 3 (Opera, X I V , 356) .


25




30 EPRHEM LONGPRÉ, O. F. M.


La thèse rie la Primauté absolue du Christ rencontre ainsi des
partisans de marque parmi les théologiens scolastiques de l 'Ecole
franciscaine après 1270; elle pénètre aussi dans les courants mystiques
de l 'Ordre Séraphique avec Libertin de Cásale.


Pierre Olivi avait souscrit à la thèse de l 'Incarnation ordonnée
à la R é d e m p t i o n . 1 2 5 D'après cette opinion, l 'Humanité du Christ ne
mérite point et ne saurait communiquer la grâce ou la gloire substan-
tielles aux anges et aux bienheureux — tout comme les anges supé-
rieurs ne rayonnent que d'une manière accidentelle sur les hiérarchies
inférieures. La plupart des scolastiques, avec saint Bonaventure et
Richard de Médiavilla partagent cette opinion. Mais, plus tard, Olivi
la rejette vivement dans une brillante interprétation des Epitres de
saint Paul et de l 'Apoca lvpse . 1 2 6 Toute grâce, toute gloire, suhstantielle
ou secondaire, sont communiquées par l 'Agneau qui est le flambeau
fie la Jérusalem nouvelle (Apoc 21. 23-24"). Cette doctrine s'intègre,
logiquement dan* la théologie de la Primauté absolue: si le Christ
est au début de toutes les voies de Dieu et possède toute prééminence,
comme l'assure saint Paul, tout rayonne de lui dans l 'ordre de la
frrâee et de la gloire comme dans l 'ordre de l'être et de la science.
En affirmant avec une telle onction et une telle force que dans l 'Huma-
nité du Christ se trouve l 'origine de toute grâces, tant substantielles
ou'accidentelles. Olivi attestait, sans peut-être se l 'avouer, que l'Ecole,
francisca ; ne cherchait encore, dans un beau désordre, sa voie défini-
tive, c e l l e que Duns Scot allait lui tracer.


Dans ses écrit* mystiques, au moins. Tliertin de Cásale n'avait
pas les inquiétudes théologiques de son maître vénéré. Pierre Ol iv i :
il ipnore et méconnaît même son point de vue. ATais il voit idus juste
et p l u c loin dans son Arhor Vitrto Crurifixar,127 écrit à l 'Alverne en
1305. Dan 6 cette somme mvstifine. TTiertin de Cásale adopte en effet
une position qui n'est pas éloignée des grandes conceptions de
Ravmnnd Lulle. Selon lui, la création trouve sa raison d'être et sa


1 2 5 Voir pins haut note 105.


, 2 R Voir par exemnle Comment, in Apocalypsim, r. 10. Ms . Florence. Laur.,
conv. sopp. 397, f. 201h-202a. Voir aussi le texte excellent: De sarrae srriptnrae
mysterio. n. 1-15 dans Ronelli , Supplementitm ail Opera omnis S. Bonaventurae.
Tridenti 1772, T. 284-298.


1 2 7 L. 1, r. 6. Ed. Venetiis. Dans l'édition de Botlega d'Erasmo, Torino 1961,
le passage 6e trouve p. 13-14.


26




LA PRIMAUTÉ DU CHRIST 31


finalité dernière dans la manifestation de Dieu et de ses attributs. A
ce premier motif s'en ajoute un autre. L'univers a été créé en vue de
l ' incarnation, pour permettre l 'union de la nature humaine dans le
Verbe par le don de l 'union hypostatiquc et pour constituer au Christ
Jésus, un domaine roval en rapport avec sa dignité. De ce fait, le
Christ devient le chef mystique d'où jaillissent toutes les grâces; c'est
pour Lui, "pour son honneur et sa g lo ire" que la Trinité a tout ordonné
et l 'univers et l 'histoire du monde, puisque THomme-Dieu détient en
tout la Primauté. Ce texte étincelant, écrit neu après la Lectura Pari-
siensis de Duns Scot. 1302-1303. établit définitivement qu'après un
siècle environ de discussion et do méditation. l 'Ecole franciscaine se
refusait à faire dépondre causalement l 'Incarnation de la Rédemption
et se ralliait — non sans des énoncés parfois moins heureux, oue Duns
Scot allait corriger on faire disparaître — à la thèse de la Primauté
absolue de Jésus-Christ.


Tl est hautement probable nue Raymond Lulle ait connu l 'évolu-
tion de la nensée franciscaine dans ce problème du Christ, au cours
'le l f seconde partie du XTTTr siècle, avant et en dehors de Duns Scot.
Depuis sa conversion, en effet, le "Procureur des Infidèles" eut d'in-
nombrables relation* avec les Frères Mineurs, à Miramar, à Montpel-
lier et a i l leurs : ' - 5 il assista à trois chapitres généraux de l 'Ordre
Séranhimie. Tl obtint de Ravmond (ïauffredi. ministre général de 1289
n l °9 ! î . In P e r m i s s i o n d 'enseigner son anolnffétione missionnaire dans
l e s SturJrn f i - n n e i s e n o i s . Tl n 'a nu é v i t e r rie rencontrer personnellement,
dans «es séiours à Rome , le cardinal Matthieu d'Armasnarta. le ner-
sonn - ife san« doute le plus e n vue de la Curie Romaine de 1289 à 1302.
Par In s ' e x n l i n u e r n i t aisément l 'évolution de la pen c ée christologique
d e Raymond Lulle.


Tl me resterait une dernière et importante sncfrestion à faire. Tl
me paraît certain oue l e "Procureur des Tnfidèles" n connu, directe-
ment ou non. l e s écrits du célèbre bénédictin. Rimert de Deutz. et
rru'il n lu le dernier livre de son sonmientnire sur l 'Fvnn<rile de saint
Matthieu, api n n n n r titre: Do gloria ot honnro Filii Tfominis?w


Ce oui nermot d e d'rijner le d é h n t est un bref n a s s a ^ e de son
oouseule. C.nntcmnlatin Ravmunrli. écrit à Paris vers 1297 et qui


1 - R Sur les relations de Raymond T.nlle avec l'Ordre franriseain. voir E. T.onp-
pré, orf rit. col. 1079ss.; Allison-Peers. op. rit., p. 223-245.


1 2 p P L 168, 1307-1634. Le livre X I I I se lit aux col. 1613-1634.


27




32 E H P R E M L O N G P H É , O . F . M .


existe en plusieurs manuscrits, à Munich, à Innichen et dans le
Ms. Latin 15.450 de la Bibl iothèque Nationale de Paris, jadis en pos-
session de Thomas le Mevsier, son disciple et héritier intellectuel. Le
texte que je reproduis d'après ce dernier manuscrit contient au début
quelques mots indéchiffrables, mais ce qui importe à la question
présente est net et se lit a ins i : 1 ' "


Jesu benedicte, quia tu es Deus H o m o , omnes creaturae
corporales in te suum finem attingunt — non sine medio quia tu
es non attingibilis per eorporeitatem cum tu sis insensibilis — sed
quia tu es Deus H o m o et tua Humanitas corporalis naturaliter
participai cum omnibus creaturis corporalibus, omnes creaturae
corporales in Te , Homine , qui es earum finis, quiescunt, sicut
simile in similitudine sua. Hoc idem de tua anima benedicta,
quae secundum naturam spiritualcm participat cum angelis et
cum animabus beatorum, mediante qua natura quiescunt in tua
Deitate. cum qua tua Anima est conjuncta. Et propter hoc dicit
quidam quod angeli beati et animae beatae additionem habent
in gloria per tiiam benignissimam Incarnationem. Unde, cum ita
sit, quid mirum si beatus Paulus de te loquens dixit : Propter
quem omnia et per quem omnia. scilicet sunt haec, hoc propter
te et per te qui es Christus benedictus, quem adoro, laudo et
benedico et te multum videre cupio , cum sis finis meus et mea
perfectio et sine te neque bonum, neque magnum, neque aliquid
virtuosum faceré possem.


Que dans ce passage, il soit question de Rupert de Deutz, tout le
suggère. Le célèbre bénédictin appartient au même lignage que
Raymond Lulle. Comme l'écrit le P. de Ghel l inck, S .J . : 1 " " I l a le
culte de la Trinité et du Verbe Incarné"'. "La théologie de Rupert ,
dit à son tour Dom Ursmer Berlière, O.S.B. . 1 3 2 est avant tout christo-
logique. Qu'il commente l 'Ecriture ou explique les cérémonies litur-
giques, il a sans cesse devant le regard le Christ, pierre fondamentale
et centre organique de l ' idée chrétienne, le Christ médiateur, terme
final de l 'histoire du monde. La création est fondée sur le Verbe divin,


Ms. tle Paris cité, fol. 530c.
1 3 1 L'essor de la littérature latine au XHe siècle (Muséum Lessianum — Section


historique, n. 4) Bruxelles-Paris 1946, t. 1, p. 119.
1 3 2 L'ascèse bénédictine des origines à la jin du XHe siècle. Essai historique


(Coll. Pax, n. 1 ) . Paris 1927, p. 87.


23




L A P R I M A U T É D U C H R I S T 33


car dans la pensée de Dieu créateur, l 'Incarnation du Verbe y était
incluse.. . L'Incarnation est dans le plan éternel de la divinité; l 'Hom-
mo-Dieu est le seul vrai homme dans lequel l 'humanité est bénie" .


Si Rupert de Deutz parait d'abord avoir soutenu dans ses com-
positions liturgiques la thèse qui ordonne l 'Incarnation à la Rédemp-
tion, 1 3 3 du moins il s'est définitivement arrête au sentiment opposé
dans son livret 13, De gloria et honore Filii Hominis. Nul théologien
n'a plus expressément affirmé que la création est décrétée en vue de
ITncarnation. Le premier dans l'histoire théologique, il s'est posé
explicitement la question: Si l 'Incarnation dépendait nécessairement
du p é c h é , 1 1 1 et dans un très large exposé, il a répondu négativement,
pour des motifs d'ordre scripturaire et théologique qui devinrent
classiques au X l l l e siècle. Il est ainsi très légitime d'estimer que
Raymond Lulle ait connu, d'une manière ou d'une autre, dans son
texte ou dans un recueil d'Auctoritates, les dernières pages du com-
mentaire de Rupert sur saint Matthieu.


Que cette suggestion soit fondée, l'analyse des textes l 'établit
solidement. Dans le passage de la Contemplado que j 'ai reproduit
plus haut, il cite un théologien — dixit quidam — ce qui n'est pas
insolite chez lui, puisqu'il n"a pas ignoré les principaux représentants
de la pensée chrétienne du Haut moyen âge, saint Bernard, saint An-
selme et Richard de Saint-Victor. Il lui fait dire que la contemplation
de l 'Humanité du Christ augmentera au paradis la gloire des bien-
heureux. Rupert de Deutz partage ce sentiment en termes formels . 1 3 5
Ce raisonnement est le dernier de ceux qu'il invoque en faveur de
l 'Incarnation indépendante du péché. Raymond Lulle en appelle au
texte de l 'apôtre saint Paul dans l 'Epitre aux Hébreux, 2. 10: 77 cort-
venait, en effet, (/ne devant conduire à la gloire un grand nombre de
fils, Celui pour qui sont toutes choses et par qui sont toutes choses
rendit parfait par les souffrances l'initiateur de leur salut. Voic i ses
paroles: Unde, cum ita sit, quid mirum si beatas Paulus de te loquens
dixit: Profiter quem omnia et per quem omnia, etc. Or ce texte de
l 'Apôtre saint Paul, à ma connaissance du moins, n'est utilisé que par
Rupert de Deutz. Robert Grossetête, Alexandre de Halès, saint Rona-
venture, Matthieu d'Aquasparta, Duns Scot, d'autres enfin jusqu'à


1 3 1 Voir plus haut note 97.
'•" Voir plus haut la fin de cette même note 97.
1 3 : ' C/. D e gloria et honore Filii hominis, 1. XIII, (PL 168, 1632-1634).


29




34 E P H R E M L O N G P R É , O . F . M .


Pierre de Candie l ' ignorent dans le présent débat — de même que
tous les théologiens modernes . 1 3 6 Mais c'est précisément ce texte
qu' invoque avant tout Rupert de Deutz ; c'est autour de ce texte qu'il
organise toute sa démonstration, sa grande thèse de la création décrétée
en vue de l 'Incarnation et pour la gloire et l 'honneur du Christ Jésus:
il le cite et commente quatre f o i s . 1 3 7 Que l 'apôtre saint Paul ait
enseigné, dit-il. que tout a été fait par le Christ, il n'y a pas lieu de
s'étonner, car l 'Ecriture l'atteste formellement par ailleurs; mais ici
l 'Apôtre précise deux points de doctr ine: d'abord que tout a été fait
pour le Christ, ensuite que tout existe par l u i . 1 3 8 Raymond Lulle
reproduit ce texte de l 'apôtre saint Paul dans le contexte théologique
de Rupert de Deutz et à la même f in ; il reprend la doctrine du célèbre
bénédictin, sans aucune modification, avec une terminologie analogue:
quid mirum, si bcatus Apostolus, etc., qui indique une dépendance
littéraire indéniable. Ces constatations résolvent, pour une large part,
la question des sources christologiques de Raymond Lulle. Il a cer-
tainement connu la grande synthèse de Rupert de Deutz. Je n'hésite
pas à conclure qu'il doit au célèbre bénédictin la thèse glorieuse dont
il s'est fait le héraut infatigable par toute la chrétienté et en face de
l 'Islam, et qui discerne dans le Christ, décrété indépendamment de la
prévision de la chute, la raison d'être première et la cause finale de la
création entière.


"La plus haute sagesse que puisse posséder une créature, écrit le
Bx Raymond Lulle dans son célèbre Félix o Meravelles del mon,139


consiste à savoir qu'il est une Personne qui est Fils de Dieu et que
toutes les créatures, qui ont été appelées à l 'être, ont été créées pour
que cette Personne soit l 'Homme-Dieu" .


136 Voir par exemple, J .-François Bonnefoy, O.F.M., La Primauté (lu Christ
selon l'Ecriture et la Tradition. Roma 1959. Mgr Ugo Lattanzi, Il primato univer.
sale di Cristo seconda le S. Scritture. (Lateranum. Nova series arino 3, n. 1 ) . R o m a
1937, p. 71. note 1.


1 3 1 De gloria et honore Filii hominis, 1. XIII, P L 168, col. 1624, 1628, 1629, 1633.
1 3 8 Ibûl., col. 1624: "Et quidem per quem omnia, si solum dixisset, non esset


adeo mirum sive incognitum: scimus enim omnes quod per ipsum jacta sunt omnia
et sine ipso factum est nihil (Jo. 1, 3 ) . Nunc autem duo haec dixit: prius propter
quem omnia, deinde et per quem omnia. Ergo Ipse causa est, propter quam vide-
licet causam Deus ereavit omnia, et quam pulchre, quam venerabile sacramentum
appellavit absconditum a saeculis in Deo qui omnia ereavit".


1 3 9 Obras, éd. Rosselló, Palma 1903, p. 1, c. 7, p. 52.


30




L A P R I M A U T É D U C H R I S T 35


Le "Procureur des Infidèles" a certainement reçu d'En-Haut cette
sagesse, cette métaphysique chrétienne, tout comme plusieurs grands
représentants de la théologie scolastique, Rupert de Deutz, Robert
Grossetête, Matthieu d'Aquasparta et Duns Scot. Il ne s'est guère ren-
contré au moyen âge d'apologiste et d'apôtre assoiffé de martyre, qui
se soit appliqué, avec une égale constance, à proposer le Mystère du
Christ et sa fonction dans la création et dans la rédemption, aux
adhérents de toute croyance, qui se mouvaient aux frontières de la
chrétienté, depuis le Maghreb jusqu'à la Tartarie. Parmi tous les
titres que Raymond Lulle possède à un rang d'honneur dans l'histoire
de la pensée et de la piété, il n'en est point de plus solide et de plus
manifeste que sa noble intuition théologique sur la Primauté absolue
du Christ Jésus.


( f ) E P H R E M L O N G P R É , O.F.M.
Paris, 1960.


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31




34 EPHREM LONGPRÉ, O. F. M.


Pierre de Candie l ' ignorent dans le présent débat — de m ê m e que
tous les théologiens modernes . 1 3 6 Mais c'est précisément ce texte
qu ' invoque avant tout Rupert de Deutz ; c'est autour de ce texte qu'il
organise toute sa démonstration, sa grande thèse de la création décrétée
en vue de l 'Incarnation et pour la gloire et l 'honneur du Christ Jésus:
il le cite et commente quatre f o i s . 1 3 7 Que l 'apôtre saint Paul ait
enseigné, dit-il, que tout a été fait par le Christ, il n'y a pas lieu de
s'étonner, car l 'Ecriture l'atteste formellement par ailleurs; mais ici
l 'Apôtre précise deux points de doctr ine : d'abord que tout a été fait
pour le Christ, ensuite que tout existe par l u i . 1 3 8 Raymond Lulle
reproduit ce texte de l 'apôtre saint Paul dans le contexte théologique
de Rupert de Deutz et à la même fin ; il reprend la doctrine du célèbre
bénédictin, sans aucune modification, avec une terminologie analogue:
quid mirum, si beatus Apostolus, etc., qui indique une dépendance
littéraire indéniable. Ces constatations résolvent, pour une large part,
la question des sources christologiques de Raymond Lulle. Il a cer-
tainement connu la grande synthèse de Rupert de Deutz. Je n'hésite
pas à conclure qu'il doit au célèbre bénédictin la thèse glorieuse dont
il s'est fait le héraut infatigable par toute la chrétienté et en face de
l 'Islam, et qui discerne dans le Christ, décrété indépendamment de la
prévision de la chute, la raison d'être première et la cause finale de la
création entière.


"La plus haute sagesse que puisse posséder une créature, écrit le
Bx Raymond Lulle dans son célèbre Félix o Meravelles del mon,i3S


consiste à savoir qu'il est une Personne qui est Fils de Dieu et que
toutes les créatures, qui ont été appelées à l 'être, ont été créées pour
que cette Personne soit l 'Homme-Dieu" .


136 Voir par exemple, J.-François Bonnefoy, O.F.M. , La Primauté du Christ
selon l'Ecriture et la Tradition. R o m a 1959. Mgr Ugo Lattanzi, Il primato univer.
sale di Cristo secando le S. Scritture. (Lateranum. Nova series anno 3, n. 1 ) . R o m a
1937, p. 71, note 1.


1 3 7 De gloria et honore Filii hominis, 1. XUl, P L 168, col. 1624, 1628, 1629, 1633.
1 3 8 Ibid., col. 1624: "Et quidem per quem omnia, si solum dixisset, non esset


adeo mirum sive incognitum: scimus enim omnes quod per ipsum jacta sunt omnia
et sine ipso factum est nihil (Jo. 1, 3 ) . Nunc autem duo haec dixit: prius propter
quem omnia, deinde et per quem omnia. Ergo Ipse causa est, propter quam vide-
licet causam Deus creavit omnia, et quam pulchre, quam venerabile sacramentum
appellavit absconditum a saeculis in Deo qui omnia creavit".


1 3 9 Obras, éd. Rosselló, Palma 1903, p. 1, c. 7, p. 52.


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LA PRIMAUTÉ DU CHRIST 35


Le "Procureur des Infidèles" a certainement reçu d'En-Haut cette
sagesse, cette métaphysique chrétienne, tout comme plusieurs grands
représentants de la théologie scolastique, Rupert de Deutz, Robert
Grossetête, Matthieu d'Aquasparta et Duns Scot. Il ne s'est guère ren-
contré au moyen âge d'apologiste et d'apôtre assoiffé de martyre, qui
se soit appliqué, avec une égale constance, à proposer le Mystère du
Christ et sa fonction dans la création et dans la rédemption, aux
adhérents de toute croyance, qui se mouvaient aux frontières de la
chrétienté, depuis le Maghreb jusqu'à la Tartarie. Parmi tous les
titres que Raymond Lulle possède à un rang d'honneur dans l 'histoire
de la pensée et de la piété, il n'en est point de plus solide et de plus
manifeste que sa noble intuition théologique sur la Primauté absolue
du Christ Jésus.


( f ) E P H R E M L O N G P R É , O.F.M.
Paris, 1960.


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DOCTRINAS JURÍDICAS INTERNACIONALES
DE RAMON LLULL


LA GUERRA Y LA P A Z ( C O N C E P C I Ó N L U L I A N A ) *


En las obras de Ramón Llull encontramos aquel pacifismo de to-
das las épocas y de todos los pueblos, es decir la preocupación cons-
tante e insaciable de obtener el don inapreciable de la paz. La impre-
sión principal que deja la lectura de los distintos escritos de este sabio
enciclopedista mallorquín es que fue pacifista convencido, un pacifista
en el sentido de que el pensamiento de la paz está introducido entre
todas sus ideas, considerando además, a ésta, como el trato natural en-
tre los individuos y entre los pueblos, así como el fin a que debe estar
orientada la vida social y la política, tanto interior como exterior. 1 9 Este
pacifismo Juliano, más que una idea política, es una aspiración moral,
fruto y a la vez aplicación de la doctrina del amor; por esto hay que
buscar sus raíces en la mística. 2 0 Así , en la novela utópica Blanquerna
nos encontramos con tres cardenales con misión esencialmente pacifi-
cadora: el cardenal Et in terra pax hominibus bonae voluntatis, el car-
denal Quoniam tu solus Dominus y el cardenal Tu solas altissimus Je-
suchriste. El primero era el encargado de enviar espías por las repúbli-
cas para ver si había algún hombre que estaba reñido con otro, y pro-
curar siempre la paz, tanto cuanto pueda; su trabajo constante era paci-
ficar a los hombres para que tengan buena voluntad y la paz reine en


* Estudios Lulianos, I I , 1958, 155-174 ; I I I , 1959-181-184; V , 1961-171-175 y
295-304.


1 9 El P. M I G U E L C A L D E N T E Y , T.O.R. , dice que el gran mallorquín «es paci-
fista sin condiciones», «paladín acérrimo de la paz» (La Paz y el Arbitraje Interna-
cional en Ramón Lull, tirada aparte de la revista Verdad y Vida, págs. 7 -8) .


2 ° Con razón enseña el P. A N D R É S DE P A L M A DE M A L L O R C A , O.F.M., que
«quien no es partidario de la guerra será constante amador de la paz», y, «en conse-
cuencia, Ramón Lull ha de presentarse como un, decidido defensor de la paz universal»
fundamentada «en las normas evangélicas de la Iglesia católica» (Ramón Lull y la
Saciedad de las Naciones, pág. 10 ; Els Sistemes Jurídics i les Idees Jurídiques de Ra-
món Lull, pág. 1 3 6 ) .


39




38 RAFAEL BAUZA Y BAUZA


la tierra. 2 1 El segundo debía estudiar la forma de lograr la unidad de
idioma puesto que por la «diversidad de lenguas — l a s gentes— lidian
entre s í » ; en cambio , «no existiendo más que una sola las gentes po-
drán entenderse, y, por este recíproco entendimiento, se amarán». 2 2
Y al tercero se le encomendó la altísima tarea de tratar cómo se podría
conseguir «paz y concordia entre los pueblos que están en gran discor-
d ia» , esto es, « c ó m o se podría tener justicia y caridad entre una co-
munidad y otra» , 2 3 y convocar «todos los años» a «todos los Estados»
a «un capítulo» con el fin de tratar «amistad y corrección de unos a
otros» . 2 4 Pero , no solamente es en Blanquerna en donde encontramos
este pensamiento y anhelo impetuoso de paz y concordia entre los pue-
blos, sino que este mismo ideal lo encontramos incrustado en muchísi-
mas otras obras lulianas. En el Arbre Imperial Llull habla de la siguien-
te manera: 2 5 «El fruto del Árbol Imperial es la paz de las gentes, para
que con ella puedan estar en paz y a Dios recordar, conocer , amar y
servir; pues, las gentes que están en guerra mutuamente y en discordia
no están en disposición de poder amar mucho a Dios , honrarle, ser-
virle ni tener caridad consigo mismos ni con los demás, tan ocupados
se encuentran en las discordias y guerras de las naciones». En el mo-
numento místico el Llibre de Contemplació, el Beato mallorquín expli-
ca «el arte por el cual el hombre que está en guerra puede tener paz y
concordia con sus enemigos, 2 6 señalando, de paso y con el fin de que
las guerras sean abominadas, los grandes estragos materiales y espiri-


2 1 Blanquerna, libro IV, cap. 8 1 .
2 2 Blanquerna, libro IV , cap. 94 , epígrafes 2 y 6.
Este texto luliano ha sido ya estudiado en el cap. V I .
2 3 Blanquerna, libro IV, cap. 9 5 , epígrafes 1 y 2.
2 4 Blanquerna, libro IV , cap. 95 , epígrafe 5.
Este pasaje ha sido ya objeto de detenido estudio en el cap. I I I .
2 5 Lo fruyt del Arbre Emperial es pau de gents, per ço que en pau pusquen


estar, e Deus membrar, entendre a amar, honrar e servir: car gents qui sien en gue-
rra e en treball los uns contra los altres, no son en disposició com Deus pusquen molt
amar, honrar e servir, e encara quels uns no poden haver caritat a si metexs ni als
altres tant son occupais per los treballs e les guerres de les terres (Arbre Imperial, cap.
V U : De Fruyt, epígrafe 1 ) .


2 6 Este es el título del capítulo 204 de la obra citada: «Com hom ha apercebiment
e conexença de la art e de la manera per la qual home qui sia en guerra pot aver pau
e concordança ab sos enemics».


En el capitulo 308 de esta misma gran obra, que lleva por título «Como el hom-
bre ama a su enemigo», Lull habla de la siguiente manera: « ¡Glorioso Señor! Aquel
que quiera entrar en la indagación o en el arte de como el hombre pueda amar a su
enemigo, conviene que en nueve cosas, entre otras, busque arte y manera: rectitud, mi-
sericordia, verdad, paciencia, humildad, alteración, imaginación, mortificación y natu-
raleza». Así, por ejemplo, el hombre para amar a su enemigo ha de aplicarle con recti-
tud sus tres potencias: rectitud de memoria, rectitud de entendimiento y rectitud de
voluntad; de lo contrario se conservará el odio y la ira. Y de igual modo debe prece-
derse con las otras¡ razones o cosas.


40




DÒCTRtNAS JURÍDICAS INTERNACIONALES 39


tuales que ocasionan. 2 7 La bella fábula o moraleja expuesta en el Arbre
Exemplifical no puede ser más acertada, y el consejo dado a los Prín-
cipes es inmejorable al prevenirles del terrible destino a que puede
conducirles la guerra injusta; el caballo «aconsejó al Rey que guerrea-
se frecuentemente; éste escuchó a aquél y peleó con un Príncipe; éste
le venció en una batalla y le quitó su tierra. El Rey huyó hacia tierra
extraña, y tuvo que vender la corona para poder comer, y restó pobre ;
el caballo se puso muy delgado, a penas tenía de que comer, y dormía
en el suelo, no teniendo quien le barriese el establos. 2 8 Y en el Arbre


2 7 Dios glorioso, acabado y cumpli-
do! Vos sabéis, Señor, que tres son las
vías y las carreras por las cuales los hom-
bres pelean mutuamente, o los unos tie-
nen paz y concordia con los otros; de
ellas, la una es sensual, la segunda está
compuesta de sensualidad e intelectuali-
dad y la tercera es simplemente intelec-
tualidad. De donde, siendo estas tres co-
sas, Señor, regla y conducta por el cual
el hombre goza guerra o paz, por esto
investigaremos en ellas el arte y la ma-
nera por las que los hombres sepan aper-
cibir y conocer cómo pueden tener paz y
pueden alejar la discordia y la guerra,
j Señor amado. Señor honrado, Señor te-
mido! Siendo así que los cristianos y sa-
rracenos pelean intelectualmente en aque-
llo sobre que no concuerdan ni se avie-
nen — e n fe y en creencia—. por esto.
Señor, peleau sensualmente; por esta
guerra resultan los hombres heridos, cau-
tivos, muertos y destruidos, y, por esta
destrucción, se ven gastadas y malbarata-
das muchas potestades y muchas rique-
zas y muchas tierras, y cesan muchos
bienes que se practicarían si la guerra no
existiese. Por tanto, si se quiere meter
paz entre los cristianos y sarracenos y se
quiere el término de grandes males oca-
sionados por la guerra, primeramente,
Señor, conviene que el hombre ofrezca
paz a la naturaleza sensual, por tal que
unos puedan ir a convivir con los otros,
y por la paz sensual podrá el hombre con-
cordar la paz intelectual; y cuando la
guerra intelectual haya fenecido, entonces
habrá paz y concordia entre ellos por la
razón de poseer una fe y una creencia,
cuya unidad de fe y creencia será moti-
vo y ocasión de que alcancen la paz sen-
sualmente.


2 8 Cuéntase que la Coona del Rey
y la Paz del Pueblo se contrastaron so-


«Deus gloriós, acabat e cumplit
en tots cumpliments e en tots acabaments!
Vos sabets que tres son les vies e les ca-
rreres, Sènyer, per les quals los uns ho-
mens guerrejen ab los altres, o los uns
an pau e concordia ab los altres, e de
les quals .iij. carreres e maneres es la
una sensual e la segona es carrera e ma-
nera composta de sensualitat e intellec-
tuitat, e la tersa es corn la carrera e la
manera es simplement entellectual. On,
com estes .iij . .¡oses sien, Sènyer, regla
e rayll per la qual hom ha guerra o pau,
per assó encercarem en estes .iij. coses
la art e la manera per la qual sapiam
apercebre e conéxer com puscam aver
pau e puscam fugir a treball e a guerra.
Senyor amat, Senyor honrat, Senyor
temut! Com sia cosa que los crestians e
los sarrayans guerregen entellectualment
en so que no s'acorden ne's convenen en
fe ni en creensa, per assó. Senyor, gue-
rrejen sensualmeut, per la qual guerra es-
devenen los homens afrats e cativats e
morts e destruits, per lo qual destruiment
son gastades e malmeses molts principats
e moltes riqées e moltes terres e son ces-
sats molts de bens qui's farien si la gue-
rra no era. On, qui vol metre pau enfre
los crestians e los sarrayans e vol cessar
los tan grans mals qui hi esdevenen per
lur guerra, primerament, SényoT), cové
que hom meta pau en la sensual natura
per tal que los uns pusquen anar e esser
entre'ls altres, e per la pau sensual po-
drá hom concordar la guerra entellectual-
ment; e pus la guerra entellectual sia fe-
necida, adones será pau e concordança
entre ells per so car aurán una fe e una
creensa será occasió e raó com ajen pau
sensualment» (Llibre de Contemplació,
cap. 204 , mims. 1, 2, 25 y 2 6 ) .


« Recontas que la Corona del
Rey e la Pau de! Poble se contrastaren


41




40 fiAFAIL BAUZA Y BAUZA


Imperial, si Lull consideró la unidad romana como la ideal y más ele-
vada, preconizando el imperio como el mejor medio de instaurar la paz
universal, fue porque, a su modo de v e r / 9 «la casi igualdad de poder
entre los Príncipes y los Estados» es la causa de que haya guerras y
discordias en el mundo, faltando un poder universal que ayude a amor-
tiguar aquellas discordias producidas por las guerras y por los hombres
malos» .


Además, para que esta paz sea duradera y no flor de un día, el
Maestro Ramón considera que debe estar fundamentada en la justicia
que a todos da amor y a ninguno hace agravios, en aquella justicia que
es hija de la verdad y madre de la libertad, en la justicia que es autén-
tico y duradero fundamento de la paz ; 3 0 debiendo desterrarse los odios


be el Abol Impeial. pues la Corona decía
que era ella el fruto de éste, mientras
que la Paz del pueblo alegaba que era
ella el fruto y no la Corona. Aquélla de-
cía que ésta ignoraba lo que la guerra
dijo al caballo del Rey. — ¿ Y cómo fue
ésto?, peguntó la Corona. — Cuéntase,
dijo la Paz, que un Rey tenía un caballo
muy hermoso, fuerte y corría muy bien:
vivía eposado y bien cuidado, comía tanto
como iraería y no ocasionaba ningún mal.
pues el Rey tenía paz en su tierra y con
sus vecinos. Sucedió un día que el Rey
cabalgaba el caballi, que era orgulloso y
estaba gordo, y deseaba ocasionar mal a
los hombres y a los otros caballos, a los
que despreciaba; y he aquí que aconsejó
al Rey que guerrease frecuentemente para
que se crease fama de que él era buen
caballero y que tenía buen caballo. El
Rey escuchó al caballo y peleó con un
Príncipe; éste le venció en una batalla y
le quitó su tierra. El Rey huyó hacia una
tierra estraña. y tuvo que vender la co-
rona para poder comer, y restó pobre; el
caballo se puso muy delgado, a penas te-
nía de qué comer, y dormía en el suelo,
no habiendo quien le barriese el establo».


2 5 El texto fragmentado que se va a
cap. I I I : De les branques, epígrafe 1: De
pág. 28 .


3 0 Pío X I I , en su mensaje de Navidad
que «el alma de la paz es la justicia»; su I
de la justicia.


sobre l'Arbre Emperial, car la Corona
deia que ella era son fruyt, e la Pau del
Poble deia que ella era lo fruyt e no ho
era la Corona. Allegava la Corona e deía
que ella era lo fruyt per ço car estava
en lo cap del Rey, e la Pau estava en lo
poble qui seia als peus del Rey; e la pau
dix a la Corona que ella no sabía ço que
guerra havia dit al cavall del Rey.


— E com fo axó?, dix la Corona.
Recontas, dix la Pau. que un Rey ha-


vía un bell cavall qui era fort e corría
molt bé. Aquell cavall era sojornat e ben
pensat, e menjava aytant com se volia e
no traía nengún mal, car lo Rey havia
pau en sa terra e ab sos veíns. Esdeve-
nese un dia que'I Rey cavalcava lo cavall
quie era gras e orgullós, e desitja may
fer als homens e als altres cavalls que
menyspreava; e adones aconsellà al Rey
que de tot en tot guerrejás, per ço que
fos fama queell era bon cavaller e que
havia bon cavall. El Rey creec lo cavall
e guerrejà ah un Princep, lo qual lo ven-
ce en una batalla e li tolc sa terra. El
Rey fogí en lo cavall e anà en una terra
estranya, e hac a vendre la corona per
ço que menjás e estec pobremenl; el ca-
vall esdevenc molt magre, car poc havia
que menjar, e jaía en lo soll car no era
qui escombras l'estable (Arbre Exempli-
jical; cap. V I I : Del Fruyt, epígrafe 7:
Del Exempli del Fruyt imperial).


transcribir corresponde al Arbre Imperial,
Barons, y aparece en su totalidad en la


de 1955 , hi/.o la afirmación categórica de
ema es «opus juslitiae pax». la paz fruto


42




D O C T R I N A S J U R Í D I C A S I N T E R N A C I O N A L E S 41


y las venganzas origen de las costosas y fraticidas guerras en que es-
taban frecuentemente enzarzados los Príncipes de la Edad Media. Aca-
so el texto más elocuente sobre este particular, que habla muy a favor
del gran mallorquín, sea el que d i ce : 3 1 «Así como las plantas requieren,
según sus necesidades, el calor del sol y el rocío de la noche, así tam-
bién el pueblo requiere justicia y paz del Príncipe; por lo cual hacen
mal los Príncipes que permiten guerras en sus territorios o que, recipro-
camente, las hacen contra la justicia y la paz» , « y , por esto mismo,
son dignos de compasión cuando no tienen su reino en paz y justicia.
De este modo el hombre bueno puede conocer cuan grandes son los
galardones que espera; mientras que, si es malo, cuan grandes son las
penas que le esperan por razón de las grandes culpas que han» . Y re-
cuérdese que en Consolatio VenetOrum et totius Gentis desolatae el
Bienaventurado Maestro, después de tratar de consolar a los venecia-
nos, dice que éstos «deben abandonar todo pensamiento de venganza
y de desquite y entrevistarse con los genoveses para concertar lo más
pronto posible una paz justa», «pues, nada puede haber tan honroso
para éstos, vencedores esta vez, como una paz magnánima». Finalmen-
te, como ya hemos visto, el cardenal Tu solus altissimus Jesuchriste de-
bía «enviar continuamente mensajeros a las Repúblicas para poder
tratar paz entre Lombardía, Toscana y Venècia, procurando que se
trate justicia y caridad entre una y otra Repúbl ica» .


La postura adoptada por el glorioso Mártir de Bugía respecto de
los herejes e infieles no cambia en absoluto este ideal enteramente pa-
cifista ya que, al tratar de la conquista espiritual de éstos, continúa su
guerra apostólica por la paz; ya lo hemos visto en algunos textos lulia-
nos, pero señalaremos otros de referencia más concreta. 3 2 En el Llibre
de Sancta Maria, escrito en Montpeller en los años 1290 o 1291 , Llull
expone la siguiente parábola: 3 3 «Habló Intención y contó que el jalifa


3 1 Per que axí com les plantes requiren segons lur necessitats la calor del sol
e'! ros de bi nit, en axí poble requer al Príncep justicia e pau; per que fan mal los
Princeps, car soffiren guerres en lurs terres, ni car guerrejan los uns ab los altres
contra justicia e pau, e les flors dels arbres per qui son Princeps; car mal Princeps
tots los fruyts e les flors qui li están dejús, met en treball e en guerra; e per açó es
digne de haver gran pene com no té en justicia e en paui son regne. E en aquest pas
pot hom conéxer com grans son los mèrits del bon Princeps e grans son los guardons
que espera; e si es mal. con son grans les penes qui l'esperen per raó de les grans
colpes que han (Arbre Emperial. cap. V I I : De Fruyt, epígrafe 1 ) .


3 2 ELIAS DE TEJADA, acerca del ya transcrito capítulo 204 del Llibre de Con-
templació en el que Lull apunta los caminos o modos de alejar las guerras y de llegar
a conseguir la paz, dice: «.. .posiblemente ningún otro expresa con tanta exactitud la
auténtica personalidad del Doctor Iluminado» y contiene «el meollo de sus planes evan-
gelizadores» (Obra citada, pág. 1 0 2 ) .


3 3 Parlà Entenció e recontà que la galifa de Baldae qui era Sarrai, escriví a
l'Apostoli unes letres en les quals deya que la secta deis sarraíng era multiplicada per


43




42 RAFAËL BAUZA Y BAUZA


de Bagdad, que era sarraceno, escribió al Santo Padre unas cartas en
las que decía que la secta de los sarracenos ha sido multiplicada con
espada y por la fuerza de las armas materiales; por lo cual se maravi-
llaba del Papa y de los Reyes cristianos por quererla minorar con es-
tas mismas armas y a la vez multiplicar su fe , pues no son éstas con
que se fundó la fe católica y se propagó por todo el mundo, sino que
fueron la fe , la predicación y el martirio, según se dice en la vida de
los Apóstoles. De donde, sepan los cristianos que hasta que vuelvan
a la intención en que estaban los primeros fundadores de su Fé en la
cuestión relativa a su propagación, nunca la podrán exaltar, pues, fal-
tando la intención de su Fé, no puede ésta arraigarse, como no se pue-
da fundar en intención extraña, que no es de la naturaleza y principios
de ella». En el Llibre de Contemplació Llull expone análoga idea al
dec i r : 3 4 « V e o muchos caballeros que van a Tierra Santa de ultramar,
pretendiendo aquella conquista por la fuerza de las armas. Mas, allí
todos se consumen sin conseguir el fin apetecido. Y es, Señor, que aque-
lla Tierra Santa no se puede conquistar más que de la forma en que la
conquistasteis Vos y vuestros Apóstoles: con amor, con oracionesy con
derramamiento de sangre y lágrimas. Para que el Santo Sepulcro, Se-
ñor, y la Tierra Santa de ultramar se dejen conquistar por la predica-
c ión, más que por la fuerza de las armas, antes, Señor, háganse religio-
sos los santos caballeros, guarnézcanse con la señal de la cruz, llénense
de la gracia del Espíritu Santo, vayan a predicar la verdad de vuestra
Pasión a los infieles y derramen, por vuestro amor, todas las lágrimas
de sus o jos y toda la sangre de sus corazones, así c omo Vos hicisteis
por su amor» . No satisfecho aun Llull con la exposición de estos prin-
cipios, en Blanquerna nos da a entender que nunca se ganan los enten-


espasa e per força d'armes; per que ell se maravellava molt de l'Apostoli ë dels reys
cristians, car ells volien e cuydavan la fe romana multiplicar per armes de fust e de
ftrre, e car no son armes ab les quals sia començada la fe católica la qual començà
ab armes de fe e ab preycació e ab martiri, segon qu<< es reeontat en la vida dels apòs-
tols. On, per açó los fa a saber que ja dentro que sien los criptians retornats! a' la
intenció que esser soben en exampla e honrar la fe, ja no hauran poder que examplar
la puxen, car defallen de entenció; per que la fe nos pot araygar en entenció estranya
e qui no sia de sa natura ni de sos començaments (Llibre, de Sánela Maria, cap. 2 0 :
De Fe, núm. 1 0 ) .


3 4 Molts cavallers veg que van en la Terra Sancta d'outramar e cuyden aquella
conquerré per forsa d'armes. On. com ve a la fi, lots s'i consumen, sens que no venen
a fi de so que's cuyden. On, par-me, Sènyer, que lo conqueriment d'aquella Sancta
Terra no's deja conquerir si no per la manera on la conquesés Vós e'ls vostres Apòs-
tols, qui la conquerís ab amor, e ab aracions, e ab escampament de làgremes e de sang
Con lo Sant Sepulcre, Sènyer, e la Sancta Terra d'outramar par que's deja conquerré
peí predicació mills que per forsa d'armes, faen-se a avant, Sènyer los sants cavallers
religioses e guarhesquense del senyal de la creu, e umplense de la gracia del Sant
Spirit, e vajen preïcar veritat de la vostra Passió als infeels, e escampen per la vostra
amor totes les aigües de lurs ulls, e tota la sang de lurs cors. axil com Vos fées per
amor d'ells (Llibre de Contemplació, cap. 112, epígrafes 1 0 - 1 1 ) .


44




DOCTRINAS JURÍDICAS INTERNACIONALES 4.'5


dimientos si no se cautivan primero los corazones y que la espada ma-
terial hiere el corazón físico, pero no penetra y subyuga, como la pa-
labra correcta, el corazón moral de los hombres : 3 3 «Naturaleza es del
entendimiento que entiende mejor cuando el hombre está alegre y con-
tento que cuando está airado, porque la ira turba el entendimiento y
por la turbación no entiende aquello que podría y debería entender si
el hombre no estuviese airado» . Y en el Llibre del Gentil e los tres Savis
el sabio Misionero mallorquín refiere maravillosamente la prudencia
en el trato con los infieles a través de la larga y tolerante discusión
teológica entre los tres sabios ya conoc idos : un judío , un cristiano y
un sarraceno.


No debe creerse, sin embargo, que el jurisconsulto mallorquín
incurrió en la candidez de los escritores de la época cristiana primitiva
al considerar que toda guerra estaba prohibida a los cristianos: Llull,
a pesar de su santidad auténtica, cree que no es ajeno al espíritu de
caridad cristiana el empuñar la espada cuando así lo reclama la jus-
ticia o la misma caridad. De acuerdo con la doctrina de su época, el
sabio Maestro medieval sostiene que los infieles están obligados a re-
cibir a los predicadores de la religión cristiana y a no inquietarles en
su misión divina; caso contrario, pueden ser constreñidos por el brazo
secular: «En cierta provincia — s e lee en Blanquerna— sucedió que
aquellos bienaventurados devotos que iban a predicar la palabra de
Dios a los infieles no fueron de ellos o ídos , sino que les echaron de
aquella tierra. En vista de ello, el cardenal de Domine Deus rex caeles-
tis recurrió al brazo secular y trató con los Príncipes cristianos y con
el Papa que a fuerza de armas fuesen invadidos todos aquellos Prín-
cipes que no permiten entrar ni detenerse en sus dominios a los devo-
tos y sabios cristianos que les iban a predicar la palabra de Dios , y
que la Iglesia nunca hiciese tregua con ningún Príncipe ni dominio de
infieles que impidiese la predicación de los cristianos y enseñanza de
la verdad de la santa fe catól ica» . 1 6 Y , ya en el ocaso de su vida terrena,
cuando vio y experimentó que con los medios pacíficos no se había
logrado vencer la obstinación diabólica de los herejes e infieles y que
los turcos seguían impidiendo la reconquista espiritual de Palestina,
oponiéndose a que en ella se practicase y predicase la religión de Jesu-
cristo, Llull recurrió a la guerra santa, a una cruzada militar para la
conquista por las armas de la Tierra Santa, de aquella Tierra de Cris-
to que antes no quiso que se conquistase con el hierro fuerte y si sólo


3 5 Natura es de enteniment que entén milió com hom es alegre e pagat que com
es irat, car la ira torba l'enteniment, e per açó l'enteniment no pot entendre ço que
entendria si hom no era arat (Blanquerna, libro IV , cap. 8 1 , epígrafe 2 ) .


3 6 Blanquerna, libro IV, cap. 87 , epígrafe 4.


45




44 RAFAEL BAUZA Y BAUZA


con la predicación, la caridad, las oraciones y el deseo de martirio. Es
en el Liber de Fine, escrito después de cumplidos los setenta años y
unos diez antes del martirio de su autor, en donde Ramón «Barbaflo-
rida» traza el plan concreto de ataque bélico con notable tino estraté-
g i c o ; pero no debemos olvidar que la principal finalidad perseguida
con esta conquista material no es otra sino «ad bonum -jtatum reducere
universum et ad unum ovile catholicum adunire» , según se lee en el
Pró logo de dicho Libro . Por esto Llull, en la obra que comentamos,
después de señalar que el mundo «se halla mal y se ha de temer que
aun esté peor» por haber muchos infieles confabulados contra las tie-
rras de los cristianos y que blasfeman de Jesucristo y de la Trinidad,
aconsejó la fundación de colegios políglotas en los cuales los misione-
ros aprendieran las lenguas de los infieles y se predicase a éstos en su
propia lengua, así como la creación de una nueva Orden militar, refun-
dición de las existentes, regida por el «Bellator rex» , quien, al igual
que sus guerreros, debía llevar por insignia una cruz encarnada sobre
sus vestidos y escudos; a este ejército gerrero ha de seguir otro pa-
cíf ico de predicadores y teólogos que logren la verdadera conquista
espiritual, de profesionales de las artes liberales, de artesanos, y, en
fin, de todos aquellos que nosotros llamaríamos artífices de la paz. 3 7


3 7 Como el Liber de Fine que estamos comentando es todavía obra inédita, nos
proponemos trazar aquí su esquema.


P R O L O G O . — E n esta parte el Beato Ramón da una mirada general a todo el
mundo de su tiempo, diciendo que éste «se halla mal y se ha de temer que aún resulte
peor», pues hay muchos infieles confabulados contra las tierras de los cristianos y que
blasfeman de Jesucristo y de la Trinidad; por esto cierto hombre, imitando a los Após-
toles, abandonó cuanto tenía, viajó y trabajó por casi todo el Mundo y rogó al Papa,
Cardenales y Príncipes del mundo que pusiesen remedio al gran mal de éste, fundando
monasterios, de los cuales saliesen varones instruidos en las diversas lenguas de los
infieles para predicar entre éstos el Evangelio, tal como ordenó Jesucristo a San
Pedro. El hombre de referencia escribió muchos libros contra los infieles y para la
iluminación del entendimiento, y «ahora escribe este libro» para que el Papa, los Prín-
cipes y los Rectores de la fe cristiana puedan, si quieren y con la gracia de Dios,
reducir el universo a buen estado para que todos los hombres formen un solo rebaño
con un solo pastor.


D I S T I N C I Ó N I: D E D I P U T A T I O N E I N F I D E L I U M (De la Disputa con los
infieles.


Comprende cinco partes, a saber:
1 . "—De ordine: En ella Llull aconseja la fundación de cuatro monasterios, uno


para la instrucción de los evangelizadores de los sarracenos, otro para los de los judíos,
otro para los que debían predicar a los cismáticos y el cuarto para los evangelizadores
de los tártaros y paganos; trata también de la elección de varones devotos1, sabios y
aptos para dicho apostolado, realizada por enviados del Papa po todas partes; y!. final-
mente, expone la forma de predicar a los infieles.


2. "—Contra sarracenos: Exposición de los errores de estos infieles.
3."—Contra iudeos: Resumen de las creencias religiosas erróneas del pueblo judío.
4 . "—Contra schismaticos: Es decir, errores de los graecos, iacobinos y nestorinos.
5.*—Contra tártaros et paganos: Exposición sintética de !a doctrina religiosa de


éstos.


46




DOCTRINAS JURÍDICAS INTERNACIONALES 45


No puede negarse, pues, que este Liber de Fine sea un verdadero plan
de organización militar para la conquista de Tierra Santa, pero es
igualmente cierto e inequívoco que dentro de este grandioso plan de
Cruzada juegan un papel simultáneo las armas materiales y las espi-
rituales y que nuestro Bienaventurado Maestro siempre predicó la
subordinación de la espada del hierro fuerte a la espada espiritual,
pues, más que la conquista material, anhelaba la conversión de los
herejes e infieles, vencer la obstinación diabólica de éstos al no que-
rer acoger a los misioneros, obligarles a escuchar la palabra de Dios
y suprimir las dificultades impuestas por aquéllos a las peregrinacio-
nes de los cristianos a los territorios en que Cristo v iv ió ; así orno tam-
bién detener el poder del Oriente extendido como una media luna u
hoz amenazadora frente a Europa. 3 8


D I S T I N C I Ó N I I : D E B E L L A T I O N E (De la Guerra).
Comprende siete partes:
1 .*—De electione: Recomendación para que se cree una nueva orden militar, re-


fundición de las existentes, y el cargo de Bellator re.*.- todo ello para conseguir la con-
quista de los Santos Lugares y para admiración y temor de los enemigos de la fe cris-
eiana con el fin de lograr su conversión.


2 .*—Da regula: Dedicada al uniforme, fundamentado en motivos religiosos (cruz
colorada, barba larga, etc . ) ; al armamento; y a la instrucción de los guerreros.


3 . " — D e loco: Indicación de los cinco lugares aptos por tierra para conquistar
Tierra Santa: mostrando su predilección por la quinta, que es España.


Para más amplitud véase el capítulo I X de esta tesis.
4 . " — D e modo bellandi: Exposición de las doce maneras por las cuales los lati-


nos aventajan a los infieles en la guerra.
5 .*—De navarchatu: Reglas de náutica, conforme a las aplicaciones del Ars


Magna, para la invasión por mar de las tierras de los infieles.
6 .*—De predicatione: Enseñanza de los distintos modos de predicar a los infieles


y necesidad de los predicadores, jueves «para judicar las cuestiones que se planteen»,
médicos «para cuidar los enfermos», y cirujanos «para curar a los heridos».


7 . "—De mecanicis: Necesidad y conveniencia de que obreros de todas las artes
leberales acompañen a los guerreros.


D I S T I N C I Ó N I I I : D E E X A L T A T I O N E I N T E L L E C T U S (De la Exaltación o
Perfeccionamiento del Entendimiento.


Comprende las dos partes siguientes: De Arte Generali y De viginti artibus specia-
libus.


3 8 En modo alguno podemos silenciar la excepcional importancia del recientísimo
hídlazgo de los dos opúsculos originales de Ramón Lull titulados Quomodá Terra Sancta
Recuperan Potest y Tractatus de Modo Convertendi Infideles, obra de la Conservadora
de Manuscritos de la Biblioteca Nacional de París y Profesora de la Escuela Lulista
M. " J A C O B I N A R A M B A U D B U H O T . Esta escritora hace la transcripción crítica de
las dos obras citadas en la Opera Latina Beati Raimundi Lulli a Magistris et Profes-
soribus Edita Maioricensis Scholae Lullisticae. Palma de Mallorca, 1954, fascículo I I I ,
págs. 93-112.


Quomodo Terra Sancta Recuperan Potest sigue a la Pelitio Raymundi in concilio
generali ad adquirendam Tenam Sanctam que Llull dirigió al Rey de Francia y a la
Universidad de París en 1289 , al papa Celestino V en 1294 y a Bonifacio V I I I en 1295
y, por último, al Concilio ecuménico X V de Viena celebrado en 1311-1312. En esta
monografía Lull recomienda que un Maestro de teologia vaya con la Ordenes del Tem-
plo, del Hospital, de Dóneles y de Calatrava; que se escriban libros a propósito para


47




46 RAFAEL BAUZA Y BAUZA


En conclusión, Ramón Llull amó tanto la paz y se mostró tan de-
cidido partidario de la concordia entre todos los pueblos, que en todas
sus obras, continuamente v por doquier, se encuentran expresiones pa-
ra fomentar aquel amor entre amigos y enemigos predicado por Nues-
tro Señor Jesucristo. Para la conversión de los infieles y herejes y
evangelización del mundo Lull pregonó los medios pacíf icos: más que
la fuerza de las armas materiales, puso su confianza en una cruzada
espiritual por medio de la persuasión, de la dialéctica y de la pruden-
cia en el trato con los infieles. Su fervor religioso llegó a ser extremado,
pero pací f ico ; clamó por la exaltación de la fe católica y se esforzó
en catequizar, pero no empleó la fuerza material, sino sólo la convicción
científica y la suave persuasión de la tolerante mansedumbre. 3 9 Es cier-
to que la gran empresa que Llull acometió con brío fue la ampliación
del reino de Cristo, la conversión de los enemigos de la Cristiandad;
pero a esta Cruzada cristiana contra el mahometismo la emprendió
dotado de un corazón magnánimo y sin olvidar que había crecido en
un ambiente de fervor cristiano. Por esto, predicó la libre adhesión de
los herejes e infieles a la religión cristiana y consideró de efectos per-
niciosos y contraproducentes la imposición violenta del dogma; siem-
pre tuvo muy presente que la Fé no ha entrado en este mundo por
medio de las armas, sino por la simplicidad de la predicación conside-
rando que las armas espirituales —santidad y doc tr ina— son las más
eficaces para esta Cruzada. Por esto el «Doctor de Misiones» quiso ha-


rcsolver las dificultades de conversión de los infieles: y que, antes de empender la Cru-
zada para la conquista de Tierra Santa, se procure convertir a los cismáticos y a los
tártaros, tarea que Lull no consideraba muy difícil.


Tractatus de Modo Convertendi Infideles es la exposición del «modo bellandi per
mare e par terra»; de las diversas sectas que los cruzados hallarán a su paso; de la
conveniencia de que con éstos vaya gente instruida en estos errores y en los modos y
razones para combatirlos «ad prolixitatem evitandam»; terminando por presentar un
plan para designar bienes temporales de la Iglesia al negocio de la conversión de in-
fieles.


3 9 El catedrático ELIAS DE T E J A D A escribe que «lo de mayor enjundia — e n
L u l l — es que su idea de misión no fue. pese al afán constante, una postura fanática
de quemador de herejes o de alanceador de infieles, sino que la encauzó por las vías
del espíritu de libertad que es característico del pueblo catalán en que naciera». El
Maestro balear «con todo el ardor de su fervor apostólico nunca cae en defender la
violencia como medio de extender la fe: conquista no, misión sí, podría ser su lema»,
lull «juzga perjudiciales los intentos de conquista o las guerras entre cristianos e in-
fieles, que forjan un clima de odio incompatible con la libre discusión. Tanta confianza
turne Lull en que la razón humana que operase libre y desapasionadamente concluiría
por reconocer la superioridad del cristianismo sobre las demás religiones, que endereza
sus afanes mejores a condenar las guerras, madre de resentimientos que a la larga
obscurecen la consideración libre y desapasionada de la fe». «Lo que deseaba el Doctor
mallorquín —termina diciendo el profesor ELIAS DE T E J A D A — es la paz: una paz
que no implica pasividad monótona de diaria subsistencia; es actividad de cruzada mi-
sional, el requisito indispensable para la puesta en práctica de los proyectos de expan-
sión de la fe» (Obra citada, págs. 100-101 y 9 5 ) .


48




DOCTRINAS JURÍDICA9 INTERNACIONALES 47


cer Seminarios de hombres doctos y devotos que se repartieran por
todo el mundo, predicasen el Evangelio y se sacrificasen por la propa-
gación de la Fé, multiplicando a este fin sus viajes a Roma, Lión,
París y Aviñón, sin que pudiese tener logro esta obra tan excelente.
Llull predicó la guerra santa, pero en el fondo no buscaba la victoria
más que para alcanzar y asegurar la paz, o , por decirlo en su propia
terminología, la paz sensual y material para que pueda florecer la
guerra intelectual y dialéctica; él sabía que la guerra era una pertur-
bación del orden, y si la predicó fue con el único fin de impedir una
perturbación mayor, como sería el predominio de la injusticia hacia
los cristianos. 4 0 Hay que convencerse, pues, que la obsesión de Llull
fue siempre la paz y que el Doctor Iluminado fue, ante todo , un fer-
viente misionero y propagandista del ideal cristiano, un «Maestro de
Misiones» , como le han proclamado Benedicto X V y Pío X I I , un « D o c -
tor de Misiones» c omo le llama Sugranyes de Franch, ya que, su úni-
ca pretensión y su gran ilusión fue que toda la humanidad, unida por
el amor, formara un único amigo que cantará para siempre las glorias
de su A m a d o . Su preocupación central, la idea motriz de su febril ac-
tividad, fue convertir los infieles a Cristo; sus clamores de cruzada
estaban inspirados por un santo celo : asegurar a la Iglesia romana la
libertad de peregrinación y predicación, con el fin de reducir a todos
los herejes e infieles a la unidad de la fe , lo cual es, por encima de
todo , toda una obra de amor y caridad.


Por otra parte, nos atrevemos a afirmar que la concepción por el
sabio misionero medieval de una cruzada militar, ya al final de su pe-


4 0 El Dr. S U G R A N Y E S DE F R A N C H . Secretario de Pax Romana y pofesor de
la Universidad de Frigburgo (Suiza) , proclama que «la cruzada militar concebida por
Lull no es un fin en sí, ni aun el punto central de sus proposiciones», sino que «lo
esencial es siempre la misión, la predicación y la libre discusión con los infieles»; «las
operaciones militares —dice el escritor citado— tiene como única finalidad vencer la
obstinación diabólica do los infieles al no acoger a los misioneros, obligarles a escuchar
la palabra de verdad y dar a los predicadores las más grandes facilidades para penetrar
ci; tierra de infieles»; «y el fin de su actividad a través de Occidente —termina dicien-
do el Secretario de Pax Romana— no fue otro más que el excitar a los religiosos y
príncipes para hacerles compartir su anhelo desenfrenado de apostolado misionero»
(Ramón Lull. Docteur des Missions, monografía publicada en el volumen V de la re-
vista de la Escuela Lulística Mayoricense: Studia Monográfica et Recensiones, págs.
3 -44) .


W I E R U S Z O W S K I afirma que Ramón Lull vio el carácter puramente espiritual de
la cruzada, pues la conquista material de las tierras de infieles no es, para Lull, sino
una etapa en el gran acto de conversión de almas (Ramón Lull et l'idée de la Cité de
Dieu, pág. 4 0 6 ) .


¿Qué razones asistirán a F E R N A N D O W E Y L E R Y LA V I Ñ A para querer suponer
que el Beato mallorquín era partidario de los desastres nacionales? (Raimundo Lulio
Juzgado por sí mismo, Palma de Mallorca, 1 8 6 6 ) . Nosotros, después de leída esta obra,
nc encontramos base alguna para tal afirmación hoy unánimemente considerada injus-
ta, inexplicable y fuera de quicio.


49




48 RAFAEL BAUZA Y BAUZA


regrinación por este valle de lágrimas, supone la aceptación del prin-
cipio de que no debe recurrirse a la fuerza sino después de agotados
todos los medios pacíf icos, puesto que éste fue su proceder para con
los herejes e infieles. Y finalmente, su empeño en una nueva Cruzada
nos da a entender, si consideramos la situación política ya expuesta,
que en la doctrina del «Varón de Deseos» existe un altruismo neta-
mente marcado basado sobre el hecho de que todos los hombres somos
hermanos por naturaleza y sobre nosotros recae el deber categórico de
la caridad cristiana universal; por esto cada uno tiene obligación de
velar, primeramente por sí mismo, inmediatamente después por el pró-
j i m o , y la víctima de una agresión injusta debe poder contar con nues-
tro apoyo y protección. Es decir, Llull reconocía tácitamente el dere-
cho de intervención como resultado necesario de la solidaridad natural
y de la caridad cristiana.


R A M O N L U L L P R I M E R A F R I C A N I S T A


El Hermano Mayor de la gran familia mallorquina fue el primer
español que se sintió africanista ya que, mucho antes que Fray Pedro
de Alcalá e Isabel la Católica, propuso la conquista de Marruecos. 4 1
Llull no ignoraba que la conquista del norte de África era condición
previa indispensable para poder llegar a Tierra Santa por el camino
menos costoso; por ello, al planear y proponer la conquista material
de Palestina mediante una nueva Cruzada general, considera que el
mejor camino es el de España, desde donde se podrá pasar a Ceuta
y conquistar aquella tierra.


4 1 Acertadamente afirma el P. A N D R É S DE P A L M A DE M A L L O R C A que Ra-
món Lull fue el primer español africanista, pues, a base de la conquista espiritual,
fejaba, en cierto modo, la expansión dominadora más allá del estreche- de Gibraltar, en
el continente africano; y lo hizo mucho antes de que el sabio orientalista Fray Pedro
de Alcalá fundase — e n su Vocabulario arábico-castellano (Talavera. 1 5 0 1 ) — sus es-
peranzas en la conquista de Granada y de los reinos vecinos, en «los cuales —escribe
Fray Pedro— espero yo en N. S. que en vida de los muy altos v muy poderosos cris-
tianísimos príncipes, el Rey y la Reina, nos aprovecharemos», y se adelantó en mucho
al testamento de Isabel la Católica, la cual, en su lecho de dolor, considerando la con-
quista de África como gran y principal empresa reservada a los españoles, encomen-
daba a sus sucesores que «no cejen de la conquista del África, e Je pelear por la fe
centra los infieles» (Els Sistemes Jurídics i les Idees Jurídiques de Ramón Lull, págs.
126-127 y 137-138; Ramón Lull y la Sociedad de las Naciones, pág. 3 2 ) .


La Condesa de P A R D O B A Z A N oportunamente escribió que, «anticipándose a
las ideas africanistas del Infante de Portugal y del Cardenal Cisneros. Raimundo Lulio
amó al África más que había amado a Ambrosia de Castelló» (Los Franciscanas y
Colón, conferencia Leída en el Ateneo de Madrid el 4 de abril de 1892, Nuevo Teatro
Crítico de E. Pardo Bazán, año I I , núm. 20 , pág. 4 1 , Madrid, 1 8 9 2 ) .


50




D O C T R I N A S J U R Í D I C A S I N T E R N A C I O N A L E S 49


Para confirmar esta tesis basta leer un pasaje del Liber de Fine
y la petición segunda di Concilio ecuménico XV de Viena ( 1 3 1 1 - 1 3 1 2 ) .


En el Liber de Finen se dice que la conquista de Tierra Santa
puede realizarse por cinco lugares: por Constantinopla; por Chipre y
Armenia; por la isla de Raidsed, junto a Alejandría; por Túnez; y por
España, empezando por Almería y siguiendo por Murcia. Málaga, Gra-
nada, Ceuta, Marruecos y Túnez, hasta llegar, por tierra, a Jerusalén.
Este último es el camino preferido por Ramón Llull porque — c o m o
dice é l — , una vez expulsados los árabes de España, se encontraría un
buen pueblo, buenos caballos y, además, se contaría con la alianza de
los Reyes de Aragón y de Castilla; en cambio , rechaza nuestro sabio
el itinerario por las tierras del Emperador de Constantinopla y por
Turquía, porque era difícil, largo y costoso.


Y en la segunda petición al Concilio ecuménico XV de Viena, lla-
mado del Delf inado, Ramón Llull dice que «conviene que una parte
de la gran Cruzada vaya a España para conquistar una ciudad que se
llama Ceuta, que está en la Berbería, pues, conquistada aquélla, se
podría adquirir el reino de Marruecos y toda la Berbería» . 4 3


No cabe duda, pues, que gloria es para este mallorquín, Ramón
Llull, el haberse sentido africanista antes que los demás españoles y el
haber planteado por primera vez el tan viejo como nuevo problema
africanista.


R A F A E L R A U Ç À R A U C A


4 2 Liber de Fine, Distinción I I : De bellatione, parte tercera: De loco.
4 3 Petitio Rayinundi in concilio generali ad adquirendam Terram Sanctam, De


secunda ordinatione (Miscel-Lània Lul-Liana; Barcelona, 1935 , pág. 4 2 1 ) .


51






EL BEATO RAMÓN LLULL EN SUS RELACIONES CON
LA ESCUELA FRANCISCANA DE LOS SIGLOS X1II-XIV*


3. Contactos personales directos con los diferentes círculos francisca-
nos, o movimientos partidos de ellos.


Con todo lo d icho, podemos ya aventurarnos al estudio de la parte
más delicada de este trabajo sobre Llull y la escuela franciscana.


Ya hemos visto que la simpatía entre Llull y los franciscanos era
mutua. La Coetánea consigna un hecho que el Maestro no pudo olvi-
dar y que sin duda le abrirá la puerta a los futuros contactos con los
hijos de San Francisco: «Post haec rex Maioricarum (el infante D. Jai-
me, II de Mallorca; era el año 1 2 7 4 - 7 5 1 7 7 ) , audito quod Raymundus
iam fecisset quosdam libros bonos, mandavit pro ipso, quod veniret ad
Montem Pessulanum, ubi rex ipse tune erat. Cumque venisset Raymun-
dus illuc, fecit rex examinan per quemdam jratrem de Ordine Mino-
rum libros ipsius; specialiter autem meditationes quasdam (el Libre
de Contemplación), quas ipse fecerat in devotione super omnes dies
anni, X X X paragraphos spéciales diebus singulis assignando. Quas
meditationes prophetia et devotione catholica plenas non sine admira^
done reperit f rater ille».m


Galmés conjetura que la fundación de Miramar, de la que habla
el párrafo siguiente, fuese el premio del heredero de Mallorca a la
doctrina de su antiguo senescal. 1 7 9 Notemos, a nuestro propósito, que
los trece frailes que allí estudian lenguas y el Arte del Maestro son fran-
ciscanos: «tresdecim fratres minores» . 1 8 0


La frase que he subrayado antes reproduce sin duda el tenor y
texto de la aprobación del franciscano comisionado por el príncipe:


* ESTUDIOS LITUANOS, I X , 1 9 6 5 , 5 5 - 7 0 , 1 4 5 - 1 6 5 ; X , 1 9 6 6 , 4 9 - 5 6 ; X I , 1 9 6 7 , 8 9 - 1 1 9 .


1 7 7 Cf. S. G A L M E S , Introducción bibliogràfica a las Obras literarias de R.L.,
Madrid, B A C , 1 9 4 8 , p. 1 0 .


1 7 8 Coetánea, 1 6 , p. 5 4 .
1 7 9 Introducción... p- 1 0 .
1 8 0 Coetánea, 1 7 , p. 5 4 .


81




52 P. ANTONIO OLIVER, C. R.


«prophetia et devotione catholica plenas», que la version catalana no
traduce. Apoyado en ella, el P. Batllori comenta: « N o fóra estrany que
es tractés d'un franciscà més o menys afeccionat al corrent dels espi-
rituals, tots donats a les profecies sobre el futur de PEsglèsia i del món,
i molt estesos per la Provenga i el L lenguadoc» . 1 8 1


Ramón, que, como hemos visto, gustaba de vestir el hábito de
poenitentia, que llamaba la atención en un seglar como era él ( «e per
l'hàbit que li viu e la gran barba que Ramon havia, pensà que fos
alcún home religiós d'estranya n e c i ó » K S 2 ) , había estado, en el momento
de redactar el Desconhort,


« . . . e encara a los Prei'cadors
a tres capítols generals, e a los Menors
altres tres generals capí to ls» . 1 "


La presencia de Llull en esos capítulos generales tenía por fin
interesar a la Orden franciscana en sus ideales apostólicos. Esos afanes
se vieron al fin coronados por el éxito. El 26 de octubre de 1290 el
General de los Menores, Raimundo Gaufredi, daba a Ramón unas car-
tas de recomendación para todos los superiores de las provincias fran-
ciscanas de Roma y Apulia, suplicándoles que acogiesen al Maestro
Barbaflorida con benignidad y pusiesen a su disposición un convento
en el que pudiese enseñar su Arte a cuantos frailes lo desearan. 1 8 4


El texto de la carta de Gaufredi llama a Ramón «amicus Ordinis
et devotus ab antiquo, in relevandis Fratrum nostrorum inopiis gra-
tiosus», e insinúa que el sistema misional enseñarlo por él coincide con
el tradicional entre los Menores.


El General Gaufredi, por otra parte, fue muy tolerante con los
Espirituales, a los que recibía y defendía y recomendaba a las casas
de la Orden. Es más, con tal recomendación en la mano, emprendió
Llull su quinto viaje a Italia ( Génova-Roma-Génova ) 1 2 9 0 - 9 3 ) , don-
de debió de encontrarse con frailes o grupos espirituales-joaquimitas,
los cuales, impresionados por la ciencia y fama del maestro mallorquín,
sometieron a su juicio algunas de las cuestiones para ellos vitales. Res-
puesta a ellas deben ser — y a lo suponía el P. P a s c u a l 1 8 5 — las Quaes-


18' Vida coetània (catalán), rn Obres essencials I. p. 40 . n. 63 .
Arbre de Sciència. prol., p. 555 .


I " Desconhort X I V v. 162-64: ed. Obres essencials I, p. 1312.
1 8 4 B A T L L O R I , El lulismo en Italia, en Revista de Filosofia 2 ( 1 9 4 3 ) 2 6 4 :


Ramon Llull en el món del seu temps... p. 24 . Véase el texto en P A S Q U A L , Vindiciae
lullianaa I (Avignon 1 7 7 8 ) p. 186 n. 1.


« s P A S Q U A L , ibid. P . 186.


32




É L B E A T O R A M O N L L U L L Y L A E S C U E L A F R A N C I S C A N A 53


dones quas quaesivit quidam frater Minor a Raymundo y el Libre d'An-
ticrist.m


Con ocasión de la enfermedad-crisis de Genova, 1293, aparece ro-
deado de incondicionales amigos, «entre los que podemos ya contar,
sin temor a equivocarnos, a algunos frailes menores» . 1 8 7


Ese núcleo genovès — a l que pertenecen los fieles amigos de la
noble familia Spinola, Perceval y Crist ián 1 8 S — debe relacionarse con
los focos de inquietud reformística. El P. Batllori escribe: «L 'autobio-
grafia ens presenta ara Ramon Llull envoltat d'un grup de laics — h o -
mes i d o n e s — interessat en la seva empresa espiritual i apostòlica,
c o m s'esdevindrà també, anys a venir, a P i sa» . 1 8 9 En efecto, el texto de
la Coetánea está impregnado de espiritualismo: «Cumque apud Ianuen-
ses cito divulgatum esset quod Raymundus iam venerat ad transfre-
tandum in terram Sarracenorum, causa convertendi eos ad fidem Chris-
ti, si posset, multum aedijicatus est inde populus, sperantes, quod Deus
per ipsum aliquod bonum notabile jaceret apud ipsos, scilicet Sarra-
cenos. Audiverant enim Ianuenses, ipsum Raymundum post conversio-
nem ipsius ad poenitentiam récépissé in quodarn monte divinitus scien-
tiam quamdam sanctam pro conversione inf idei ium». 1 3 0 «Els moviments
espiritualistes dels temps —cont inúa el P. Batl lor i— degueren influir
qui-sap-lo en la creació d'aqueix ambient. Pero mestre Ramon no era
pas un espiritualista franciscà, o un beguí com Arnau, les restes mor-
tals del qual Gènova recollirà i aureolará d'un culte laic i d'una vene-
ració que pervindrà fins al segle X V I I I è . Ramon, com hem vist, era
un esperit independent i un pensador lliure. Talment com Arnau, d'an-
tuvi no s'havia lligat amb cap dels grans ordes religiosos del temps.
La seva tendència racional i racionalitzant l'acostava a l'escola domi-
nicana; els seus místics delers, a la franciscana. En la seva primera
gran enciclopèdia espiritual, el Libre de contemplació, havia oscil.lat
entre ambdues actituds». 1 3 1


T o d o esto nos lleva de la mano a estudiar de propósito las rela-
ciones de Llull con los Espirituales. Recordemos brevemente quiénes
eran ellos: «Se trata — d i c e el P. O l i g e r — de un partido o más bien
de diferentes grupos de frailes menores, independientes unos de otros,
en Italia y en el Sur de Francia, los cuales, descontentos del sentido


1 8 6 B A T L L O R I , El lulismo en Italia... p. 2 6 5 ; Ramón Llull en el món del sea
temps.... 24 . Fèlix, c. 12. p. 344-45 y nota 12.


1 8 7 B A T L L O R I , El lulismo en Italia... p. 265 .
1 8 8 B A T L L O R I , El lulismo en Italia... p. 265-66 .


A T L L O R I , El lulismo en Italia. . . p. 265-66 . c,
1 8 9 Ramon Llull en el món del seu temps... p. 27 .
1 9 0 Coetánea, 20 , p. 56.
1 9 1 B A T L L O R I , Ramon Llull en el món del seu temps... p. 27 .


83




54 P. ANTONIO OI.lVÉH, C. H.


tomado por la evolución de la Orden de san Francisco, se fueron for-
mando en la segunda mitad del siglo X I I I y se mantuvieron hasta
1318. Alentando un celo más ideal que discreto, los Espirituales ha-
brían querido volver a la Orden al primitivo m o d o de vida y, viéndose
en la imposibilidad de realizar ese sueño, se. esforzaron por separarse
de la Orden, para vivir estrictamente según la regla y el testamento del
santo Fundador. Para lo que encontraron naturalmente la ruda oposi-
ción del grueso de la Orden que se ha convenido en llamar Comunidad,
la cual defendía su postura y la legitimidad de sus observancias, y ata-
caba los puntos débiles de sus adversarios: la insubordinación a L· auto-
ridad constituida y el joaquinismo que se había infiltrado en las filas
de los Espirituales. La lucha, muy desigual desde el principio, terminó
con la derrota total de los Espirituales que fueron arrastrados al cisma
y a L· herejía; algunos, incluso, murieron en la hoguera» . 1 3 2


El joaquinismo fue, sin duda, lo que más exaltó y comprometió
a la vez las intenciones de los Espirituales. El P. Batllori escribe:
«Aquesta secta espiritualista entroncava els desigs de reforma dintre
l 'orde franciscà — p o b r e s a absoluta individual i col·lectiva, i una hu-
militat que mirava amb prevenció els estudis, fins i tot els t eo l òg i c s—
i en tota l'Esglèsia, amb les idees apocalíptiques de Joaquín de Fiore.
«II calavrese abate Giovacchino / di spirito profetico dotato» , en l'es-
quenadà de la dotzena a la tretzena centúria havia predit una propera
vinguda de l'Anticrist per a posar fi a l'Esglèsia carnal i obrir les por-
tes a una Esglàsia purament espiritual, o edat del Sant Esperit. Els
franciscans espirituals tenien a les Marques, a la Toscana i per tot Oc-
citània nombrosos adeptes dintre l 'orde, i forts nuclis de béguins i
beguines seglars, sobretot a Marsella, a Montpeller i a Narbona. D'allà
estant, tal moviment es propagà de bona hora per Rosselló, pel princi-
pat de Catalunya i pel regne de València. Precisament un dels capitos-
tos de la secta, sobretot després de la mort de Peire Joan Oliver ( O l i v i ) ,
era el nostre Arnau de Vilanova. Fins a aquell any de 1289 no consta
que mestre Ramon Llull hagués entrat en relació immediata, o almenys
íntima, amb els espirituals. Tal vegada en trobà alguns que l ' informes-
sin de la lluita interna dintre l 'orde en algun capítol general franciscà.
En retornar a Montpeller des de París, entrà en relació directa, potser
fins i tot personal, amb el nou ministre general Ramon Gaufredi, lla-
vors del seu viatge a les províncies franciscanes d'enllà dels Alps. Gau-
fredi, tot i no ésser un espiritual pròpiament dit, s'hi mostrà benigne
i comprensiu, molt més que no pas el seus predecessors i els seus suc-
cessors en el generalat de l ' o rde» . 1 3 3


> 9 2 D T C , Spirituels, vol. X I V , col. 2 5 2 2 .
1 9 3 Ramon Llull en el món del sep temps... p. 23-24 .


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É L B E A T O R A M Ó N L L U L L V L A E S C U E L A F R A N C I S C A N A 55


En el año 1296, en Roma, debió trabar conocimiento maestro
Ramón con el fraticelo de Marsella Bernard Délicieux, pues éste en
un proceso , el 17 de marzo de 1319, declara: « í tem interrogatus si
habuit aliquo tempore librum, quem appellaret Vademécum, dixit et
confessus fuit quod sic, videlicet quemdam librum quem portabat se-
cum, in quo est tabula generalis ad omnes scientias et quaedam propo-
sitiones super principiïs scientiarum, et quidam libellus in quo proban-
te articuli fidei catholicae per necessarias rationes, et quaedam capi-
tulado dictae tabulae cum problematibus, quae solvuntur secundum
modum tabulae, per quem librum potest haberi scientia respondendi
ad omnes quaestiones. Interrogatus a quo habuit dictum librum, dixit
quod Romae a magistro Raymundo Lulio catalano de Maior ic i i s» . 1 3 4


Las obras que poseía Délicieux eran las obras escritas por Llull en
Italia enttre 1294 y 1296. Pero Délicieux era un fratricelo muy exalta-
d o , revolucionario, muy enemigo de Bonifacio VIII y de Benedicto X I
(el único papa a quien Ramón no dirigió ninguna Súplica; ¿pudo ser
ésta una causa? ) .


Vernet ha precisado el perfil de los fraticelos: Los fraticelos son
aquellos franciscanos espirituales que se relacionan con Celestino V y
que quieren vivir separados del resto de la Orden. En sus círculos se
encuentran tericarios franciscanos, más o menos auténticos; supues-
tos religiosos que desean llevar una existencia religiosa independiente
de las órdenes aprobadas por la Santa Sede: son los beatos y los be-
guinos heterodoxos. La palabra fraticelli o fratricelli o ¡ralerculi no
se encuentra en ningún documento del siglo V I I I ; aparece por primera
vez en la bula Sancta romana de Juan X X I I , y se aplicó, como di j imos,
a los franciscanos espirituales que Celestino V había autorizado a se-
pararse de la Orden y a formar la comunidad de Pau-peres heremitae
domini Coelestini. La bula de Juan X X I I es del 30 diciembre 1317.
Ramón no conoc ió , pues, el nombre, que fue enseguida tan sospechoso;
conoc ió , a lo más, los hombres o los grupos que serán así llamados y
que, con los años, adquirirán virulencia. De todas formas, no debe ne-
garse un contacto y, sin duda, una cierta simpatía de Llull, tan ansioso
de reformas, con el movimiento y sus pretensiones. Según la misma
bula de Juan X X I I , que extracta Vernet, los fraticelos, despreciando
los cánones que prohiben instituir órdenes nuevas, nonnulli profanae
multitudinis viri, qui vulgariter fraticeli seu jratres de paupere vita,


1 9 4 Ms. lat. 4270 , de la Bibliothèque Nat. de París. Publicado en B A T L L O R 1 .
El lulismo en Italia... p. 270 .


Para Délicieux cf. M . D M I T R E W S K I , Fr. Bernard Délicieux O.F.M.: sa lutte
contre l'Inquisition de Carcassone et d'Albi, son procès ( 1 2 7 9 - 1 3 1 9 ) , en Archivum
Franciscanum historicum 17 ( 1 9 2 4 ) 183-218, 313-77, 457-88, 18 ( 1 9 2 5 ) 3-32.


85




56 P. ANTONIO OLlVÉR, C. tt.


bizochi sive beguini, vel aliis nominibus nuncupanturt en Italia, en Si-
cilia, en el Sur de Francia y en diversas provincias de aquende y allende
los montes, visten hábito religioso, hacen vida de religiosos en casas
donde viven en común, y mendigan públicamente c omo si pertenecie-
ran a una orden religiosa aprobada. La mayoría de ellos dicen pertene-
cer a la Orden de san Francisco y seguir la regla del santo al pie de la
letra, sin depender ni del general ni de los provinciales de esta Orden.
Pretenden haber sido aprobados por el papa Celestino V ; lo que, aún
presentando pruebas de ello, no sería válido, pues Bonifacio VIII revo-
có todas las concesiones de Celestino V . Algunos se han hecho con apro-
baciones de obispos u otros superiores; otros se hacen pasar por ter-
ciarios de san Francisco- 1 3 5


Así pues —cont inúa V e r n e t — los fraticelos no son contemporá-
neos de los orígenes del franciscanismo. No deben confundirse con los
franciscanos joaquimitas, aunque tengan en general tendencias joaqui-
mitas; hay joaquimitas, fuera de los fraticelos y los ha habido antes
de ellos. Fraticelo tampoco es equivalente de espiritual; los fraticelos
salieron de las filas de los franciscanos espirituales, de los que cons-
tituyen una facción extrema, pero no comenzaron a existir sino a partir
del pontificado de Celestino V. No figuran en las luchas con Guillaume
de Saint-Amour y poco en las de franciscanos y dominicos. Los parti-
darios de Migual de Cesena —micae l i s tas— y los que se unieron con
Ockham contra Juan X X I I no tuvieron de su parte a los fraticelos. 1 3 6


Lo que más llama la atención es que ese fuerte tinte laico y ese
gusto por vestir de fraile, que acusa el papa, son características en
maestro Ramón.


Ante todo debemos subrayar en Llull una fuerte obsesión por la
reforma y un visible cansancio de la vida de ciertos eclesiásticos; deta-
lles que le son comunes con los reformadores del siglo X I I y con los
franciscanos. Ello hace que él crea de buena voluntad y simpatice en
seguida con cualquier grupo preocupado por mejorar la desapacible
situación, de la que él, según hemos visto, estaba incluso molestado,
pues a ella se debía que no se le atendiera en sus constantes súplicas y
peticiones. Pero , como siempre, Ramón no se deja aprisionar por nin-
guna escuela ni acaparar por ningún movimiento. Ya hemos visto có -
mo disiente de los joaquimitas en las cuestiones tan vitales de la veni-
da del Anticristo y del fin del mundo. Ahora en los dos trataditos ya
citados arriba — L i b r e d'Anticrist i Quaestiones quas quaesivit quidam
frater minor—, y que se deben seguramente a sus contactos con los
Espirituales de Italia después de las letras comendaticias del general


»5 Fraticelles, en D T C , V I , col. 770-71 .
19* Ibid.


86




È L B È A T O R A M O N L L U L L Y L A E S C U E L A F R A N C I S C A N A r,?


Gaufredi, disiente otra vez y decididamente de las esperanzas e ideas
extremas de los espirituales.


Como todos ellos — d i g a m o s como todos los que de buena fe de-
seaban el bien de la Ig les ia— maestro Ramón había puesto grandes
esperanzas en el nombramiento del papa angélico Celestino V , el pobre
y santo ermitaño de Sulmona, elegido, por añadidura, de un modo que
pareció prodigioso. Pero se separó decididamente de ellos cuando in-
sistieron sobre la irrenunciabilidad del papado (según la fecha que
se señale al Blanquerna o a sus partes, la renuncia del papa Blanquer-
na puede ser una viva respuesta de Llull a los espirituales 1 3 7) y, consi-
guientemente sobre la invalidez de la elección de Bonifacio VI I I . El
P. Batllori hace notar que en esos dos puntos Ramón se halla muy
cerca de Olieu, el más teólogo de los espiritualistas. 1 3 8


T o d o el cap. XII del Félix es una áspera requisitoria contra los
vicios de la Iglesia y un retablo donde ellos quedan a la vergüenza pú-
blica, tal como lo hacían los espirituales y joaquimitas de su tiempo
y su mismo coterráneo Arnau de Vilanova; pero en Llull no se ve ni
por asomo el menor indicio o incitación a la rebeldía o al insulto si-
quiera. La misma moderación en fustigar los pecados de los religiosos
— c o n t r a los que se levantaban implacables los espirituales— puede
verse en el cap. 71 del mismo Félix.


El contacto con esos círculos, la amistad con Délicieux, su pre-
ocupación reformadora nunca sacaron a Llull de quicio . Como a san
Francisco, le guió y le salvó la sinceridad y la humildad.


No es un caso aislado. Su comportamiento es igual, más claro si
cabe, con los apostólicos. Este es un caso típico de un movimiento de
inspiración seglar que se levanta en reformador frente a la Iglesia. Un
verdadero epígono de sus predecesores del siglo X I I . El movimiento
empezó en Parma hacia 1260 y su iniciador fue Gerardo Segarelli. Su
imaginación descabellada y su carácter excéntrico habían sido la causa
de que los franciscanos no le recibieran. Creyendo que Dios le llamaba
a reformar la Iglesia, y captando los ideales que flotaban en el aire,
quiso reproducir la vida de los apóstoles. Adoptó el vestido que ima-
ginó fuera el de aquéllos, dejóse crecer la barba y cabellos y tomó las
sandalias y ceñidor de los franciscanos y adoptó una pobreza absoluta.
Con esa base, indispensable, se dio a la vida de predicador ambulante,
predicando la penitencia y la vida apostólica en una jerga de lenguaje
semi-latino - semi-italiano: Penitenzagite!


1 9 7 Véase toda esa discusión: R. B R U M M E R . Zur Datierung von Ramon Lulls
Libre de Blanquerna. Festschrift V. Klemperer, Halle 1957, p. 98-117, y mi recensión
en Estudios lulianos 3 ( 1 9 5 9 ) 325-30. Añádase, S. G A R C I A S - P A L O U , El «Liber de
quinqué sapientibus» del bto. Ramón Llull. en sus relaciones con 'a fecha de compo-
sición del «Libre de Blanquerna», en Estudios Lulianos l ( 1 9 5 7 ) 377-84.


1 9 8 Ramón Llull en el món del seu temps... p. 35 .
87




58 P. ANTONIO OLIVER, C. Ri


Encontró secuaces entre los legos del pueblo, hasta que fue con-
denado y quemado en Parma el 18 de julio de 1300.


A la muerte de Segarelli, la dirección de los apostólicos la tomó
Fra Dolc ino, franciscano audaz y atrevido, con espíritu de condottiero.
Fra Dolcino aglutinó una doctrina mezcla de evangelismo apostólico
intransigente y joaquimismo alucinado, proclamaba la rebeldía contra
la jerarquía de la iglesia carnal opuesta a la espiritual que él predica-
ba y representaba. Anunciaba la llegada del Anticristo para después
del pontif icado de Bonifacio , que debía ser el último papa. El rey
Federico II debía ser emperador y brazo de la justicia vengadora de
Dios , bajo él serán liquidados el papa, los cardenales, los obispos, los
clérigos y los monjes . 1 3 9 Honorio IV lo condenó en 1286, Nicolás IV
en 1290.


No hubo forma de acallarle, hasta que el papa Clemente V
desató contra él un ejército que lo aprisionó y ajustició en 1307.


Llevado de su buen deseo y de una admiración hacia los refor-
madores laicos, como dice el P. Batllori, 2 0 0 Llull alabó de buena fe a
los apostólicos, que ya llevaban veinte años de existencia, en el cap. 76
(De persecució) del Blanquerna: «Esdevenc-se un dia que lo canonge
eixia de la ciutat e anava-se'n en una altra, e atrobà en lo camí gran
re d'homens qui venien de Sent Jacme, e anaven vestits en sembL·nça
dels apòstoh. Lo canonge lur demanà de qual orde eren, e ells li res-
pongueren dients que eren del orde dels Apòstoh; e lo canonge respòs
dient que lo seu ofici e lo nom de lur orde se convenien. Los frares qui
s'apel·len del orde dels Apòstols li digueren que'ls expones la concor-
dança que deia, e lo canonge lur dix que apòstol deu ésser perseguit
per injustícia; e per açò , si ells volien ésser en l 'orde dels Apòstols ,
covenia que en les ciutats, e en les viles, e'ls castells per on passarien,
preïcassen L· parauL· de Déu, e que reprenessen los homens dels pecats
que'h veurien fer, e que no duptassen mort ni tebralls, e que la fe catò-
lica nassen preïcar als infeels, per ço que mills fossen sembL·nts als
apòstob.m


Los subrayados dicen que Llull conocía perfectamente los ideales
de aquella secta itinerante dedicada toda a predicar y a reprender vi-
c ios ; pero al final intenta llevarles hacia su propio ideal de misión,
menos revolucionario y más apostólico.


La admiración es más visible todavía en el proemio del libro VII
(De les bèsties) del Félix, escrito sin duda ese libro separadamente
antes de la condena de Honorio IV en 1286, ya que en el libro siguien-


l " Cf. F. V E R N E T , Apostoliques, en D T C , I, col. 1632-34.
2 0 0 Ramón Llull en el món del seu temps... p. 24 .
2 0 1 Blanquerna, cap. 76 , p. 224 .


88




É L BEATO RAMÓN LLULL Y LA ESCUELA FRANCISCANA 59


te el mismo Llull reprende a la orden ya condenada: 2 0 2 « A l'eixida de
la vall, ell encontre dos hòmens qui havien grans barbes, e grans ca-
beUs,e eren probrement vestits. Fèlix saludà aquells dos hòmens, e ells
saludaren Fèlix. —Bel l s senyors — d i x F è l i x — vosaltres d'on venits?
¿Ni de qual orde sots? Car, segons vostres vestiments, semblança na-
vets qui siats d'algun o r d e — . — S è n y e r —dixeren los dos h ò m e n s — ,
nós venim de longues terres, e són passats per una plana que és prés
d'ací; e en aquella plana ha gran ajustament de bèsties salvatges qui
volen elegir rei. Nosaltres som apel·lats del orde deh Apòstols. Nostres
vestidures e nostra pobretat signifiquen lo capteniment en que los
Apòstols eren dementre vivien en est món».


La vida itinerante, la peculiar forma de vestir y la rígida pobreza
de los apostólicos queda otra vez retratada. Y de nuevo, el esfuerzo de
Ramón por atraerlos a sus ideales misioneros, al tiempo que alaba de-
cididamente el tenor de aquella vida:


«Molt se meravellà Fèlix dels dos hòmens com havien emparat tan
alt orde com és celi dels Apòstols, e dix aquestes paraules: — O r d e
d'Apòstols ès sobirà a tots ordes; e qui és en orde d 'Apòstol , no deu
dubtar mort, e deu anar mostrar la via saludable als infeeh, qui són
en error, e als cristians qui són en pecat deu dar doctrina de sancta
vida per obra e per preïcació. Aital hom qui sia en orde d 'Apòstol , no
deu cessar de pregar e de fer bones obres a tot son p o d e r — . Aitals pa-
raules e moltes d'altres dix Fèlix als dos hòmens qui s'apel·laven de
l 'orde dels Apòstols» .


En realidad Ramón quiere ver en los apostólicos los ideales que
fueron los de su propia vida: misionar a infieles y a cristianos. Nóte-
se, de paso, que de buena gana pasa el maestro a la etimología de las
cosas (es una de las bases de su sistema): las normas que da a los apos-
tólicos no derivan de que haya estudiado previamente sus constitucio-
nes, y les recuerde la obligación de vivir según ellas. Esto es lo de me-
nos. Lo de más es que son de la orden de los Apóstoles, y por tanto,
por etimología, deben vivir ideales apostólicos, c omo los grandes pre-
dicadores de la fe amaestrados por Jesucristo mismo. Justamente por
eso se llamaban apostólicos los seguidores de Segarelli.


Estos, que debían ser seglares sin mucha instrucción, no se com-
prometen; se limitan a exponer su forma de vida y a esperar que tiem-
pos vendrán en que, crecida la orden, puedan dedicarse con solvencia
también a las tareas que el inquieto mallorquín desearía.


«Sènyer —dixeren aquells dos h ò m e n s — , nosaltres no som dignes
que siam en tan alta vida com eren los apòstols, mas som figura de L·
conversado del apòstols, la qual figura se representa en nostres vesti-


2 0 2 Libre de meravelles, cap. 36, p. 370-71 .


89




60 P . ANTONIO OLIVER, C . R :


ments, e en nostra pobretat, e en lo descorriment que fem per lo móñ
de terra en terra. Nos havem esperança en Déu que ell trametrà hò-
mens de sancta vida en lo món, los quals sien de l 'orde dels Apòstols ,
e que aquells hagen ciències e lenguatges on sàpien preïcar e conver-
tir los infeels per ajuda de Déu, e als cristians donen bon eximpli per
vida e per sanctes paraules. E per tal que Déus se'n moga a pietat, e
que los hòmens qui són cristians desiren l'aveniment d'aitals hòmens,
nós representam en figura los apòs to l s—» .


«Molt plaç a Fèlix ço que'h dos hòmens li deien, e ab ells ensems
plorà longament, e dix estes paraules: — A h , Sènyer Déus Jesucrist!
¿on és L· sancta fervor e devoció que ésser solia en los apòstob, qui
en vós amar e conèixer no dubtaven a sostenir treball e mort? Bell Se-
nyor Déus, plàcia a vós que en breu venga temps en que's complesca
la sancta vida que és significada en la figura d'aquests hòmens. Après
aquestes paraules, Fèlix comanà a Déu los sancts hòmens» . 2 0 3


Esa admirada alabanza debió escribirse hacia 1285. En 1288,
tras la condena de Honorio IV , el mismo Ramón escribe en el cap. 56
del mismo Félix: «Estant enaixí parlant l'ermità e Fèlix, veeren venir
dos hòmens qui s'apel·laven de l 'orde dels Apòstols. Aquells dos hò-
mens foren plasents a veer, segon l'hàbit e la disposició de lurs cabells
e barbes, que significaven la sancta vida que los apòstols feïen, e la
pobrea que havien anant per lo món. Mas quan l'ermità e Fèlix consi-
deraren l'estament en que aquells hòmens estan, los quals s'apel·len del
orde dels Apòstols, e aquelh no preïquen ne fan ço que'h apòstoh
feïen, adones hagren Termita e Félix desplaer en veer aquells dos hò-
mens, per ço car lurs obres no's convenien ab l'hàbit que portaven.
L'ermità e Fèlix ploraren longament, e dixeren ensems aquestes pa-
raules: —Ai, hipocresia! ¿Per què no mors? ¡Ah, bellea d'hàbit e
faha intenció!, per que us ajustats en negun hom? Ah, Déus!, trame-
tets hòmens plasents a veer per hàbit corporal e espiritual, per tal que
sia vist que vós havets molts hòmens qui en honrar e amar vós , són
bons procuradors e ardits l oadors» . 2 0 4


Llull conocía la condena de los Apostól icos , pues los términos
con que recrimina su vivir son los de la proscripción papal, usuales
en la curia para la condena de cualquier herejía de la época: Hipo-
cresía, apariencia exterior engañosa, pues la intención es falsa, al pre-
tender engañar y seducir a los sencillos e incautos.


Llull sabía distinguir y estimar a las personas. Aunque no perte-
nece ya a los círculos franciscanos que estudiamos, es oportuno ilustrar
los casos citados on el de los beguinos, 2 0 5 pero en el Libre de sancta


203 ibid. p. 3 7 1 .
2 0 4 Libre de meravelles, cap. 56 , p. 4 0 5 .
2 0 5 P. 156-7.


90




E L B E A T O R A M Ó N L L U L L Y L A E S C U E L A F R A N C I S C A N A 61


Maria ( 1 2 9 0 ) se describe así a un beguino : «en una ciutat. . . havia un
hom qui era beguí, empero hipòcrita erat car home era luxuriós; mes
anava vestit de vils draps e dejunava e feia almoina e anava a Vesglésia
tots jorns e les paraules de Déu oïa vàlenters».206 La facha del beato
— a q u í sacerdote— está perfectamente descrita. Pera Llull no se pa-
gaba de fachadas, y sabía bien que el pecado que más solía achacarse
a los austeros reformadores era el de lujuria, frecuente cabalmente
entre los beguinos, entre los que cundía la tesis de que los perfectos son
impecables en la carne. 2 0 7


De paso he aludido ya al franciscano Peire Joan Olieu, el más
teólogo de los espirituales, excelente escritor con profundas semejan-
zas con san Buenaventura y con constantes influencias del apocaliptis-
mo joaquimita. Intencionadamente el Concilio de Vienne silenció su
nombre, en atención a sus méritos, al proscribir su doctrina sobre la
unión del alma y el cuerpo humano. 2 0 8 Contra los espirituales defendió
siempre la renunciabilidad del papado y, por ende, la legitimidad de
la elección de Bonifacio V I I I . Esta es quizá la única coincidencia de
Llull c on él, ya que, según el Dr. Garcías Palou, no coinciden en la
cuestión del alma ni en el Libre del Gentil, ni en el Arbre de sciencia,
ni en la Doctrina Pueril.™


Muy unido con los espirituales e imbuido de ideas joaquimitas
fue el reformador laico Arnau de Vilanova. Tampoco con él puede
darse por seguro que tuviese Llull contactos. El documento publicado
por H. Finke no las prueba 2 1 0 definitivamente, si bien el P. Batllori
cree muy posible una entrevista de ambos en Marsella, 2 1 1 en 1305. N o
queda rastro de comunes relaciones en el Raonament d'Avinyó de
1309 ya mentado. 2 1 2


Por lo que hace referencia a las relaciones de Ramón con el vi-
sionario v amparador de reformadores Federico III de Sicilia, a quien
aquél dedica el tardío tratadito De novo modo demonstrandi, el P. Bat-
llori ha resumido así cuanto cabe decir: «Interessant i simptomàtic
aqueix recurs al visionari rei de Trinàcria, en el qual sempre havien
fitat els ulls, com en un protector decidit i convençut els espirituals
franciscans, i principalment llur capdavanter Arnau de Vilanova, so-


2 0 6 Cap. 13, ed. Obres essencials, I, p. 1192 .
2 0 7 Contra esa afirmación creo que se dirigen las frases del cap. 7 del Libre de


meravelles, p. 332 y 333 : se puede creer firmemente y seguir sujetos al pecado.
^ Cf. F. C A L L E Y , Olieu, en D T C , X I , col. 982 -91 ; y el vol. X V , col. 5 9 7 5 .
M Hay que subrayar que Ramón Llull escribió sobre la renunciabilidad del Pa-


pado, por lo menos 12 años antes que Olivi (S. Garcías Palou. El beato Ramón Llull
y la cuestión de la renunciabilidad de la Sede Romana. A S T . X V I I , 1944, 74 .


2 1 0 Cf. B A T L L O R I , El Mismo en Italia... p. 275-77.
2 1 1 Ramon Llull en el món del seu temps... p. 4 5 .
2 1 2 M E N E N D E Z Y P E L A Y O , Historia de los heterodoxos, lib. I I I . cap. 3, p. 2 8 4


ss. Texto del Raonament en Apéndice, vol. 7, p. 280 ss.


91




62 P . A N T O N I O O L I V E R , C . B .


bretot des de les disputes d 'Avinyó , del 1309, amb la comunitat fran-
ciscana, i més encara des que el 1309 Jaume II retirava la confiança
a mestre Arnau. Àdhuc després de les condemnacions del concili de
Viana, i dels papes Climent V i Joan X X I I , els fraticels acudiran al
rei Frederic, que els acollirà benigmament en el seu regne, tot i les
constants pressions de la cúria romana. Ramon Llull pogué conèixer
sobretot a Viana aqueixa veneració dels espirituals envers del rei som-
niador, germà del d 'Aragó i cunyat dels de Mallorca i de Nàpols ; i,
sensa pertànyer pròpiament a aquella secta, degué persuadir-se que els
somnis de la croada i l 'ambient espiritual de la seva cort — t o t a]çò
degut a L· influència d'Arnau de Vilanova— eren invitacions molt for-
tes per a transfretar a Messina» . 2 1 3


Merece también mención el amigo de Olieu Libertino da Cásale.
Irreconciliable enemigo de la Comunidad, buen conocedor de la Escri-
tura, autor de un Arbor vitae, que él atribuye a inspiración divina. Sin
duda una de las grandes obras de la mística medieval, fuente de mu-
chedumbre de devociones nuevas (devoción a la Asunción, a san José)
y familiar a los primeros hombres de la Devotio moderna. Ese Arbor,
que se compone de raíz, tronco, ramas, hojas y frutos, ¿pudo influir
en la gestación del Arbre de sciència? En París pudo Llull tener noti-
cia de é l . 2 1 4


En conclusión, creo que esa investigación sobre la relación de
maestro Ramón con los círculos reformísticos franciscanos debe cerrarse
con el siguiente párrafo de Carreras Artau, que tiene, además, la in-
mensa ventaja de aclararnos cuándo y cómo empezó a complicarse la
persona del mallorquín con aquellos extremistas: «Fue decisiva, en
este aspecto, la conversión de los lulistas valencianos, en el decurso
del siglo X I V , al movimiento de los espirituales, cuyas huestes se nu-
trían principalmente de elementos laicos pertenecientes a la Tercera
Orden de san Francisco. Entre estos elementos la producción literaria
del Llull en lengua vulgar había tenido un éxito resonante, hasta el pun-
to de haber suscitado muy pronto algunas imitaciones. Llull era asi-
mismo terciario franciscano; pero se mantuvo hasta el fin de su vida
ajeno a dicho movimiento, si bien es posible que alimentara simpatías
por él. Por lo menos dan pie a sospecharlo los reiterados contactos con
personalidades significadas del mismo, c omo aquel Ramón Gaufredi,
que hubo de ser depuesto de su cargo de General de la Orden francis-
cana, o aquel revolucionario Bernardo «Del i c ios i » , a quien sus odios
antipapales le valieron una sentencia degradante. Y no se olvide que


2 1 3 Ramon Llull en el món del seu temps... p. 57 .
2 1 4 Cf. Articuli probationum contra fratrem Ubertinum de Casali, en BALTJZE-


M A N S I MisceUanea (Lucca 1 7 6 1 ) I I , 258-80 .


92




EL BEATO RAMÓN LLULL Y LA ESCUELA FBANCISCANA 63


en el último lustro de su vida Llull residió más de un año en Mesina,
en relación personal y al parecer bajo la protección del rey Federico
de Sicilia, que había asumido un papel tan preponderante en el mo -
vimiento espiritual de su reino, y aún del reino catalano-aragonés a
través de Arnaldo de Vilanova. Llull, quien ya en 1296 había obsequia-
do a dicho monarca con tres escritos suyos, enviados por mediación
de Persival Espinóla, al tener luego noticia de sus proyectos de refor-
ma espiritual, le había dedicado, en 1312 , otros dos escritos. En todo
caso, hay aquí una faceta en la personalidad de Ramón Llull todavía
por aclarar, c omo ya ha señalado alguno de sus biógrafos. Si no Llull,
por lo menos alguno de sus inmediatos discípulos debió compartir la
ideología de los espirituales, como aquel Pedro de Limoges en cuya
librería figuraban los escritos de Joaquín de Fiore y otros de carácter
análogo. Lo cierto es que en la segunda mitad del siglo XIV se produce
en tierras de Valencia una primera transfiguración del lulismo por in-
terpelación de un núcleo de doctrinas espirituales, profetistas y esca-
tológicas que le confieren una extraña f isonomía. 2 1 5


A Llull le parecían bien y de excelente intención todos los movi-
mientos de reforma de aquella Iglesia que él, con la intemperancia
seglar de su carácter absoluto, deseaba perfecta. Quizá incluso hay en
él un intento de «bautizar» aquellos mismos movimientos extremos que,
encauzados, tanto bien podían hacer a la causa de un mejor ordena-
miento de las cosas espirituales. Por eso quizá parece aceptar las me-
jores esperanzas de los apocalípticos, el deseo expectante de un papa
angélico, de una Iglesia purificada, de un emperador grande y pacifi-
cador, que para él es el papa, mientras Federico II antes (seguramente,
en sus tiempos, Federico I I I ) creyera, con los suyos, ser él el pacifi-
cador providencial y el purificador de la Iglesia, como iba a creerlo
pronto, y frente al papa mismo, Luis de Baviera.


Carreras Artau ha notado, de paso, el carácter seglar de los Ter-
ciarios y la influencia del romance de Llull. Son dos aspectos, típica-
mente franciscanos, a los que quiero referirme seguidamente. En el
Blanquerna Ramón «lo foll» se presenta como un home lee.216 En la
expresión está presente sin duda toda la postura de tesis de los movi-
mientos laicos (seglares, mejor ) del siglo X I I , el deseo de reforma y
una secreta oposición a los clérigos responsables de tantos extravíos;
pero también, y eso más conscientemente, el deseo de reforma humilde
y callada del estamento seglar en la Iglesia, sometido a la jerarquía,
sincero y espontáneo, iniciado por Francisco. Esa forma espontánea
de la piedad tuvo en Francisco una doble consecuencia: por una parte,


2 1 5 Historia de la Filosofía española, I I (Madrid 1 9 4 3 ) p. 31-32.
2 1 6 Blanquerna, cap. 78 , p. 2 2 5 .


93




64 P . A N T O N I O O L I V E R , C . R .


su poca afición al estudio y a las lucubraciones teológicas, que él de-
jaba a los clérigos — a s p e c t o en que Llull no le sigue, pues se muestra
a cada paso decidido fautor de los estudios, aún para los f ra i les—
y por otra, el carácter popular de sus instrucciones, de forma que pue-
de hablarse de una verdadera popularización del saber, en lo que Llull
le sigue y le supera, en ciertos aspectos. Me refiero no sólo a la po-
pularización de las ciencias obrada por Ramón, sino también a la gran
innovación que supone en él el escribir sobre temas teológicos en su
lengua romance y el recurso a la versificación para la propaganda o
la vulgarización de los temas de piedad.


Delaruelle 2 1 8 ha estudiado la incalculable influencia que tuvo so-
bre la piedad popular el franciscanismo: evangelio puro, pobreza, san-
tificación personal, la vida como servicio feudal a Jesucristo, Jesucris-
to humano y tierno, considerado y amado en los misterios de su vida
terrena, la canonización de la lírica, el valor cristiano de la poesía,
imitación de Cristo en su vida y pasión. El P. Caldentey ha comparado
a Llull con el fogoso franciscano Jacopone da Tod i , y ha estudiado
sagazmente su obra de juglar de Jesucristo y de María, c omo poeta
místico en el Libre d'Amic e Amat, c omo poeta escolástico popular. 2 1 9
De todo ello resulta evidente cuan profundamente franciscano es Llull
en todos esos aspectos, algunos de los cuales, como sabemos ya, eran
caros a los reformadores del siglo X I I -


Incluso, y en la misma dirección, puede verse en Llull un esfuer-
zo por pasar la reforma, que él propugna, también a los seglares. He
hablado de una espiritualidad seglar. Podrían añadirse aquí los fre-
cuentes pasos en los que recrimina a los cristianos que toleren las abu-
sivas usuras de los judíos , 2 2 0 o exige del caballero cristiano la donosura,
elegancia y recursos dignos de su rango 2 2 1 o aconseja a las mujeres que
no abusen tanto de afeites y cosméticos, 2 2 2 o se lamenta de la corrupción
del mundo y del poco interés que se toman los cristianos por las gran-
des causas. 2 2 3


En cuanto a la cuestión del estudio, en la que se aparta decidida-
mente de san Francisco, Ramón depende de aquella corriente eclesiás-


2 1 7 Blanquerna, cap. 56 p. 192 ; Libre de meravelles, cap. 12 , p. 345 .
2 , s L'Influence de saint ' François d'Assise sur la piété populaire ( = X Congresso


Intern. . . vol. I I I ) p. 449-66 .
2 , 9 Introducción a la poesía de Ramón Llull, en Obras literarias. Madrid, B A C ,


1948. p. 1006-11 y 1011-23.
2 2 0 Libre de meravelles, cap. 11 , p. 3 4 2 .
2 2 1 Libre del orde de cavalleria, ed. Obres essencials, parte I I , p. 530-31.
2 2 2 Cf. la ironía de la descripción de la mujer que iba como ídola: Blanquerna,


cap. 84 p. 2 4 2 ; Libre de meravelles, cap. 18, p. 3 5 1 . Véase también el Libre de Con-
templació, cap. 120 & 13-18.


2 2 3 Libre de meravelles cap. 3, p. 324 . Arbre de Sciència, prol., p. 555 .


94




E L B E A T O R A M Ó N L L U L L Y L A E S C U E L A F R A N C I S C A N A 65


tica propulsora de la instrucción tan ardientemente apoyada por Ino-
cencio III . No es el caso de analizar aquí las teorías de Llull sobre el
saber, ni tampoco el sentido y contenido de ese saber en él — t e m a
sobre el que pienso volver en breve en un estudio a d r e d e — . Recorde-
mos sólo que, si bien se aparta de san Francisco, no es en ello menos
franciscano: en los escritos lulianos son bien visibles dependencias di-
rectas de san Buenaventura y coincidencias con él que deben atribuir-
se a la común fuente, san Bernardo. 2 2 4 Hamelin quiere incluso ver en
Llull dependencias de otro gran franciscano, Roger Bacon 2 2 5 Es lo
cierto que, aún cuando se muestra enérgico antiaristotélico (adviértase,
con todo, que antiaristotélico lo es Llull sólo como consecuencia de su
radical posición antiaverroísta: a la sazón no se estaba en disposición
de trazar la divisoria entre ambas corrientes, la segunda hija de la pri-
mera ) , Ramón resulta un excelente representante de la escuela de
Chartres, a la que debe su naturalismo, o mejor , naturismo, su afán
fie difusión del saber, su visión totalitaria de la ciencia, su respeto a la
experiencia, su afición a los árabes, su concepción del hombre como
centro de la creación, y su tesis de la Encarnación como coronamiento
de toda la obra ad extra de Dios , y, a la relación que la escuela atri-
buía a la filosofía con la teología, el papel de las rationes necessariae.726


P. A N T O N I O O L I V E R , C . R .


( Continuará)


2 2 4 Las influencias bernarclianas en Llull son constantes.
En la mariología son especialmente visibles: Cf. Libre de sánela Maria, Introd. de


Andrés Caimari, en Obres essencials I, p. 1150 n. 42 .
2 2 5 A . - M . H A M E L I N . O.F.M. . L'école franciscaine de ses débuts jusqu'à l'occa-


ntisme ( = A n a l e c t a mediaevalia namureensia, 1 2 ) , Louvain 1961 , p. 53 .
2 2 6 La síntesis necesaria que presuponen las rationes necessariae nació en el am-


biente chartriano que consideraba a todas las ciencias como aspectos del único saber y
ser. Ello nos lleva al resbaladizo campo del averroísmo-aristotelismo que tanta trans-
cendencia tiene en el saber y pensar de Llull. Véase provisionalmente el reciente libro
do J. L E GOFF, Les intelectuels au Moyan âge, París 1957 , p. 57-65.


95






LA PRIiYIERA OBRA QUE ESCRIBIÓ RAMÓN LLULL


Es manifiesta la necesidad de emprender la difícil tarea de la re-
visión de las tablas cronológicas de la bibliografía luliana; 1 precisa-
mente por razón de la inseguridad con que los más destacados lulistas
establecen dicho orden cronológico , 2 y porque no todos aducen las
razones en que se basan para la formulación de su propia tabla. 3 Gene-
ralmente, se limitan a señalar la fecha que juzgan probable, 4


1 S. G A R C Í A S P A L O U . Hacia una revisión crítica de la cronología de las obras
del lito. Ramón Llull (Artículo entregado a la imprenta, para su publicación en esta
revista).


2 En el estudio citado en la Nota precedente, se muestra la inseguridad de las
tablas cronológicas formuladas por los más destacados lulistas y relativas casi todas a
las obras lulianas anteriores al año 1296. Es decir, de los escritos que Ramón Llull
mismo no dató.


Señalamos como meta de las inseguridades el año 1296 y no, con el P. BatUori,
el año 1292 (Certeses i dubtes en la biografia de Ramon Llull, Estudios Lulianos, I V ,
1960, 3 1 7 ) , porque, por no haber sido datadas, no se atribuyen, con seguridad, a una
fecha determinada unas cuantas obras que se cree pertenecen a años posteriores al
1292, como son El liber de quinqué sapienlibus. Flores amoris et intelligentiae, Líber
de levítate et ponderositate elemenlorum. Lectura compendiosa «Tabulae generalis, Arl
de fer e solre questions.


3 Basta leer la tabla del P. Pasqual (Vindiciae Lullianae, I , Avenione, 1778,
.196-374) ; la del P. Longpré (Dictionaire de Théologie Catholique, I X , Paris, 1929 ,
1 0 9 0 - 1 1 2 ) : la de Carmelo Ottaviano (L'Ars Compendiosa de R. Lulle, avec un étude
sur la bibliographie et le fond ambrosien- de Lulle. Paris. 1930 . 3 1 - 9 5 ) ; la de M n . Sal-
vador Galmés (Dinamisme de Ramon Lull, Mallorca, 1 9 3 5 ) ; la de los Dres. Carreras
Artau, Historia de la Filosofía Española. Filosofía Cristiana de los siglos XIII al XV,
I Madrid, 1935, 2 8 5 - 3 3 4 ) : la del P. Platzeck (Raimund Llull, I I , Kataloge und An-
merkungen, Romae, 1964, 3 -84) .


4 Generalmente: porque corren de molde estudios sobre la fecha en que fueron
compuestas determinadas obras — p o c a s — que se consideran de importancia, por uno
u otro motivo. No precisamente en virtud de su valor literario o científico, sino porque
se consideran obras clave, para determinar un episodio de la biografía luliana, se ha
escrito sobre la Doctrina pueril, el Liber de Soneto Spiritu y el Desconhort; y porque
contiene un punto doctrinal, que interesa para la historia del asunto relativo al mis-
ino, se ha investigado la fecha del Libre de Blanquerna.


Sobre el Libre de Blanquerna véase: S A L V A D O R G A L M E S , Obres de Ramon Lull,
IX , Mallorca, 1914 , Proemi, X I V . — M . G O T T R O N , Neue. Literatur zur R. Lull, Fran-
zinkanische Studien. X I , Munster, i .W., 1924 , 2 2 0 : P. L O N G P R E , Le bienhereux Ray-
mond Lulle, Dictionaire de Théologie Catholique, I X , Paris, 1926, 1 0 9 1 ; M N . J. T A -
R R E , Los códices lulianos de la Biblioteca Nacional de Paris, Analecta Sacra Tarraco-
nensia, X I V , 1942, 1 5 9 ; J. RUBIO B A L A G U E R , Historia general de las literaturas his-


1




6 8 8 . GARCÍAS PALOU


Dentro de este tema general — q u e a la vez es una empresa ar-
d u a — sobresale el más concreto sobre cuál es la primera obra que salió
de la pluma fecundísima del Maestro.


Desde luego se disputan esta primacía cronológica tres obras, que
son el Art abreujada de trobar veritat o Ars compendiosa inveniendi
veritatem seu Ars magna et maior, el Libre de contemplació en Déu y
el Libre del gentil e los tres savis.5


a) La primera — Y Art abreujada de trobar veritat— reclama el
primer lugar, por ser presentada por el mismo Ramón Llull, al autor
de la biografía anónima, como la primera obra que concibió .


Ligado íntimamente al hecho de su conversión a Dios se halla, en
efecto, «quoddam dictamen mentis, quod ipse facturus esset postea
unum Ubrum meliorem de mundo contra errores infidelium».6 Y no sólo
esto, sino que «.quanto tamen ipse super hoc plus et saepius est mira-
tus, tanto jortius instinctus Ule seu dictamen faciendi Ubrum predictum
intra se crescebat».7


Por lo cual, lo obvio es que Ramón Llull comenzara su empresa
científica con la redacción de esta obra, cuya finalidad llevaba tan den-
tro del alma. Era, además, la obra básica de toda la metodología apo-
logética Juliana. El mismo autor anónimo escribe, en efecto, que


pánicas. I. Desde los orígenes hasta 1400. Literatura catalana, Barcelona. 1949. 6 9 3 ;
R U D O L F B R U M M E R . Zur Dalierung van Ramon Llulh «Libre de Blanquerna», Estu-
dios Lulianos. I. 1957. 257 -261 : S. G A R C Í A S P A L O U . El «Liber de quinqué sapienti-
bus» del Bto. Ramón Llull. en sus relaciones con la fecha de com posición del «Libre
tlp Blanquerna». Estudios Lulianos. I . 1957, 377-384.


Sobre el Liber de Sánelo Spiritu véase: S. G A R C Í A S P A L O U . El «Liber de Sánelo
Spiritu» de Ramón Llull. ¿lúe. escrito con motivo de la celebración del II Concilio de
Lyon (1274)?, Estudios Lulianos. I I I , 1959, 59-70.


Sobre la Doctrina pueril, véase: S. G A R C Í A S PALOL'. ¿Qué año escribió Ramón
Llull la «Doctrina pueril»?. Estudios Lulianos. X I I . 1968. 33 4 5 .


Sobre la fecha del Desconkort. véase: S. G A R C Í A S P A L O U , La fecha del «Descon-
hort», en relación con las visitas del Bto. Ramón Llull a la corle papal, Estudios Lu-
lianos, V I I , 1963 . 7 9 - 8 7 . — I D . . Cronología de las cinco primeras estancias del Bto. Ra-
món Llull en la corte papal: fecha del «Desconkort», Estudios Lulianos, X , 1966, 81-93.


5 No digo que el tema haya sido tratado expresamente, con aducción de razones
a favor de tal o cual obra. Sino que los más destacados lulislas no coinciden en colocar
en el primer lugar a una determinada de estas tres obras.


El P. Pasqual, en efecto, encabeza su tabla cronológica con el ylrs compendiosa
inveniendi veritatem (Oh. cit., 3 6 9 ) . M n . Gahnés cree que la primera obra que escribió
fue el Libre del gentil e los tres savis ( O b . c it . ,11) . Los Dres. Carreras Artau señalan
como la obra inicial de Ramón Llull l'Art abreujada de trobar veritat, que atribuyen al
año « 1 2 7 1 ? » ( O b . cit.. 288 . n. 1 3 ) : mientras que sitúan el Libre de contemplado en
Déu «hacia 1272» (Ibidem, 285 , n. 1 ) , y el Libre del gentil e los tres savis en
« 1 2 7 2 ? » (Ibidem, 300 . n. 7 1 ) . El P. Platzeck coloca en primer lugar de su Chronolo-
gischer Verke-Katalog al Libre del gentil arábico que atribuye al año 1270-1271 (Ob.
cit., 3, n. 1 ) .


6 Vita beati Raymundi Lulli, edic. B.A.C. , Madrid, 1948 , 4 8 , n. 6 .
7 Ibidem.


2




L A P R I M E R A O B R A 69


«cepit... ordinare et faceré Ubrum illum, vocans ipsum primo Artem
maiorem, sed postea Artem generalem ; sub qua Arte postea piares...
fecit libros, in eisdem multum generalia principia ad magis specifica,
.secundum capacitatem simplicium. proal experientia eum iam docuerat,
explicando» .8


b ) E] Libre de contemplació en Déu disputa dictia primacía cro-
nológica a Y Art abreujada de trobar veritat, porque en ésta, efectiva-
mente, se cita aquélla. 9 Lo cual, al parecer, significa que fue escrita
antes.


c ) Por otra parte, el Libre del gentil e los tres savis reclama el
primer lugar, por el motivo de que es citado varias veces en el Libre de
contemplació en Déu.w


Es decir, que si tuviéramos que atenernos meramente a la esueta
materialidad de estos datos, habría que formular la tabla cronológica
de estas tres obras —consideradas las primicias de la larga serie de las
que integran la producción científica lul iana— de esta manera:


8 Ibidem. 52 , 14.
9 Lo tuvo en cuenta el mismo Mn. Gahnés (Dinamisme Je Ramón Lull, edic. cit.


11) , quien precisa que en l'.4r< abreujada de trobar veritat, escrito en catalán, a su
juicio, en 1271 . cita el text aràbic també de Contemplació.


La cita, a la verdad, es muy breve: pero lo suficientemente clara y precisa para
no dejar duda alguna de que se trata de una referencia muy explícita a su Libre de
Contemplació en Déu. Héla aquí: «De Trinitate.—Quaestio: Utrum Deus sit in Trini-
late. Solutio: A d solvendam banc quaestionem, convenit quod demus oeto rationes ne-
cessarias per tertium Modum, quas E. recolit et intelligit se recoluisse et intellexisse in
Libro contemplationis».


Dist. I I , p. I I , q. I I , edic. Salzinger, 1, Moguntiae, 1721, 19.
1 0 Es citado en la d. V a cap. 11 , un Libre de raons en les tres ligs, en estos tér-


minos: «A vos, Sènyer Deus, laor e gloria e mercès, coa vos ha plagut que al vostre
servu havets jeta tanta de gràcia e de mercè, quel avets illuminai per lo libre qui es
apellat «Libre de raons en les 1res ligs»: per lo qual libre lui conegut que la vostra
substancia divina es en iii persones: e ha y conegut cerlificament dels articles, e ha
v aúda certificació que la lev dels crestians es vera e mellar de les altres ligs» (Edic.
Obres de Ramon Lull, I I , Mallorca, 1906, 5 6 ) .


En la d. X V I , cap. 77 . cita otro Libre de demandes e de questions. «Encara us
loa —escr ibe— e us ja gracies, Sènyer, per so car lo jets esser certificat en la je cres-
luina per raó de veres probacions e de veres significacions e de manifestes raons, les
quals ha atrobades en «Lo libre de demandes e de questions». (Edic. Obres de Ramon
Lull, I I I , Mallorca, 1909, 98, 3 ) .


Este mismo libro es citado también en la d. X X I X . cap. 188. «Qui per versi signi-
ficats ni per vives raons sensuals ni entellecluals vol encercar ni alrobar ni aprovar
argumentanment per raons necessàries qual lig es mellor que les autres, fassa tant,
Sènyer, que entena aquest »Libre de contemplació» o lo «Libre —qui es apellat— de
demandes e de questions, car per aquests libres porà esser certificat e porà certificar
a altre qual de les iii legs es pus vera ni mellor ni per qual pervé hom a perdurable
gloria». (Obres de Ramon Lull, V . Mallorca. 1911 , 184, n. 2 4 ) .


Al final, en la d. X L , cap. 366. cita un Libre del gentil que, según declaración
prepia, es cl mismo que ha citado antes bajo el título de Libre de questions e de de-
mandes. He aquí sus palabras: «On, beneit siats vos. Sènyer Deus: car si totes aquestes
coses no valien a hom a entendre e a saber aquest libre, cové que hom recorra al
«Libre del gentil» qui es apellat «Libre de questions e de demandes», per demostrar
la carrera de la gloria de nostre Senyor Déus» (Obres de Ramon Lull, V I I I , Mallorca,
1914 , 636 , 1 8 ) .




70 8 . G A R C Í A S P A L O U


Libre del gentil e los tres savis.
Libre de contemplació en Déu.
Art abreujada de trobar veritat.


Sencillamente — r e s u m i m o s — porque, en el segundo_ se cita al
primero, y porque, en el tercero, se cita al segundo."


* * *
Sin embargo, por el motivo que acaba de ser señalado, esta solu-


ción no es necesariamente exacta, ba jo el respecto de que caben otras, ' 2
a pesar de las referidas citas; y, además, porque no se puede prescindir
de algunas circunstancias tangibles para la formulación de la solución
del problema planteado, por la razón de que ellas apuntan hacia un
término o meta distintos de los que, si sólo se contara con la materia-
lidad de las repetidas citas, podrían considerarse los verdaderos.


a) No es posible que esas circunstancias — q u e se descr ib irán—
pasaran p o r alto al lulista moderno más autorizado en este aspecto del
lulismo científico, que es Mn. Salvador Calmés; y, esto no obstante, a
su ju ic io , la primera obra, que escribió Ramón Llull, es el Libre def
Gentil e los tres savis " c omo lo es para el P. Erhard-W. Platzeck. 1 4


Mn. Calmes, en efecto, reconoce que «es un problema a resoldre
el de L· prioritat d'aquestes obres», precisamente por el referido círcu-


1 1 Esto sería lo obvio en cualquiera otro autor, como norma segura para la for-
mulación de la cronología de sus obras. El hecho de que uua obra sea citada en otra,
equivale a admitir y a dar por manifiesto que aquélla es, cronológicamente, anterior a
ésta. Por lo cual, a la luz de este criterio, si el Libre del gentil e los tres savis es citado
en el Libre de contemplado en. Déu, señal es de que éste es posterior a aquél; y si, en
l'Art abreujada de trobar veritat, se cita el Libre de contemplació en Déu, habrá quje
admitir que aquella obra es posterior a ésta.


Sin embargo, en el caso de Ramón Llull (quien en distintas ocasiones, tuvo que
escribir, al parecer por lo menos, dos obras al mismo tiempo) este argumento no es
del todo concluyente.


El Liber de Soneto Spiritu, p.e., fue compuesto, según nuestros cálculos, al mis,
njo tiempo que el Libre de Evast y Blanquerna; porque es posterior a la Doctrina pue-
ril y, al final de ésta, anuncia que va a comenzar, el Blanquerna. «On pus te parle, fill,
—escribe— de la celestial gloria, més trob en mí defalliment i recomptar e a significar
la gloria de parays: e per assò lexar me'n he, e parlarem del «Libre* de Evasti e Blan-
querna» (Cap. 100 , edic. Obres de Ramon Lull, I, Mallorca, 1906, 199, 1 1 ) .


Mientras escribía VArt de fer e solre questions, que debió comenzar después de
1293 y acabó en Roma en 1295 , debió escribir el Líber de quinqué sapientibus y VArbre
de scièneia, citados los dos en aquélla.


1 2 Quiero decir que, si no mediaran otros factores, el orden cronológico de las
tres primeras obras escritas por el Bto. Llull , sería aquél. Pero, como se expresa a con-
tinuación, hay que tener en cuenta otros aspectos del asunto, por razón de su valor
histórico-crítico. Aspectos, que son de tal importancia, que, en virtud de ésta, pueden
prevalecer sobre el valor demostrativo de las referidas citas.


1 3 Dinamisme de Ramon Lull, edic. cit., 11 .
H Ob. cit., I I , 3, n. 1.


4




L A P R I M E R A O B R A 71


lo , de c itas: 1 5 «l'Art abreujada» cita la seva Lectura i el «Libre de Con-
templació», aquest cita el «Libre de Gentil», el qual, al seu entorn, cita
«l'Art abreujada»16


El benemérito lulista mallorquín habla del cercle de cites," y,
bajo cierto respecto, puede hablarse de él. Mas, arriba, al describir las
citas, no lo hemos referido, porque, hablando con toda propiedad,
en el Libre del gentil e los tres savis no se cita l'Art abreujada de trobar
veritat; sino que ésta sirvió para la estructura de aquélla. Es decir, que
ésta es la circunstancia a la que antes hemos apuntado, por razón de
su importancia, como dato que ha de tenerse en cuenta, además de la
cita que el Libre de contemplació en Déu contiene del Libre del gentil
e los tres savis, y la que Y Art abreujada de trobar veritat contiene del
Libre de contemplació. En el Libre del gentil, efectivamente, no se
menciona Y Art abreujada de trobar veritat.™ Sí, empero, es verdad que
aquél «és el primer llibre on posa en pràctica el seu nou sistema delineat
en «l'Art d'atrobar veritat» i més esponjat en l'Art general.19


Prácticamente, Galmés tuvo en cuenta la circunstancia,20 a la que
nos hemos referido, en un tono de singular atención; porque no ignoró
que el Libre del gentil fue escrito según el sistema propuesto en Y Art


1 5 Ob. cit., 10.
1 6 Como se expresa a continuación, en el Libre del gentil e los tres savis, no se


cita a Y Art abreujada de trobar veritat. Sí, empero — y ello encierra mayor valor, para
el caso, que una simple cita— aquel libro fue escrito, con el propósito de que fuera una
realización práctica del sistema ideado en aquélla.


Cuando M n . Galmés escribe que el Libre de contemplació en Déu «cita el Libre
del gentil, el qual, al seu entorn, cita VArt abreujada» (Ob. cit., 10 ) no quiere expresar
sino aquello: que es una plasmación real del sistema ideado en VArl abreujada de tro-
bar veritat,


17 Ibidem, 10.
1 8 Es decir, que este titulo no aparece en el Libre del gentil; así como éste se


lee en el Libre de contemplació en Déu, según ha quedado puntualizado, y este último
S3 halla en VArt abreujada de trobar veritat.


1 9 M N . JOAN A V I N Y Ó , PREV. , Les obres autentiques del Beat Ramon Llull,
Barcelona, 1935 , 37 .


2 0 Es decir, que el Libre del gentil e los tres savh está escrito con ajustamiento
a la metodología o procedimientos de lVlrí abreujada de trobar veritat, lo cual, en el
orden crítico, pesa mucho más que una simple cita o mención de esta última obra.


Una mera cita o alusión podría significar que tenía la obra ideada o. levemente,
concebida. La estructuración de un tratado según el método de VArl abreujada de tro-
bar veritat supone que, por lo menos, esta obra estaba redactada, aunque fuera a ma-
nera de borrador, es decir de un escrito de primera intención, desuñado a sufrir las
correcciones necesarias.


Una exposición metodológica tan clara y tan precisa, cual es ia Del prblech del
Libre del gentil e los tres savis (donde declara que sigue la manera del libre aràbic
«Del gentil», y, por consiguiente, la que se describe en dicho prólogo) no puede res-
ponder a la simple ideación de una obra metodológica; sino que, necesariamente, recla-
ma, una redacción más o menos definitiva de ésta.


5




72 S . GARCÍAS PALOU


abreujada de trobar veritat.21 Pero no la consideró lo suficientemente
fuerte para que prevaleciera sobre otro dato —también indiscutible—
c o m o es el del fervor inicial del proselitismo de Ramón Llull. He aquí,
a continuación, lo que escribe el insigne lulista:


«.Nosaltres conjecturant que en la fervor inicia'l del seu proselitis-
me, degué sostenir controvèrsies religioses orals —tan freqüents ales-
hores, àdhuc públicament— amb jueus i sarraïns, entre aquests el seu
esclau i mestre de llengua aràbiga, mort tràgicament, i que recollint-ne
notes llavors, ara, per evinenteses o exigències que ignoram, les ordenà,
escrivint en aràbic, el primer de tots i sense fer cap cita, el «Libre del
gentil», abans i tot, potser, de 1270; després compilaria, també en arà-
bic i pèls mateixos motius, les notes qui sap si preses temps enrera,
finida la seva meditació quotidiana, i escriví el gran «Libre de contem-
plació» (1270) on citaria Vexemplar aràbic del «Gentil»; llavors pu-
blicaria «l'Art abreujada d'atrobar veritat» (1271), en català, citant
el text aràbic també de Contemplació; i, finalmente arromangaria aques
«Libre» i el déh Gentil (1272), on ja podia esmentar, sense anomalies
cronològiques, l'«Art abreujada»22


Es decir, que, según Galmés, el orden cronológico de los tres pri-
meros escritos de Ramón Llull es el siguiente:


1 ) Libre del gentil, en arábigo (tal vez, antes de 1 2 7 0 ) .
2 ) Libre de Contemplació en Déu, en arábigo ( 1 2 7 0 ) , «on cita-


ria l'exemplar aràbic del Gentil».
3 ) Art abreujada de trobar veritat ( 1 2 7 1 ) en catalán, «citant el


text aràbic també de Contemplació».
4 ) Libre de contemplació en Déu, en catalán ( 1 2 7 2 ) .
5 ) Libre del gentil e los tres savis, en catalán ( 1 2 7 2 ) . 2 3


Desde luego, el presente artículo no aspira a señalar la fecha en
que fueron escritas las tres primeras obras de Ramón Llull. Tampoco
a precisar el año en que fue compuesta la primera de ellas; sino, sim-
plemente, a la averiguación de cuál fue la que escribió en primer lugar.


2 1 ¿Cómo podía ignorarlo el hombre que conocía más directa y detalladamente
IOJ textos catalanes de las obras de Ramón Llull?


Es verdad que la transcripción del Libre del gentil e los tres savis no es, precisa-
mente, de M n . Salvador Galmés, sino de Jerónimo Rosselló, con la revisión y el pró-
logo de Mateo Obrador y Bennassar (Edic. Obres de Ramon Lull, Palma de Mallorca,
1 9 0 1 ) . Pero lo es, igualmente, que para la edición de sus volúmenes y para su Dina-
misme de Ramon Lull, tuvo que conocer, y no superficialmente, el contenido del
Libre del gentil e los tres savis.


Por otra parte, M n . Galmés afirma que. en este tratado, Ramón Llull cita VArt
abreujada; con lo cual no se refería sino a la síntesis que de esta obra ofrece en el
prólogo del Libre del gentil e los tres savis.


2 2 Dinamisme de Ramon Lull, edic. cit., 1 1 .
2 3 Ibidem.


6




L A P R I M E R A O B R A 73


Es decir, de la que preside todo el catálogo de la copiosa producción
científica del Maestro mallorquín.


Esto no obstante — p a r a mayor claridad de la exposición del pen-
samiento de Mn. Ga lmés— se ha transcrito, junto al título de cada una
de las referidas obras, el número de la fecha, a la que él atribuye
cada una de ellas.


Por lo que respecta al tema de estas páginas, hay que subrayar
que Galmés señala el primer lugar de la tabla cronológica de las obras
de Ramón Llull al texto arábigo del Libre del gentil;2* y ciertamente, su
postura no pasa de simple conjetura 25 Pero , dentro del orden conjetural,
le asigna el encabezamiento de la lista de escritos lulianos.


Nosotros nos inclinamos a que el texto arábigo del Libre del
gentil e los tres savis precedió, cronológicamente, al texto arábigo del
Libre de contemplació en Déu.26 Precisamente, por la razón apuntada
por Mn. Galmés; por ese «fervor inicial del seu proselitisme».27 Pero ,
además, por razón de la extensión y de la mayor complejidad del Libre
de contemplació en Déu, obra cuya redacción encierra mayores dificul-
tades y requiere muchísimo más tiempo que el Libre del gentil.1* Exige
mayor madurez intelectual y cultura teológica 2 9 .


2 4 Ibidem.
2 5 «Nosaltres conjecturant...» escribe ( Ibidem) .
2 6 Porque, según se ha demostrado antes, en el transcurso del Libre de contem-


plació en Déu es citado tres veces el Libre del gentil e los 1res savis. Y , por otra parte,
el mismo Ramón Llull declara que su texto en romance del Libre de contemplació en
Déu es una versión directa, obra personal suya, del primitivo texto arábigo de su gran
enciclopedia teológica. He aqu' el explícit de la misma:


«Acaba e cumplida és aquesta translació del Libre de contemplació d'aràbic en ro-
mans: la qual translació fo fenida lo primer dia de l'any en vulgar, e la compilació
d'aràbic fo fenida e terminada en lo sant divenre de Pnscha.. .» (Obres de Ramon
Lull, V I I I , Mallorca, 1914, 6 4 5 ) .


Por otra parte, hay que señalar que el texto del Libre del gentil e los tres savis
citado en el Libre de contemplado en Déu es el arábigo, y no el catalán. Razón: que
lo cita bajo tres títulos distintos, según se ha probado antes; y, .:i hubiera citado el
texto catalán, al que preside el título definitivo, hubiera escrito Libro del gentil e los
tres savis, y no otro título alguno.


Esta razón parece de gran peso.
2 7 Ob. cit., 11.
2 8 Por propia declaración de Ramón Llull, según se verá inmediatamente, sabe-


mos que la redacción del Libre de contemplado en Dea le llenaba todo el tiempo.
Por otra parte, es manifiesto que el temario de éste es muchísimo más complejo


y de más difícil desarrollo que el del Libre del gentil e los tres savis.
Esto no obstante, el Libre del gentil e los tres savis —aunque más breve que


aquél— parece escrito en la plena madurez intelectual de Ramón Llull ; y sus artículos
pudieran ir incorporados en el Libre de contemplado en Déu.


2 9 Por razón del temario: no por razón de la manera de desarrollarlo. Aquél es
de índole claramente enciclopédica. El del Libre del gentil e los tres savis se halla suje-
tado a los dogmas del Cristianismo, judaismo y mahometismo. Sin embargo, su desarro-
llo contiene una riqueza de doctrina que puede colocarse al lado del que caracteriza
el Libre de contemplado en Déu.


7




14 8 . G A R C Í A S P A L O U


Tampoco debe negarse que el texto del Libre de contem-
plació en Déu, citado en l ' / irí abreujada de trobar veritat, sea el arábi-
go . A l contrario, puede y debe mantenerse firmemente, por exigencia
de la tesis que más abajo se formulará. Es decir que, según la formu-
lación que ofreceremos del orden cronológico en que, según creemos,
fueron escritas las tres primeras obras de Ramón Llull, el texto del
Libre de contemplación en Déu, citado en Y Art abreujada de trobar ve-
ritat necesariamente tuvo que ser el arábigo, y no el catalán.


Pero disentimos del parecer del Maestro Galmés en lo que respecta
al señalamiento del primer lugar de la lista de obras lulianas al texto
arábigo del Libre del gentil. No porque el texto arábigo de este obra no
fuera anterior al catalán, sino porque anteriormente a toda redacción
del Libre del gentil escribió su Art abreujada de trobar veritat.


Al parecer, el benemérito editor de Obres de Ramon Lull tiene re-
paro en admitir que, en el texto arábigo del Libre del gentil, su autor
pudiera esmentar l'Art abreujada de trobar veritat.30 Por lo cual, expre-
sa, que «finalment arromancaria aquest Libre (el Libre de Contempla-
ció en Deu) i el del Gentil (1272), on ja podia esmentar, sense anoma-
lies cronològiques, l'Art abreujada» 31


Mientras estaba escribiendo el Libre de Contemplació en Déu, de-
claró lo siguiente: «Ah Senyor ajudable! Ja tro que aquest libre de
contemplació sia acabat, lo vostre servidor e'l vostre benvolent no porà
anar en terra de sarrayns donar laor del vostre nom gloriós; car tant
son occupât per esta obra qui's fa e's tracta a honor de vos, que en al-
tres coses no puc entendre: per que jo us clam mercè, Sènyer, que
vos ajudets al vostre escrivà e al vostre sotsmès, en tal manera que en
breu temps aja esplegada esta obra, per tal que yvassosament pusca
anar pendre martire per la vostra amor, si tant és que a vos pL·cia que
ell ne sia digne» 32


Es decir que, durante el tiempo que invirtió en la redacción del
Libre de contemplado en Déu, no sólo no podía dedicarse a otros que-
haceres, porque la composic ión de esta obra le absorbía, totalmente,
las horas; sino que trabajaba con toda la rapidez posible.


Con esto, viene a precisarse que, mientras Ramón Llull se hallaba
entregado a las tareas de la redacción del Libre de contemplació en
Déu, no podía escribir otro libro alguno. Ni trabajó en la composición
del Libre del gentil e los tres savis ni en la de Y Art abreujada de trobar
veritat.


3 0 Dinamisme de Ramon Lull, Edic. cit., 1 1 .
3 1 Ibidem.
3 2 D . X X V I I , cap. 131 , edic. cit., vol. IV , Mallorca, 1910, 18-188, n. 2 1 .


8




L A P R I M E R A O B R A 75


Sin embargo, en ninguna parte de sus escritos, manifiesta que le
sucediera lo mismo mientras se hallaba laborando en estas dos obras
que acaban de mencionarse. 0 sea, que no existe declaración alguna
de Ramón Llull, en virtud de la cual no pueda admitirse que compuso
al mismo tiempo VArt abreujada de trobar veritat y el Libre del gentil
e los tres savis. "


La única dificultad que ve Calmes, para admitir que Ramón Llull
compusiera, al mismo tiempo, las tres obras que entran en el asunto, es la
de que «llur entitat i volum ríexclovien la possibilitat».34 Pero subraya
que ésta nace, precisamente, del trabajo que suponía, según declaración
personal de Ramón Llull, el Libre de contemplació en Déu.15


Nada hay, por consiguiente, bajo el respecto definido, que impida
que Ramón Llull laborara, a la vez, en VArt abreujada de trobar veritat
y en el Libre del gentil e L·s tres savis. Mas, también, hay que puntuali-
zar que no se da motivo alguno que exija la simultaneidad de la com-
posición de estas dos obras lulianas. 3 6


Por otra parte, hay que admitir el hecho tangible de que el Libre
del gentil e los tres savis supone VArt abreujada de trobar veritat, se-
gún la propia declaración de Ramón Llull, formulada en el prólogo del
texto catalán de aquél. 3 7


3 3 Creemos que, cuando compuso el Libre del gentil e los tres savis, prácticamen-
te tenía escrito VArt abreujada de trobar veritat. Por el motivo — q u e se expone en otro
lugar de este artículo— de que el prólogo es demasiado preciso para suponer que única-
mente llevaba en su mente planeada esta última obra.


Sin embargo, creemos muy probable que mientras la estaba perfilando, pudo reali-
zar por escrito el primer ensayo de la aplicación de sus procedimientos.


Decimos por escrito; porque, seguramente, también durante el espacio de tiempo
de la redacción de VArt abreujada de trobar veritat tomaría parte en diálogos religioso*
con judíos y mahometanos, y ensayaría los procedimientos que estaba ideando.


Es decir, que no creemos imposible ni improbable que Ramón Llull trabajara, a la
vez en la redacción de VArt abreujada de trobar veritat y en la del Libre del gentil e
los tres savis; mientras se entienda bajo el respecto de que ya tenía muy madurada y
redactada, por lo menos en borrador bastante acabado, la primera de estas dos obras.


3 4 Ob. cit., 11 .
3 5 Ibidem.
3 6 Ni lo uno, ni lo otro. Nuestra tesis se mantiene en pie. en cualquiera de estas


dos opiniones. Lo mismo si se sostiene que no comenzó el Libre del gentil e los tres
savis sino después de haber redactado definitivamente VArt abreujada de trobar veritat,
que si se acepta que comenzó el Libre del gentil e los tres savis después de la primera
redacción de aquélla.


3 7 Ese prólogo es una gran cita —porque es una síntesis— de VArt abreujada
de trobar veritat. Una cita de mayor valor crítico que la mera referencia a esa obra,
por medio de su título.


Pero, ahora, no hablamos de la cita, sino de una declaración personal de Ramón
Llull, según la cual aquella obra es anterior al Libro del gentil e los tres savis.


No queremos decir que lo exprese de manera explícita, con la misma formalidad
de los términos; pero sí implícitamente. Sin embargo, no por esto la declaración deja
de ser lo suficiente clara y precisa.


9




7 6 S . GARCÍAS PALOU


Manifiesta, en efecto, que se propone seguir el mismo método
adoptado en el libre aràbic «Del gentil»,** el cual consiste en novella
manera e novelles raons per les quals poguessen ésser endreçats los
errats a gloria qui no ha fi}9


Esta nueva manera y estas nuevas razones son las que se describen
a continuación, en el referido prólogo del texto catalán. Pero Ramón
Llull mismo declara que las había utilizado en el texto arábigo, al ex-
presar que compone el Libre del gentil e los 1res savis (éste es el título
del texto catalán) seguint la manera del Ubre aràbic «Del gentil».40


Este, por consiguiente, ya había sido redactado según dicha
novella manera.


Mas cabe preguntar cuál es esta novella manera y cuáles dichas
novelles raons; a lo cual se responde fácilmente y con seguridad, seña-
lando que no son sino las que Ramón Llull describe seguidamente, las
cuales coinciden con el contenido y peculiaridad de YArt abreujada de
trobar veritat.^


Es manifiesto que esta novella manera no es sino la que revela a
Celestino V , en su Petitio, con ocasión de exponer la conveniencia del
uso de razones necesarias en las controversias con los mismos cismáti-
cos. «Ego — e s c r i b e — Raymundus Lullus indignus aestimo me multas
tales habere secundum. dliquem novum modum, quem Deus mihi dedil
ad vincendum omnes illos, qui contra Fidem catholicam aliquid volunt
probare vel improbare».41


Es la manera misma a la que se refiere el autor anónimo de la
autobiografía de Ramón Llull, cuando escribe que «Postquam... Ray-
mundus, in predicta stans abbacia, composuerat librum suum. ascendit
iterum in montem predictum et in eodem loco, in quo steterant pedes
eius, dum sibi in illo monte Dominus ostenderat modum Artis.. .».43


Por otra parte, sabemos que la manera de YArt abreujada de tro-
bar veritat se describe en el prólogo del Liber de Sancto Spiritu, donde
se atribuye (la referida manera) a dicha Art abreujada y se expresa
que fue utilizada para la composición del Libre del gentil e los tres
savis. He aquí las propias palabras de Ramón Llull:


«Prima conditio primi floris est quod affirmetur et eligatur major
Distinctio divinarum Personarum. Secunda est quod affirmetur et eli-


3 8 Del prblech, edic. cit., 1057.
3 9 Ibidem.
4 0 Ibidem.
4 1 Por esto M n . Galmés pudo decir que, en el Libre del gentil, Ramón Lull «ja


podía esmentar, sense anomalies cronolòliges, l'Art abreujada» ( O b . cit., 1 1 ) .
Pero, como llevamos dicho, no la nombra.
4 2 Edic. Salzinger, I I , Moguntiae, 1722, 5 1 .
4 3 Edic. cit., 52 , n. 14 .


10




L A P R I M E R A O B R A 77


gatur major Concordantia divinarum Personarum. Tertia est de
simplicitate et unitate Dei; nam illa Fides, per quam Deo pos-
sunt attribui major simplicitas et unitas, débet eligi supra illam,
quae Deo non attribuit tantam simplicitatem et unitatem; et hoc
idem de aliis floribus secundum. ordinem et regulam et artem;
cum majoritas, videlicet major nobilitas, debeat affirmari et Deo attri-
bui secundum virtutes et proprietates divinas, et secundum quod ma-
joritas simul convenu cum esse in nobilitate et perfeclione, et minori-
tas, quae est oppositum majoritatis, simul convenu cum privatione et
imperfectione, secundum Artem compendiosam inveniendi Veritatem
et secundum condiliones quinqué Arborum, quae sunt in Libro Gentilis
et trium sapientum..


En resumen, declara Ramón Llull que dichas flores significan Mo-
dum et Artem, per quam posset cognosci, quae Credentia sit in veritate,
an Credentia latinorum an graecorum,45 y añade: quae est conditio in-
vestigandi viam, secundum quam duarum praedictarum credentiarum
in Deo possit inveniri major nobilitas, et illa major nobilitas est affir-
manda et eligenda.46


En el Libre del gentil e los tres savis describe el primer Arbre (e l
primero de los cinco que vieron los tres sabios, cuya naturaleza y pro-
piedades les explicó la dama Inteligencia, además de declararles el sen-
tido de las letras que estaban escritas en cada una de las flores);47 y
expresa que «Aquest arbre ha dues condicions entre les altres. L'una és
que hom deu atribuir e conèixer a Déu tota hora la major nobilitat en
essència e en virtuts e en obres; l'altra condició és que les flors no sien
contràries les unes a les altres». Describe, también, las dos condiciones
del árbol quinto, con estos términos: «La primera es que neguna
d'aquelles vertuts sia contrària a l'altra; la segona és que ço en què
mills se convenen a ésser majors, c a haver major mèrit hom per elles,
sia veritat, e lo contrari sia fahetat»4*


Es manifiesto, pues, que VArt abreujada de trobar veritat, aunque
no sea citada, expresamente con su propio nombre, está presente en el
Libre del gentil e los tres savis y constituye su armazón. En prueba de
ello que, continuamente, en el transcurso de la obra, se invocan princi-
pios de VArt abreujada 49


4 4 De prologo, edic. Salzinger. I I . Moguntiae. 1722. 1.
4 5 Ibidem.
4 6 Ibidem.
4 7 Del prblech, edic. cit., 1057-1060.
4 8 Ibidem, 1059 .
4 9 En el Lib. I, Arbor I artic. De bonilale et aeternitate: «et quia secundum su-


II




78 S . G A R C Í A S P A L O U


Este hecho — i n n e g a b l e — demuestra bien a las claras que, cuan-
do Ramón Llull estaba escribiendo el Libre del gentil e los tres savis,
no tenía sólo ideada o esbozada la obra Art abreujada de trobar veritat,
sino que ya había sido redactada; sin que pueda concederse probabili-
dad alguna — a lo más, muy t e n u e — a la hipótesis de la redacción si-
multánea de las dos obras. Una obra sólo planeada no entra jamás de
manera tan plena y tan exacta en el cuerpo de otra.


Por otra parte, hay que atender a la narración del biógrafo coetá-
neo relativa a YArt abreujada de trobar veritat.


pradictas conditiones Arborum, convertit attribuere Deo maiorem nobilitatem...» (Edic.
Salzinger, I I , Moguntiae, 1722 , 9 ) .


En el Lib. I., Arbor I I , artic. De bonitate et jide: Unde secundum conditiones
quintae Arboris, major contrarietas. quae sit inter virtutes et vitia, melius convenit
cum esse, quam minor (Edic. cit., 1 1 ) .


Lib. II , artic. I I : «et cum hoc, per quod divinae virtutes sint magis contrariae
vitiis, necessario convenit affirmari secundum conditiones tertiae Arboris» (Edic. cit.,
2 7 ) .


Lib. II , artic. I I : «et cum secundum primam conditionem primae Arboris homo
debeat attribuere majorem nobilitatem» (Edic. it., 2 8 ) .


Lib. I I I , artic. I I , I I I et I V : «et cum flores secundae Arboris non sint nec debeant
essc inter se contrarií, secundum conditiones Arboris, nec in prima Arbore possit exis-
tere contrarietas unius floris ad alterum...» (Edic. cit., 4 7 ) .


Lib. I I I , artic. I I I y I V : «et cum major contrarietas debeat affirmari».—«unde
cum sit impossibile, quod flores primae Arboris sibi invicem contrarienlur».—«cum
hoc, per quod spes hominis in Deo sit major, et hoc, per quod melius conveniat cum
fide et esse, sit de condilionibus quartae Arboris» (Edic. cit.. 4 8 ) .


Lib. I I I , artic. I I , I I I y I V : «et cum hoc per quod intellectus humanus possit plus
in Deo intelligere et plus ignorare, conveniat cum condilionibus primae et quartae
Arboris» (Edic. cit., 4 9 ) .


Lib. III , artic. I I , I I I y I V : «certum est quod unum simile conjunclum suo alteri
simili augmentetur in virlute, et fortificetur contra suum contrarium el dissimile...»
(Edic. cit., 5 0 ) .


Lib. I I I , artic. I I , III y I V : «secundum conditiones primae Arboris débet attribut
ipsi Deo major nobilitas, quam homo possit considerari» (Edic. cit., 5 1 ) .


Lib. I I : «et adhuc dicimus, quod esse melius conveniat in creaturis cum numero
trinitalis et unilatis, quam cum alio numero; cum ita sit, quod omnis creatura sit una
in substantia, et intribus individuis, ex quibus ipsa subsantia componitur» (Edic. cit.,
5 2 ) .


Lib. I I I . artic. V I : «quod secundum conditiones primae Arboris majorem nobili-
tatem, quam homo possit considerare et intelligere, debeat Deo attribuere et de eo
cognoscere» (Edic. cit., 5 3 ) .


Lib. I I I , artic. X : «secundum conditiones primae Arboris convenit quod homo Deo
attribuât et in Mo cognoscat majorem amorem, quem homo possit Deo attribuere»
(Edic. cit., 6 4 - 6 5 ) .


Lib. I I I , cap. X : «ex conditionibus primae Arboris sequunlur conditiones secundae
Atboris, videlicet, quod illud per quod homo melius potest obligari ad diligendum
Deum conveniat cum esse» (Edic. cit., 6 5 ) .


Lib. I I I , artic. X I V : «secundum ordinem et novum modum disputationis, in quem
nos posuit Domina Intelligentia...» (Edic. cit., 7 2 ) .


Lib. IV , artic. V I : «secundum quod ego intellexi, conditiones Arborum ordinanlur
sub tali forma, quod si per unum modum et per unum florem in Deo significetur major
nobilitas, quam per alium modum et per alium florem illi apparenter contrarium, ipsi
esset minor nobilitas» (Edic. cit., 7 9 ) .


12




L A P R I M E R A O B R A 79


Expresa, en efecto, que Ramón Llull descendit de monte Mo (del
monte de Randa) y fue mox a la abadía cisterciense de Nuestra Señora
de La Real , 5 0 donde comenzó a ordenar y a redactar el l ibro aquél,
meliorem de mundo contra errores infidelium, vocans ipsum Artem
maiorem, sed postea Artem generalem.51


N o cabe duda de que esta obra es VArt abreujada de trobar veritat,
sub qua Arte — s e g ú n añade el mismo biógrafo c o e t á n e o — postea plu-
res, un infra sequitur, fecit libros, in eisdem multa generalia principia
ad magis specifica, secundum capacitatem simplicium, prout experien-
tia ei jam docuerat, explicando.52


Es manifiesto que esas obras, a las que se alude, en este pasaje
de la autobiografía de Ramón Llull son VArt inventiva y Ars generaUs
ultima, juntamente con el Ars demonstrativa, el Ars inveniendi particu-
laria in universalibus, la obra Qüestiones per Artem demonstrativam seu
inventivam solubiles, VArt de fer e solre questions53 y bastantes otras
que no es preciso mencionar.


Pero también se apunta al Liber principiorum theologiae, al Liber
de Soneto Spiritu, al Libre de démonstrations, al Líber de quatuordecim
Ariculis Sacrosanctae Romanae Catholicae Fidei etc., cuyo tema se
desarrolla con ajustamiento a VArt abreujada de trobar veritat; porque
son obras escritas sub qua Arte.54


5 0 Edic. cit.. 52 , n. 14 .
51 Ibidem, 48 , n. 6.
5 2 Ibidem, 5 2 , 14 .
5 3 Porque son las obras en las que, según la propia declaración del autor anó-


nimo de la biografía de Ramón Llull. se realiza el su6 qua Arte postea plures, ul infra
sequitur, fecit libros, in eisdem multum generalia principia ad magis specifica... expli-
cando (Ibidem, 52 , 1 4 ) .


Nótese que el biógrafo coetáneo escribe ut infra sequitur: y las dos únicas obras
que menciona son l\i4rt de trobar veritat (Ibidem. 56 . n. 1 9 ) y VArt general darrera
(Ibidem, 74 n. 4 1 ) . Con lo cual, contamos con una interpretación auténtica del sub
qua Arte postea plures... fecit libros.


De no ser así, con toda seguridad, podría suponerse que estas palabras se refieren
a las obras de la índole de las que se nombran en el párrafo siguiente, porque en ellas
se cumple el significado de las repetidas palabras sub qua Arte postea plures... fecit
libros.


Yendo a precisar los conceptos, habrá que confesar que el sub qua Arte se realiza
más propiamente en las obras a las que últimamente se ha hecho referencia, que en las
anteriores.


Las obras Ars universalis seu Lectura artis compendiosae inveniendi veritatem.
Art demostrativa, Art inventiva, Ars generalis ultima seu Ars magna generalis ultima
etc., a nuestro juicio, más que escritas sub qua Arte, lo fueron ex qua Arte. En cam-
bio las que se mencionan en el párrafo siguiente del cuerpo del presente artículo, fue-
ron escritas sub qua Arte.


Esto no obstante, lo importante es conocer lo que quiso expresar el autor anóni-
mo; y esto consta, según se ha visto anteriormente.


5 4 Estas sí fueron escritas sub qua Arte. Más real o propiamente que las mencio-
nadas últimamente en la Nota precedente.


13




30 S. GARCÍAS PALOU


El Libre del gentil e los tres savis también, según se ha visto clara-
mente, está escrito sub qua Arte. Es decir, que depende plenamente de
su contenido.


De la simple lectura de la coetánea Vita beati Raymundi Lulli se
deduce, de manera manifiesta, que Ramón Llull llevaba en su mente la
idea de aquel libro meliorem de mundo contra errores infidelium55 y,
en su corazón el propósito de escribirlo: «quanto tomen ipse super hoc
(sobre el dictamen mentis, quod ipse facturus esset postea unum librum
meliorem de mundo contra errores infidelium)*' plus et sepias est mi-
ratus, tanto fortius instinctus Ule seu dictamen faciendi librum predic-
tum intra se crescebat»,57


Ramón Llull, por consiguiente, desde poco después de su conver-
sión —seguramente impelido por el apostolado que, en Mallorca, des-
plegaban, entre musulmanes 5 8 y judíos 5 9 los Frailes Pred i cadores— y
por el conocimiento que él tenía de la situación religiosa de aquéllos,
con quienes trataba (según declara en el mismo Libre del gentil e los
tres savis61), llevaba muy dentro del alma el pensamiento de ese l ibro,
que él creía de gran eficacia para la conversión de los infieles. Pre-
cisamente, esa obsesión por ese l ibro, lo condujo al scriptorium del M o -
nasterio Cisterciense de Nuestra Señora de La Real.62


Por lo cual, un hombre impulsivo, osado y hasta temerario61 tenía
— y t u v o — que darse totalmente a la labor de su planeamiento y re-
dacción. «.Aun en su apostolado, lo que a él se le ocurría lo decía y
hacía, con tanto mayor atrevimiento cuanto más se persuadía estar de
su parte la verdad y aun llevar una misión celeste». Tuvo que entre-
garse a aquellas tareas cuanto antes, porque, para él, según consta cla-
ramente en la referida biografía anónima, era una obra clave y porque
lo dirigía una voluntad potente que regulaba su ímpetu apasionado.64


No es creíble que el Ramón Llull auténtico se diera a otras
tareas, antes de realizar su propósito de escribir ese l ibro, que, en su


5 5 Vita beati Raymundi Lulli, edic. cit.. 48 n. 6.
5 6 Ibidem.
, 7 Ibidem.


5 ( 1 JOSE M . " COLL, O.P.. Escuelas de lenguas orientales en los siglos Xlll y XIV,
Analecta Sacra Tarraconensia. X V I I , 1944 , 123.


5 9 F. V A L L S I T A B E R N E R . Son Ramón de Penyajorl. Barcelona, 1936, cap.
X I I I , 130-139.


6 1 Del prblech, edic. cit., 1057 .
6 2 «Raymundus. . . descendit de monte illo reversusque mox ad abbatiam supra-


dictam, cepit ordinare el faceré librum illum, vocans ipsum primo Artem maiorem. . . »
(Vita beati Raymundi Lulli, edic. cit., 5 2 , n. 1 4 ) .


« M A U R I C I O DE I R I A R T E . S.J., Vida y carácter, Madrid, 1955 , 54 .
6 4 Ibidem, 5 5 .


14




L A P R I M E R A O B R A 81


pensamiento, tenía servir de armazón y trazar el método para la com-
posición de otros muchos. 6 5


Lo que sí ocurrió, fue que quiso ya aplicar sus procedimientos
— q u e ya tenía c o n c e b i d o s — a diálogos y controversias con los musul-
manes y judíos . 6 6 Por lo cual, al proceder a la redacción de las otras
obras «sub qua Arte» — l a primera de las cuales es el Libre del gentil—
ya tenía alguna experiencia, según consta en la Vita beati Raymundi
Lulli, donde leemos que «sub qua Arte postea plures, ut infra sequi-
tur, fecit libros, in eisdem multum generalia principia ad magis speci-
fica, secundum capacitatem simplicium, prout experientia eum iam do-
cuerat, explicando».1'1


Sí, por aquellos mismos motivos de índole temperamental, es in-
discutible que se lanzaría al trato con los infieles, y adquiriría aquella
experientia de que habla la Vida coetánea. Así tuvo que suceder, en
efecto, para poder escribir en el prólogo del texto catalán del Libre del
gentil e los tres savis lo siguiente: «Com ab los infaeh hajam participai
long de temps, e hajam enteses lurs fdlses opinions e errors..


El Libre del gentil, en su texto arábigo, era la expresión escrita
de las primicias de los diálogos y disputas religiosas, mantenidos con
los musulmanes y judíos de Mallorca." 9 Pero era, a la vez, la primera
experiencia de la aplicación de aquel libro famoso que empezó a orde-
nar y a redactar en la biblioteca de la abadía cisterciense de La Real.


Este juicio no es una mera suposición, sino el reflejo de una de-
claración personal de Ramón Llull, explícita en lo que concierne a su
trato con los infieles, e implícita — p e r o real y tangib le— en la orde-
nación y contextura del Libre del gentil e los tres savis.


¿Es que es, razonablemente, discutible que Ramón Llull, que lle-
vaba tan en lo más hondo de su espíritu la idea de escribir unum librum
meliorem de mundo contra errores infidelium, y que concibió ese pro-
pósito inmediatamente después de su conversión, no lo escribiera antes
que cualquiera otra obra destinada, precisamente, a la conversión de
los infieles?


6 5 Basta leer las referencias del autor anónimo — q u e ya hemos transcrito— re-
lativas a esa obra (Vita beati Raymundi Lulli. edic. cit., pág. 48 , n. 6 y pág. 52,\
n. 1 4 ) .


6 6 Esto es manifiesto. El declara, en el prólogo del Libre del gentil e los tres savis
que ab los infaels había participat long temps y que había enteses lurs falses opinions
e errors (Edic. cit., 1 0 5 8 ) . De lo cual se deduce que un hnmbre del temperamento
y del carácter de Ramón Llull tuvo que dialogar con ellos —musulmanes y judíos—
sobre temas religiosos, y, precisamente, ajusfando su manera de argumentar a la que
llevaba ya en la mente, desde su conversión. Así tuvo que suceder, dadas las esperan-
za.- que él tenía en ella, como en un procedimieno de gran eficacia.


A esta experiencia se refiere el autor anónimo de manera muy clara, como puede
comprobarse en sus palabras que se citan a continuación en el cuerpo del artículo.


6 7 Edic. cit., 52 , n. 14.
6 8 Del pr'olech, edic. cit., 1058.


15




8 2 8. GARCÍAS PALOÜ


El Libre del genil e los tres savis es una de esas obras escritas con
una finalidad claramente apologética, y concebida y realizada con
novella manera i novelles raons per les qnrils poguessen ésser endreçats
L·s errats.10


Si Ramón Llull ideó y estructuró" aquel librwm meliorem de mun-
do, para que, luego, sirviera para la estructuración de otros libros, lo
obvio es que el primer libro escrito para el desarrollo de temas religio-
sos muy concretos, se ajustara ya al molde que había ideado y reali-
zado.


Esta razón carecería de peso, si aquel libro — q u e llamó Artem
maiorem— hubiera sido concebido mucho tiempo después de su con-
versión. Pero no sucede así; sino que, si hay que dar fe a la Vida coe-
tánea, su historia va ligada a los sucesos —expl iqúense de una u otra
m a n e r a — de su conversión. 7 2


L'Art abreujada de trobar veritat es, por consiguiente, la primera
obra que escribió Ramón Llull.


De conformidad con el procedimiento apologético, en ella ideado
y formulado, escribió Llull el Libre del gentil, en lengua arábiga. Lue-
g o , compuso el Libre de contemplació en Déu, donde cita el Llibre del
gentil, bajo diversos títulos.


El hecho de que en VArt abreujada de trobar veritat cite al Libre
de contemplació en Déu no es suficiente para romper la línea cronoló-
gica que acabamos de trazar. Porque no significa, de manera alguna,
que Ramón Llull se hallara en plena redacción de esta última obra o
que la hubiera terminado; sino solamente que la había concebido , o
iba tomando notas de sus meditaciones. En otros términos, que ya lle-
vaba en su mente o tenía escrito lo que constituye el Prólech de la
misma.


S. G A R C Í A S P A L O U , P R R O .


6 9 Porque el texto arábigo es anterior al catalán. Por lo cual, es aquél que con-
tenía el fruto de sus experiencias conseguidas, en sus recientes diálogos religiosos con
musulmanes y judíos. El , en efecto, declara que, en el Libre del gentil e los tressavis
sigue la manera del libre arabio Del gentil (Del prólech, edic. cit.. 1 0 5 8 ) . Dei ' lo cual
hay que concluir que aquel texto arábigo contenía la experiencia que acababa de vivir
en sus referidos diálogos, sostenidos según la noi'ella manera e novelles raons per les
quals poguessen ésser endreçats los errats a gloria qui no ha fi (Libre del gentil e los
tres savis, Del prólech, edic. cit., 1 0 5 8 ) .


7 0 Ibidem.
7 1 Vita beati Raymundi Lulli, edic. cit., 52 n. 14.
7 2 El autor anónimo ofrece muy ligados el hecho de la conversión intellexit tan-


dem certissime —Deum velle quod Raymundus mundum relinqueret Christoque corde ex
tune integre deserviert— (Ibidem, 48 , n. 4 ) y el hecho de que cepit ergo intra se co-
gitando tractaré quod esset servitium maxime Deo placens ( Ib idem) . Es decir, que su
conversión y los grandes propósitos de su vida quedan íntimamente ligados. Estos flu-
yen directamente de aquél.


116




SECCIÓN D E LULISMO R E T R O S P E C T I V O


RAIMUiNDO LULIO Y SUS BIÓGRAFOS *


Para algunos, sobre todo de la generación presente, difícil en
creer y perezosa en investigar, es Raimundo Llull un personaje igno-
rado, misterioso, indefinible, de indeciso perfil y vaga fisonomía, casi
un mito de incierta y controvertible existencia; para otros más con-
tentadizos es una celebridad conocida con tanta precisión y exactitud
como cualquiera de las contemporáneas, sobre cuyas menores particu-
laridades nada falta que saber, y cuyos pasos uno por uno pueden se-
guirse minuciosamente.El atento examen de su vida nos ha convencido
de que ni es cierto que la envuelvan tan oscuras nieblas, ni que la ilu-
mine tan de lleno la luz de la historia. En sus escritos innumerables
ocurren acerca de su persona indicaciones preciosas aunque no tan
frecuentes c omo lo serían en las obras eminentemente subjetivas de
nuestro siglo, expansiones más copiosas en cjue se derrama su carácter
sin querer y sin pensarlo, fechas que determinan a la vez la serie cro-
nológica de sus producciones y de los viajes continuos de su laboriosa
carrera. Los archivos no arrojan más que unos pocos y breves docu-
mentos en que figure, permaneciendo respecto de él tan reservados


= LA U N I D A D C A T Ó L I C A . / Periódico semanal / órgano de. la Asociación de católi-
cos / bajo la dirección de / D . José María Quadrado j C 0 D \a colaboración / de los /
R .R . sacerdotes Muñoz Cárnica, Vives v Maura, / Srs. Aguiló y La Fuente, / Roca y
Cornet, Rubió , Coll y Vehí , Reynals v Thos . /
T o m o II /
Palma / Imprenta de Felipe Guasp y Vicens /
1 8 7 1 .


La capçalera del n.° que du l'article sobre la biografia de Llull es:
= LA U N I D A D C A T Ó L I C A . Órgano de la Asociación de católicos de las Baleares.


Bajo la dirección de D. José María Quadrado. \ . ° 7 0 . Domingo 3 de Julio 1870 .
pp . 1 3 9 - 1 4 3 .


* Coincidiendo la aparición de este número con el día dedicado al bienaventu-
rado sabio mallorquín y mártir de Jesucristo, cuya fiesta hoy en defecto del Ayunta-
miento de Palma se honrará de celebrar en la iglesia de san Francisco la venerabls
orden tercera, he creído deber pagar algún tributo a su inmortal memoria ; con cuyo
objeto anticipo la publicación del primer capítulo de una obra inédita y todavía sin
concluir que consagro a tan elevado asunto, el mayor que a los baleares puede inspi-
rarnos. — N . del A .




84 JOSÉ M . * C U A D R A D O


como en todo lo que atañía, principalmente entonces, a la región de
las ideas más bien que a la de los hechos, y a los hombres estudiosos
y personalmente oscuros, cuya voz era lo único que el mundo conocía.
Pero Raimundo, más dichoso en esto que otros genios de igual y aun
de mayor fama, tiene su crónica especial, coetánea, escrita por sus dis-
cípulos y en cierto modo bajo su dictado; y ésta será la base principal,
si no la única, del trabajo que vamos a emprender.


Cuando, por quienes y de qué modo se formó, lo dice expresa-
mente el título que la encabeza: «Venc ido Raimundo por los ruegos
de algunos amigos religiosos, refirió en Francia y permitió se escribie-
ra lo que va continuado acerca de su conversión y penitencia y de
otros hechos suyos» . Por su mudanza principia en efecto, dejando
aparte todo lo relativo a su nacimiento y juventud, y termina proba-
blemente hacia el año 1312 cuando vivía aun el venerable anciano. Su
tono , ingenuo y natural como lo es el de las crónicas generalmente,
ni toca en la fría indiferencia ni en los encomios ilimitados de los que
hablan de personajes y de sucesos ya juzgados por la posteridad; es
el lenguaje de un amigo que habla con reserva, temeroso de herir la
modestia de un viviente, pero que permite bastante desahogo a su ad-
miración para demostrar que escribe a cierta distancia y con indepen-
dencia del elogiado. En toda la narración se marca el sello, no sólo
de exactos informes, sino de privadas confidencias; y hasta en algún
pasaje que indica las vacilaciones del protagonista y los cobardes te-
mores de que se vio asaltado antes de su primer viaje al Áfr ica , se
trasluce una elevada imparcialidad, y tal vez una exigencia de humil-
dad heroica de parte de aquél, empeñada en perpetuar así la memoria
de su flaqueza. Las cuestiones teológicas y conferencias doctrinales in-
tercaladas en el relato, sólo un maestro podía recordarlas, sólo un
alumno podía transcribirlas con tanta proligidad y complacencia. T o -
das estas circunstancias, al paso que comunican a la lectura un inte-
rés vivísimo y palpitante, caracterizan la autenticidad del escrito, que
nadie sabemos haya impugnado de frente, pero que no será fuera del
caso dejar asentada previniendo todo reparo.


Que circuló desde los tiempos inmediatos a la muerte de Lulio
entre sus adictos y seguidores, lo persuade la convicción en que esta-
ban, y que les echaba en rostro ya entonces Aymerich , acerca de la
ciencia infusa e inspiración sobrenatural de su jefe, tantas veces in-
culcada en dicha historia. Si otras hubo, (que alguna muy temprana
debía haber que consignase los hechos de aquel hombre extraordinario
y mantuviese el recuerdo de su presencia y el crédito de su doctrina
en los apartados países donde había penetrado) , no quedan ya de estas
tales ni fragmentos ni noticia. Se ha perdido la que afirma Wadingo
haber escrito el mismo Raimundo y presentado a Jaime rey de Ma-


2




R A I M U N D O L U L I O Y S U S B I Ó G R A F O S 85


Horca; se ha perdido la que menciona Seguí compuesta también por
el interesado a ruego del rey de Francia Felipe el Hermoso, y hasta
caben sospechas de que ni una ni otra hayan existido y de que no
deben considerarse distintas de la que nos ocupa. ¿Tan poco rastro
habrían dejado de sí estas preciosas autobiografías? ¿Hubieran sido
cabalmente las únicas obras de Lulio que desapareciesen por com-
pleto, y cabalmente de dos siglos y medio a esta parte, si es cierto
que las vieron los que las citan? ¿ N o pudieron más bien equivocarse,
tomando por trabajo directo de aquél el de sus amigos y confidentes?
Pero dado que fuesen diversas, discrepaban ciertamente muy poco ,
pues los que pudieron utilizarlas apenas traen hecho ni circunstancia
siquiera que no se halle sustancialmente en la crónica mencionada.


Durante algunos siglos custodióse ésta en el archivo del reino de
Mallorca en prueba de la autoridad y crédito de que gozaba; y como
existente allí la alegan varios testigos del proceso de canonización ins-
truido en 1612 y más adelante el historiador Dameto. A ella se refiere
asimismo Wadingo , bien que la vio no en Mallorca sino en Roma me-
diante copia o traslado que poseía. Cuando en los últimos años de aque-
lla centuria fue el diligente Costurer a consultar en el archivo el guar-
dado códice , se encontró con que había desaparecido. Inculpaciones
del archivero a los lulistas, ninguna noticia entre éstos acerca del para-
dero del manuscrito y una indiferencia tal que más bien argüía extra-
vío que robo , vagos rumores de que se hallaría en Roma en el colegio
franciscano de Irlandeses titulado de San Isidoro, desesperaron al sa-
bio jesuíta, hasta que revolviendo la biblioteca del colegio de la Sa-
piencia en Palma, apareció casualmente a sus o jos el escondido tesoro
que había ya dejado de buscar. De esta suerte se salvó como por mila-
gro la relación más antigua, la única quizás auténtica de los hechos de
Raimundo-


Asombra como en menos de un siglo, y tan señalado por cierto
en honrar al varón insigne, había pasado su vida contemporánea desde
tal aprecio y custodia a tanto olvido y abandono, si no se recuerda el
abatimiento en que yacía a la sazón la sana crítica y la multitud de
libros publicados desde promedios del anterior acerca de Lulio, enca-
reciendo cada autor cuanto podía sus elogios y grandezas. Diminuta
en las noticias, desnuda de portentos, ruda y desaliñada en el lenguaje,
y sobre todo incompleta en el remate pues nada decía del glorioso mar-
tirio que tanto interesaba probar, debía parecer comparativamente se-
mejante crónica, si alguien ya la leía, a los o jos del siglo X V I I , tan
exclusivo en ponderar (y en esto no es el único) sus cultos y pomposos
engendros; y no comprendían los doctos de la época que el investiga-
dor jesuíta hiciera caso de tal antigualla. El mismo Costurer no la
imprimió sino a retazos en las notas de sus Disertaciones, prefiriendo


3




8 6 JOSÉ M . " QUADRADÜ


para el texto la relación de Bouvelles; pero la remitió acompañada de
una concluyente defensa de su genuinidad a los sabios continuadores
de Bolando, lumbreras de su orden, quienes fueron los primeros en pu-
blicarla íntegra en las Actas de los Santos. P o c o s años después, en
1729, se reimprimió al frente de la célebre edición de las obras de
Lull hecha en Maguncia, llenando algunos huecos que anteriormente
se notaban.


Gracias pues a Costurer queda perpetuado por la imprenta el con-
tenido; pero el códice que encontró ha perecido posteriormente o al
menos ha vuelto a desaparecer, sin que sea dable conjeturar donde se
oculta y si una feliz eventualidad lo restituirá a la luz algún día. Pas-
qual en sus Vindicias por el año de 1778 observa la antigüedad de su
carácter de letra, no sabemos si por haber alcanzado a verlo, o por la
muestra que de él remitió Costurer y que se insertó en las Actas
pág. 9. Muestra inestimable, pues solamente ya por ella podemos ase-
gurar que fue escrito a mediados por a lo menos del siglo X I V , fun-
dando en esto su legitimidad, a falta de los comprobantes que en la
naturaleza y color del papel y en otras señales notó su descubridor.
¿Pudo éste confeccionarlo dando por hallazgo su propia f icc ión? No
se imita, no , tan fácilmente el candor, la ingenuidad, la llaneza del
estilo, c omo fuera dable remedar la escritura; y si esto aun hoy sería
un prodigio paleográfico, aquello en tiempos tan poco avezados al
sabor de las crónicas hubiera rayado en lo imposible. Además que el
engaño debiera ser anterior a Costurer, pues Wadingo se le había anti-
c ipado casi un siglo en citar poco menos que literalmente fragmentos
de dicha historia, y sobre la misma a principios ya del X V I había cal-
cado Bovillo su narración. Caso pues de ser forjada, forjóse en época
antigua y no muy distante del fallecimiento de Lulio, lo que aumenta
la dificultad. ¿ Y con qué ob jeto? preguntamos. ¿Cuál podía haber pre-
ferente al de evidenciar su martirio, que hubiera terminado de una vez
la causa, que habría hecho enmudecer a sus encarnizados enemigos,
que le habría elevado canónicamente a los altares? Y bien, la crónica
nada dice de su preciosa muerte, le supone aun viviente; nadie se atre-
vió a completarla, a añadirle dos palabras siquiera que hubieran re-
suelto toda duda y ahorrado tan largos y violentos litigios. ¿Cabe prue-
ba más convincente, bien que negativa, de su pureza y sinceridad?


Otro códice de la contemporánea, en idioma vulgar y no en latín
como el primero, halló Costurer en la misma biblioteca, pero nada de
él publ icó , circumscribiéndose a consultarlo para ilustrar una que otra
variante. Pasqual lo reputa algo más reciente que el otro, c omo copia
de fines del siglo X V ; pero en vez de creerlo traducción del latino, juz-
ga haberle servido de original por la mayor soltura y sencillez de la
frase y por la mayor conformidad que guarda con los términos em-


4




RAIMUNDO LÜLIÓ Y SUS BIÓGRAFOS 8?


píeados por Lulio. Habiendo seguido la desgraciada suerte de su com-
pañero, y lo que es más sin quedar muestra de su tenor, es imposible
comparar y formar dictamen: pero si los amigos de Raimundo, como
expresa el preámbulo de la vida, recogieron en Francia sus confiden-
cias, fueran o no franceses de nación, más verosímil parece que la re-
dactaran desde luego en latín, lengua universal para darla a conocer
en cualesquiera regiones, y que más adelante se vertiese al mallorquín
para uso de sus compatricios.


De que fuesen varios los que de boca del mismo recibieron y su-
ministraron noticias para su historia, no se desprende en rigor que
sea obra de distintos escritores, antes persuade lo contrario la unidad
del estilo. Las vacilaciones, las incertidumbres, y hasta algunos des-
cuidos e inexactitudes que observa Pasqual, manifiestan al parecer que
no todo se supo por relación directa, o que entre oírla y consignarla
medió bastante tiempo para dar lugar al olvido y a la duda. Así no
pretendemos considerarla ni como única ni como infalible norma de
certeza, tal que no pueda corregirse por documentos o por indicacio-
nes de las obras de Lulio, y completarse por tradiciones de proceden-
cia más o menos autorizada. Por lo mismo no nos limitamos a dar su
texto para formar la biografía; pero al aumentarlo con los datos deri-
vados de otras fuentes, procuraremos que campee con bastante des-
ahogo, desembarazado de notas cuanto sea dable, y desnudo de añadi-
duras y comentarios, para que pueda saborearse su primitivo encanto,
su interesante naturalidad. La cronología de los sucesos no permite
insertarlo seguido, sin intercalar a cada paso los apéndices indispen-
sables y sin llenar, conforme ocurran, los vacíos; mas la integridad
de su todo y la puntual conservación de sus partes no desconfiamos
de conciliaria con la unidad del trabajo mediante la oportuna división
de capítulos. De esta suerte, traducida por primera vez al castellano
a fin de popularizarla, sin poner de nuestra parte sino el mayor esme-
ro en mantenerle su carácter, sale a luz por fin, c inco siglos y medio
después de escrita, la historia primitiva y genuína de Raimundo.


A ésta sigue en el orden cronológico un informe dado en 1373
por el arzobispo Pedro Clasquerin, a quien en unión con el célebre
Aymerich había encomendado el papa Gregorio XI el examen de las
obras de Lulio. Puesto en disidencia con el fogoso inquisidor, sumi-
nistra el prelado en apoyo de su juicio favorable al autor alguna no-
ticia biográfica muy interesante, que robustece las aserciones débiles
por sí solas de escritores comparativamente modernos, y lo que es
más, rinde a su martirio el testimonio más antiguo que se conoce , trans-
currido apenas medio siglo desde su consumación. De este documento,
ignorado por Costurer y por los Bolandistas, somos deudores al erudito
Pasqual.


5




JOSÉ M . " QUADRADÒ


A principios del siglo X V I , en 1514, dieron las prensas a luz por
primera vez una vida de Lulio, no en su patria sino en París, com-
puesta no por un paisano sino por un extranjero, Carlos Bouvelles
(Bovil lus) de Amiens, canónigo según algunos de aquella iglesia o de
la de Noyon , quien para complacer a un amigo suyo llamado Raimun-
do Boucher curioso de saber los hechos de algún bienaventurado de su
mismo nombre, escribió los de nuestro Raimundo, tomándolos a lo que
dice de la relación de otro amigo español que se la había contado va-
rias veces. O éste o el mismo Bouvelles debieron sin embargo conocer
la crónica primitiva, pues su historia en las noticias y muy a menudo
en las palabras no pasa de ser una reproducción de aquélla, cambiando
muy p o c o y añadiendo menos a la narración coetánea, si bien la com-
pleta con una breve mención del martirio. Esta misma conformidad
aumenta recíprocamente la autoridad de la una y el aprecio de la de
Bouvelles, que mereció ser traducida del latín por Costurer, e inserta-
da en segundo lugar en las actas de los Bolandos.


Por aquellos mismos años, en 1519, se publicaba en Alcalá de
Henares, al frente del tratado de Lulio De Anima rationali otra b io -
grafía del autor, más compendiosa que las anteriores y mezclada con
observaciones apologéticas acerca de su doctrina. Esta por fin fue de-
bida a un ilustre patricio mallorquín, a Nicolás de Pax, uno de los
primeros catedráticos de la universidad Complutense y singularmente
favorecido por el gran Cisneros. El estilo es más bien polémico que
narrativo; las noticias casi todas las bebió , se conoce , en la vida coe-
tánea; las restantes las adquiriría por tradición, por documentos hoy
perdidos o por otro conducto legítimo que por desgracia omitió ex-
presar. Figura la disertación de Pax en tercer lugar entre las que con-
sideró el continuador de Bolando como fuentes principales de la his-
toria de Raimundo.


A Pax siguió casi exclusivamente el doctor Luis Juan Vileta en
el epítome biográfico que precede al Ars Brevis de Lulio impreso en
Barcelona en 1565. En agradecimiento de lo que había trabajado en
el concil io de Trento para hacer borrar del índice de libros prohibidos
las obras de nuestro célebre autor, continuadas entre ellos en el pon-
tificado de Paulo I V bajo la simple fe del directorio de Aymerich ,
obtuvo por aquel tiempo en dicha ciudad la cátedra Luliana confiada
a la protección de la ilustre familia barcelonesa del propio apellido, a
quien debió tal vez los pocos datos añadidos al trabajo que tuvo pre-
sente.


Una nueva época en cierto modo marca entre los historiadores
del sabio mallorquín la vida publicada en 1606, pero escrita ya en
1580, por el canónigo Juan Seguí, para satisfacer la curiosidad o la
veneración más bien de Felipe II hacia nuestro patricio durante su


6




ttÀlMDNfaÒ LULIÒ Y 8 Ú 8 BIÓGRAFOS 8 9


jornada a Portugal. Encuéntranse en ella innumerables circunstancias
y hasta sucesos importantes omitidos en las anteriores, apariciones so-
brenaturales más frecuentes, viajes más dilatados y repetidos, conver-
siones en Bona y en Túnez, numerosos detalles del martirio en Bugia.
Pudieran creerse tales noticias, menos las postreras, procedentes de la
relación presentada al rey de Francia por el mismo Lulio, que asegura
Seguí haber tenido en las manos y tomado por guía de la suya; pero
los anacronismos y errores geográficos con que andan mezcladas de-
muestran en ellas un origen menos autorizado. Sospechamos más bien
que el devoto penitenciario y rector de la universidad de Mallorca,
siguiera en parte sin apercibirse de ello apenas, su propia imaginación
para llenar ios huecos que lamentaba, y en parte las tradiciones popu-
lares de cada vez más lejanas de su fuente, enriqueciendo así y com-
pletando su asunto a costa de la rígida exactitud, en lo cual tuvo por
imitadores casi a todos los que le sucedieron.


Gaspar Escolano, al ocuparse en su Historia de Valencia publica-
da en 1610 de las controversias a que dio lugar la memoria y doctrina
de Raimundo, con cierta neutralidad y con más extensión de lo que
consentía al parecer el objeto de su obra poco relacionado con este
personaje, siguió con preferencia en la parte biográfica el reciente
opúsculo de Seguí, considerándole como el más diligente sin cuidarse
de si era el más seguro. Lo mismo hizo fray Antonio Daza en su Cró-
nica, de San Francisco impresa al año siguiente en Valladolid, copiando
sin examen al buen canónigo de Mallorca. Algo de éste y algo de Vi -
leta tomó el deán de Tarazona Pedro Sánchez de Lizarazo en la breví-
sima noticia de que va precedida la explicación del Arte Breve, que
dio a luz en dicha ciudad en 1613 y 1619: sobre la de Pax formó la
suya Andrés Libadio , médico ilustre, en el tomo I de sus secretos esco-
gidos de alquimia que en 1619 apareció en Francfort.


Con más detenimiento y utilidad trató la materia el laborioso pa-
dre Lucas Wadingo en sus Anales de la religión franciscana, refiriendo
por épocas minuciosamente la dilatada carrera el doctor mártir,
y juzgando al fin sus obras y su método con imparcial y maduro cri-
terio, sin pasiones de orden ni de escuela. No desechó las relaciones
modernas a pesar de reconocer varios de sus errores; pero consultó la
primitiva, de la cual tenía copia en Roma donde escribía, algunos do-
cumentos de los archivos de Mallorca y de la biblioteca del Vaticano,
el proceso de canonización, las indicaciones esparcidas en los libros
de Llull, y sobre todo un compendio escrito por éste en Montpeller a
instancia de Jaime II de Mallorca acerca de su propia conversión, via-
jes y trabajos, de cuya existencia es difícil dudar mediando la aseve-
ración de un escritor tan respetable, pero cuya pérdida no lo es menos
de explicar y de lamentarse condignamente. Por el mismo tiempo el


7




9U JOSÉ M . " QUADRADÔ


(*) La publicación de este trabajo de don José M . " Quadrado ha sido preparada
por el Sr. Lic. Juan Pons v Marqués.


8


P. Arturo de Munster incribía en su martirologio franciscano (Paris
1638 ) el nombre de nuestro héroe, si bien equivocando la fecha de su
martirio.


No puede menos de fijarse privilegiadamente la atención en el
modo como trataron tan interesante punto a mediados de aquell siglo
los historiadores generales de Mallorca. Conocido es el trabajo de Mut
acerca del venerable mártir, el cual constituye el libro segundo de su
historia; pero lo que se ignora por lo general es que dicho trabajo se
reduce a un extracto o resumen de otro más vasto y diligente que dejó
manuscrito su antecesor Dameto, y en el cual el sentencioso continua-
dor no hizo más mudanza que suprimir detalles muy curiosos a veces,
y añadir enfáticas reflexiones. El tratado de Dameto en la parte b io -
gráfica, pues la doctrinal no ha llegado a nuestras manos, se escribió
en vista de la crónica latina guardada todavía entonces en el archivo
de la universidad, si bien en algunos pasajes intercalada y algo dife-
rente de la que después halló Costurer. Sin rechazar de todo punto las
voluntariedades de Seguí y de otros modernos c omo los llama, tuvo la
sensatez de hacer más caso de las fuentes genuínas y directas, demos-
trando en la serie de su discurso, inédito hasta hoy y desconocido , un
estudio particular de las obras de Raimundo y de los documentos re-
ferentes a su culto y doctrina. En cuanto a Mut no podemos decir si
los capítulos apologéticos de su segundo libro desde el VII I al X V son
producción original de su pluma, o simple arreglo, como los otros,
de la defensa preparada por Dameto, si a éste no le impidió la muerte
llevada a su término el plan concebido ( * ) .


/. M. Q.




B I B L I O G R A F I A


J


OBRAS LULIANAS Y MEDIEVALISTICAS


RAIMUNDI LULLI OPERA PARISIENSIA
A N N O MCCC1X C O M P O S I T A


Tel est le titre du cinquième volume de l'édition critique: Raymun-
di Lulli Opera latina ( 1 ) . Ce volume comporte deux parties de longeur
presque égale: YIntroductio generalis ( 1 -258 ) et l'édition critique de
deux écrits latins du Bienheureux Raymond: Ars mystica theologiae et
philosaphiae et Liber de perversione entis remoVenda ( 2 5 9 - 5 0 6 ) . De
copieux Indices complètent cet imposant volume ( 5 0 7 - 6 1 5 ) .


h'Introductio generalis est un exposé historique très documenté,
dans lequel M. Riedlinger décrit longuement le milieu parisien au début
du X I V siècle et l'activité de Raymond pendant son dernier séjour à
Paris ( 1 3 0 9 - 1 3 1 1 ) ; il procède enfin à l'examen des manuscrits qui ser-
viront de base à l'édition et il expose les règles adoptées pour cette
édition.


Après une description très vivante de la ville de Paris et de son
Université à l 'époque de Philippe le Bel, l'auteur traite successivement
de la Faculté des arts et de la Faculté de théologie. On trouvera dans
ces pages un tableau remarquablement précis et concret, évoquant l 'or-
ganisation et l'activité des deux principales sections de l'Université.


Pour la Faculté des arts, l'auteur met d'abord en relief l'autorité
d'Aristote et les critiques dont il est l 'objet, surtout lorsque son ensei-
gnement n'est pas compatible avec celui de la révélation; il analyse en
termes heureux et nuancés la crise intellectuelle provoquée par les an-
tinomies entre la philosophie aristotélicienne et la foi chrétienne
( 1 7 - 2 1 ) ; personne, à cette époque, ne rejette ouvertement le christia-
nisme, personne non plus ne professe ouvertement la doctrine de la


( 1 ) Raymundi Lulli Opera latina edenda curavit Fridericus S T E G M U L L E R .
154-155 . Opera Parisiensia anno MCCCIX composita edidit Helmut R I E D L I N G E R .
(Maioricensis Schola Lullistica del Consejo Superior de Investigaciones Científicas).
Palmae Maioricarum, 1967. Un vol. in-8 de X V I - 6 1 8 pages.




ESTUDIOS LULIANOS


double vérité, mais il est souvent difficile de savoir dans quelle mesuré
les artiens disent ce qu'ils present; d'aucuns ont sans doute adopté la
position commode de l'historien, qui expose les doctrines d'Aristote
sans réticences, mais sans porter de jugement sur leur valeur.


M. Riedlinger étudie ensuite l'autorité d'Averroès et le problème
de l 'averroïsme latin. Après avoir rappelé l'estime générale des artiens
pour le «Commentateur» par excellence et avoir précisé les positions
principales du philosophe arabe dans le domaine de la théologie natu-
relle, l'auteur note que deux problèmes d'intérêt religieux étaient âpre-
ment discutés au début du X l V e siècle sous l'influence d'Averroès et
reviennent fréquemment dans les opuscules parisiens de Raymond Lull:
celui de la puissance infinie de Dieu et celui de l'unicité de l'intellect
humain. Il expose avec beaucoup de précision la position d'Averroès
en ces deux domaines et il ajoute que, dans ses écrits personnels, le phi-
losophe de Cordue défend des idées beaucoup plus conformes aux doc -
trines de l'Islam que dans ses commentaires: il y admet la survie per-
sonnelle, il y parle avec plus de fermeté de la science divine et de la
création.


Passant alors aux averroïstes, M. Riedlinger constate d'abord que
les historiens actuels en font un portrait plus favorable que leurs pré-
décesseurs. Pour mieux mettre en relief cette évolution, il entreprend
de discerner les nombreuses significations du terme Averroistae. Il en
compte jusqu'à c inq: 1. Ceux qui suivent Averroès en quelque manière
dans l'interprétation d'Aristote, sans craindre de proposer des doctrines
contraires à la foi . Renan semble entendre ainsi le mot. Cette première
définition est trop imprécise dans ses deux éléments et c'est pourquoi
les historiens ont été amenés à la préciser, en insistant tantôt sur la
première partie de la définition, tantôt sur la seconde. De là deux nou-
veaux sens du mot Averroistae. 2. Ceux qui adoptent en de nombreux
cas l'interprétation d'Averroès. C'est le sens donné par Mig . Asín y
Palacios et, d'une certaine manière, par M . M . Gorce. Formule peu
satisfaisante, car, à ce compte, la plupart des commentateurs d'Aristote
à la fin du X H I e siècle devraient être appelés averroïstes, y compris
les plus grands adversaires d 'Averroès, tels que saint Thomas. 3. Ceux
qui, sans admettre nécessairement le doctrines les plus caractéristiques
d 'Averroès, le suivent dans son opposition aux théologiens et affirment
ouvertement le divorce de la foi et de la philosophie. C'est la position
du P. Mandonnet, suivi par Doncoeur, Grabmann et Gilson. Elle n'est
pas sans fondement, mais il faut se garder d'exagérer l ' importance
d'Averroès aux yeux des artiens: c'est la fidélité à Aristote, et non à
Averroès, qui les poussait au rationalisme. 4. Autre définition. Sont
averroïstes ceux qui, dans les controverses autour e la pensée d'Aristote,
préféraient l'interprétation d'Averroès. Telle est la conception de B.




B I B L I O G R A F Í A 9 3


Nardi, qui ne voit dans les «averroïstes» que des exégètes conciencieux
d'Aristote, convaincus de la justesse des interprétations du Commen-
tateur. Cette conception est exacte, sans doute, dans de nombreux cas,
mais elle ne s'applique pas aux artiens pour lesquels la voix d'Aristote
et de son Commentateur s'identifie avec celle de la philosophie ou de
la raison. C'est pourquoi M. Riedlinger propose une cinquième signi-
fication. 5. Sont averroïstes ceux qui suivent habituellement Averroès
de préférence aux autres interprètes d'Aristote et qui expliquent les
doctrines incompatibles avec la foi (qu'ils reprennent à ces deux philo-
sophes) comme si elles ne pouvaient être réfutées par des arguments
rationnels. La thèse la plus typique à laquelle on reconnaît les aver-
roïstes ainsi entendus est la thèse du monopsychisme: à elle seule elle
trahit la présence d'un averroïste, car il s'agit d'une doctrine tout à
fait incompatible avec la foi et sur laquelle Aristote ne s'est pas pro-
noncé clairement. Sont averroïstes en ce sens Jean de Jandun, qui peut
être considéré comme leur chef de file, Antoine de Parme, Jean de
Goettingue, Marsile de Padoue.


Ces différents acceptions du terme Averroistae définies et discu-
tées, l'auteur en vient à une question en somme plus fondamentale: en
quel sens le mot Averroistae a-t-il été entendu à la fin du X H I e siècle
et au début du X l V e ? Il rappelle la position que nous avons défendue
naguère: le mot Averroistae apparaît pour la première fois en 1270,
dans le De unitate intellectus de saint Thomas, et il y désigne un par-
tisan du monopsychisme d'Averroès; c'est Raymond Lull qui a étendu
le sens du mot jusqu'à désigner tout disciple d'Averroès et même tout
partisan des doctrines hétérodoxes de la philosophie arabe. A quoi M.
Riedlinger oppose que le sens obvie du mot Averroista est «disciple
d 'Averroès» , «nisi aliter expresse notetur»; il lui paraît d'ailleurs in-
vraisemblable qu'un maître chrétien ait suivi Averroès jusqu'à repren-
dre la doctrine si pernicieuse du monopsychisme et l'ait abandonné
en d'autres cas. Il semble donc que Lull n'a guère dû élargir le sens
du mot, mais qu'il s'est borné à clarifier et à préciser l ' image qu'il se
faisait des averroïstes. Cette image coïncide en somme avec la défini-
tion proposée par l'auteur.


Chose curieuse, poursuit M. Riedlinger, le terme Averroistae
n'apparaît pas sous la plume de Raymond avant 1310 ou 1311 , dans
sa Diputado Raymundi et Averroistae. La raison en est sans doute,
comme nous l'avons suggéré, l'enseignement provocateur de Jean de
Jandun, qui est entré en scène vers 1310.


L'auteur termine cette section de son exposé en concédant que
l'état actuel des recherches historiques ne permet pas de voir en Siger
de Brabant ou Boèce de Dacie des averroïstes au sens défini. Il recon-
naît aussi que le divorce entre la foi et la raison est né avant tout de




94 ESTUDIOS LULIANOS


l 'engoûment des artiens pour Aristote, bien plus que pour Averroès.
M. Riedlinger complète son enquête sur la Faculté des arts en po-


sant la question de l'autorité dont ont joui les commentateurs latins du
Philosophe. Se bornant à faire mention de Boèce , Robert Grosseteste
et Pierre d'Espagne, il considère le cas de trois grands théologiens:
Albert le Grand, Thomas d'Aquin et Gilles de Rome .


Après cette pénétrante étude sur la Faculté des arts, l'auteur pré-
sente une série de notices très documentées sur les principaux maîtres
de la Faculté au début du X l V e siècle: Antoine de Parme, Barthélémy
de Bruges, Henri l 'Allemand, Henri de Bruxelles, Jean de Goettingue,
Jean de Jandun, Jean Vate, Marsile de Padoue, Siger de Courtrai et
un certain maître Vericus.


La Faculté de théologie est traitée plus sobrement. M. Riedlinger
rappelle les traits les plus typiques de l'enseignement théologique au
début du X l V e siècle et le sens de la supplique adressée par Raymond
Lull à la Faculté de théologie en 1310 pour obtenir d'elle des «démons-
trations» touchant les mystères de la Trinité et de l 'Incarnation. Pour
essayer de déterminer la réaction des théologiens face à la emande de
Raymond, l'auteur entrepend une enquête auprès des principiaux théo-
logiens de l 'époque pour connaître leur opinion au sujet de la possi-
bilité d'une démonstration de la foi chrétienne. Ce tour d'horizon très
complet lui permet de conclure que Raymond n'a guère ébranlé les
esprits des théologiens et qu'il a rencontré auprès d'eux plus de silence
et de défiance que d'approbation.


La scène universitaire de Paris ainsi reconstituée, M. Riedlinger
y fait entrer son principal acteur: Raymond Lull. Après avoir rappelé
les séjours antérieures du Bienheureux à Paris ( 1287-89 et 1297-99,
peut-être 1 3 0 5 - 0 6 ) , il décrit en détail le dernier séjour ( 1 3 0 9 - 1 1 ) .
Raymond s'installa, selon toute vraisemblance, d'ans une maison de la
rue de la Bûcherie, au coeur du quartier occupé par les écoles de la
Faculté des arts. Il laissa plusieurs de ses écrits au Collège de Sorbon-
ne et surtout à la Chartreuse de Vauvert, où, cédant aux instances des
fils de saint Bruno, ses amis, il fit le récit de sa vie ; un moine inconnu
composa, à l'aide de cet récit, la Vita coaetanea, source principale de
la biographie du Bienheureux.


Raymond fit de pressantes démarches auprès du roi Philippe le
Bel pour obtenir son appui dans la réalisation de ses projets apostoli-
ques: la lutte contre l 'averroïsme, la création de collèges pour l'étude
des langues des infidèles et la fusion des ordres militaires. Le roi traita
le vieillard avec bienveillance, mais ne fit rien dans l 'ordre pratique.


Lull eut aussi des contacts avec les artiens. M . Riedlinger pense
qu'il était magister in artibus ( p . 1 3 5 ) . Il avait déjà exposé ses idées
lors de ses séjours antérieurs, mais apparemment sans beaucoup de




B I B L I O G R A F Í A 95


succès. Selon le témoignage de la Vita coaetanea, pendant son dernier
séjour à Paris il put faire connaître sa doctrine, en particulier la nou-
velle méthode de VArs brevis, à un groupe assez considérable d'audi-
teurs. Il obtint même, en date du 10 février 1310, une attestation offi-
cielle selon laquelle une quarantaine de maîtres, de bacheliers et d'étu-
diants, ayant entendu ses leçons, ont déclaré que son Ars était «bona ,
utilis et necessària» pour autant qu'ils aient pu en juger; et que, loin
d'être opposée à la foi catholique, elle était de nature ai la confirmer
et à la défendre. M . Riedlinger observe très justement que ce groupe
représente une petite minorité, puis qu'on n'y trouve que trois maîtres
de la Faculté des arts, un maître de la Faculté de médecine et un cin-
quième maître dont la Faculté n'est pas précisée. La chose n'a rien
de surprenant: Lull était un vieillard sympatique et respectable, mais
un autodidacte et un original; son enseignement n'était adapté ni aux
cadres, ni au programme de la Faculté des arts; de plus, il s'attaquait
avec véhémence aux tendances rationalistes qui dominaient au sein de
la Faculté; il ne pouvait s'attendre à un accueil favorable de la part
de ce milieu.


C'est ici que se situe la lutte anti-averroïste du Bienheureux. Vi -
vant à Paris en contact quotidien avec des maîtres et des étudiants de
la Faculté des arts, il s'aperçut rapidement qu'un groupe d'artiens, non
contents d'afficher un attachement sans réserve a la philosophie aris-
totélicienne, l'interprétaient régulièrement à l'aide des commentaires
d 'Averroès; de plus (et ceci froissait profondément les sentiments et
les convictions de Lull ) , ils soulignaient avec complaisance les diver-
gences qu'ils croyaient découvrir entre la philosophie ainsi entendue
et la doctrine chrétienne, prétendant que la raison naturelle ne pouvait
ébranler les conclusions de la philosophie. Ce sont ces artiens que Lull
qualifie, à juste titre, d'averroïstes. On connaît le nom de quatre maî-
tres averroïstes qui enseignaient à Paris entre 1305 et 1315 : Jean de
Goettingue, Jean de Jandun, Antoine de Parme et Marsile de Padoue.


Contre ces averroïstes, Raymond mena une véritable campagne
durant son dernier séjour à Paris: non seulement il essaya d'obtenir
de Philippe le Bel l'interdiction d'enseigner les erreurs averroïstes,
mais il écrivit contre eux une série d'opuscules: on trouve une première
escarmouche à la fin de VArs mystica theologiae et philosophiae (nov .
1 3 0 9 ) , puis la bataille continue dans une douzaine d'écrits appartenant
à la courte période du séjour parisien. Toutefois le terme «averroistae»
né se rencontre que dans six de ces opuscules, tous postérieurs à octo-
bre 1310. M. Riedlinger fait d'ailleurs observer que la majeure partie
des doctrines attaquées par notre apologiste étaient, en fait, d'origine
aristotélicienne.




96 E S T U D I O S L U L I A N O S


L'efficacité de l'effort fourni par l'infatigable vieillard fut à peu
près nulle et il se plaint lui-même douloureusement de sa solitude et de
son impuissance. Son action n'empêcha pas Jean de Jandun et Marsile
de Padoue de devenir bientôt les vedettes de la Faculté des arts. Sa
présence à Paris n'a guère laissé de traces dans la littérature univer-
sitaire du début du X l V e siècle.


Dans la section suivante, M . Riedlinger décrit, avec toutes les
nuances souhaitables, les relations qui ont existé entre Lull et la Fa-
culté de théologie durant son dernier séjour à Paris.


Enfin, dans la dernière section de ce crapitre, l'auteur traite avec
grande érudition des écrits composés par Raymond pendant cette pé-
riode: liste de ces écrits, précisions chronologiques, ouvrages perdus,
écrits assignés à tort au dernier séjour parisien. Tous ces écrits ont
été composés en latin.


L'érudition du savant éditeur éclate tout au long du chapitre V,
consacré à la tradition manuscrite des derniers écrits parisiens. L'exa-
men porte sur 106 manuscrits, mais plusieurs d'entre eux ont été dé-
crits dans les volumen précédents des Opera latina et sont donc men-
tionnés ici très sommairement. Il n'en faut pas moins près de cent
pages 161-257) pour la description des manuscrits.


Les principes généraux de l'édition sont brièvement rappelés au
chapitre ( V I 2 5 8 ) .


***
La deuxième partie du volume donne, nous l'avons dit, l 'édition


criique de deux ouvrages de Raymond Lull.
Le premier est Y Ars myslica theologiae et philosophiae C'est un


ouvrage étendu, qui occupe plus de 180 pages dans l'édition critique.
C'est aussi un ouvrage typiquement lullien.


Dès le prologue apparaît le mobile qui inspire toute l'action de
l'auteur: la conversion des infidèles à la vraie foi . A cette fin, il s'agira
de mettre en pleine lumière les vérités fondamentales de la foi catho-
lique, c'est-à-dire la Sainte-Trinité et l 'Incarnation. Lull croit y parve-
nir en appliquant à ces mystères les principes de YArs generalis, selon
la méthode qu'il a exposée précédement dans son opuscule De demons-
tratione facta per aequiparantiam ( 1 3 0 5 ) . Il rappelle également un
autre de ses écrits, le Liber de convenientia fidel et intellectus in ob-
iecto, pour écarter l 'objection tirée du texte de saint Grégoire: «Fides
non habet meritum, cui praebet humana ratio experimentum». Il assure
enfin que la méthode proposée est à la fois brève et eff icace; il se fait
fort de prouver que l'on ferait plus de progrès dans l 'exposé scienti-
fique de la théologie en deux mois par l'application de son art qu'en
deux ans par d'autres méthodes.




BIBLIOGRAFÍA 97


L'ouvrage est divisé en quatre Distinctiones: la première traite
de l'existence de Dieu et de sa «déf init ion» ; la deuxième, de la Tri-
nité; la troisième, de l 'Incarnation; la quatrième est réservée à mul-
tiples «quaestiones», dont nous préciserons l 'objet plus loin.


Les preuves de l'existence de Dieu esquissées dans la première
Distinctio rappellent, par leur inspiration platonicienne, la quarta via
de saint Thomas: les degrés de perfection impliquent le maximum, le
superlatif, qui est Dieu. Parmi les attributs essentiels et nécessaires de
l'Etre suprême, Lull en enumere quinze et chacun de ces attributs pos-
sède une opération propre, également nécessaire en raison du mode
souverainement parfait qui caractérise l'attribut. Ainsi, «unitas unis-
sima habet actum proprium, videlicet unissimare et operatio operalis-
sima, operalissimare; et bonitas óptima, opt imare ; . . . et distinctio dis-
tinctionissima, distinctionissimare». Nous avons voulu donner un
échantillon du vocabulaire de l'auteur: c'est par centaines que ces
neologismes —superlatifs et verbes qui en dér ivent— sont accu-
mulés dans ce curieux traité. Dieu se définit par ces attributs poussés
au superlatif.


Dans la deuxième Distinctio, Lull entreprend de démontrer la
Trinité des personnes divines à partir de chacun des quinze attributs
divins et de leur opération propre: ce qui donne quinze chapitres. A
l'intérieur de chaque crapitre, la Trinité est déduite par combinaison
de l'attribut considéré avec les quatorze autres, ce qui donne quatorze
arguments dans chaque chapitre. Voici un exemple de ce genre de rai-
sonnement: la combinaison de la parfaite unité (premier atrribut) avec
la parfaite puissance (sixième attribut) donne «nécessairement» trois
suppôts distincts, parfaitement uns et parfaitement égaux: le principe
de la puissance (le P è r e ) , le terme de la puissance (le Fils) et l'acte
qui procède des deux premiers ( l 'Espr i t ) ; dans la terminologie de
Lull, potentissimans et unissimans (le P è r e ) , potentissimatum et unis-
simatum (le F i l s ) , potentissimare et unissimare ( l 'Espr i t ) . Tel est le
genre de «déduction» qui se répète à satiété, puisqu'il y a en tout 15
x 14, soit 210 arguments en faveur de la Trinité. Ce qui permet à l'au-
teur de conclure: «Venati sumus beatissimam trinitatem cum perfec-
tione perfectissima» ( p . 3 3 7 ) .


La troisième Distinctio doit établir l'Incarnation du Verbe. Mais
l'entreprise étant plus difficile que la précédente, aux yeux de l'auteur,
il annonce qu'il va multiplier les voies qui mènent à la découverte du
mystère. C'est pourquoi cette distinction comporte cinq parties, dont
seule la quatrième reprend la méthode mise en oeuvre à propos de la
Trinité. Voic i une brève analyse de cette distinction.


Première partie: «de lamine». Partant de l'union intime qui s'éta-
blit entre la mèche d'une lampe et la flamme que lui communique une




98 E S T U D I O S L U L I A N O S


chandelle allumée, sans que la mèche et la flamme perdent leur nature
propre, Lull montre que, par l 'Incarnation, s'établit entre la nature
divine et la nature humaine une union beacoup plus parfaite encore.


Deuxième partie: «de antecedente et conséquente». Posant com-
me antécédent l 'Incarnation, l'auteur en déduit comme conséquent la
parfaite manifestation des quinze attributs divins précédemment enu-
merés. Sans l 'Incarnation, au contraire, ces attributs sont compromis.
Relevons ici une curieuse divergence entre la série des quinze attributs
énumérés au début de la première Distinctio ( p . 2 9 1 ) et celle-ci:
Yaeternitas est remplacée par la pulchritudo, sans qu'aucune explica-
tion ne soit donnée à cette substitution.


Troisième partie: «de enthymemate». Il y a trois espèces d'en-
thymèmes: le positif (Sócrates currit, ergo homo curr i t ) , le comparatif
(creator est, ergo creatura es t ) , le superlatif (creator creatissimus est,
ergo creatura creatissima es t ) . Dans les deux derniers cas, les sujets
sont convertibles. Fort de ces principes, Lull construit quinze enthymè-
mes à l 'aide des quinze attributs divins que nous connaissons déjà,
s 'efforçant d'établir que les perfections du Créateur requièrent l 'exis-
tence de la créature en laquelle ces perfections se reflètent au maximum,
c'est-à-dire l'humanité du Verbe incarné.


Quatrième partie: «de syllogismis». Cette partie est tout à fait pa-
rallèle à la deuxième Distinctio: ici comme là, nous trouvons alignés
en quinze chapitres, par combinaison de chacun des quinze attributs
avec les quatorze autres, une série de 210 arguments tendant à démon-
trer la nécessité de l 'Incarnation.


Cinquième partie: «de exemplis per contrarium.». Il s'agit de quin-
ze arguments visant à établir que, sans l 'Incarnation, le Créateur ne
posséderait pas parfaitement les quinze attributs divins.


Enfin, dans la quatrième Distinctio, l'auteur étend son exposé
bien au delà des deux thèmes essentiels annoncés dans le prologue: la
Trinité et l 'Incarnation. Sans expliquer ni justifier son propos , il éla-
bore un véritable répertoire de questions portant sur neuf thèmes re-
pris, dit-il, à VArs generalh: Dieu, l 'ange, le ciel, l 'homme, la puissan-
ce imaginative, la puissance sensitive, la puissance végétative, la puis-
sance «élémentative» et la puissance «instrumentative». A propos de
chacun de ces thèmes, il pose dix séries de questions, empruntées, elles
aussi, à YArs generalis: «utrum sit, quid sit, de quo est, quare est,
quantum est, quale est, quando est, ubi est, quomodo est et cum
quo est». A l'intérieur de chaque série, le nombre de questions est
très variable: ainsi, on en trouve 40 sous le titre Utrum sit à propos du
premier thème ( D i e u ) , tandis qu'il n'y en a que quatre sous le titre
Quale.




BIBLIOGRAFÍA q q


Le premier thème, De quaestionibus Dei , reçoit un développement
assez complexe: on y trouve d'abord 91 questions relatives à la prima
circidatio, c'est-à-dire aux démonstrations de la Trinité basées sur la
combinaison des quinze perfections divines suivant la méthode qui a
été exploitée dans la Distinctio secunda; viennent ensuite 35 questions
relatives à la secunda circulado, c'est-à-dire aux démonstrations de
l'Incarnation telles qu'elles ont été proposées dans la Distinctio tertio-;
à ces deux séries de questions l'auteur ajoute une série de 20 défini-
tions portant sur les 20 «principes» empruntés, une fois encore, à
VArs generalis; ces principes constituent la tertia circulado et on re-
marquera que les quinze premiers coïncident à peu près avec les quin-
ze attributs divins, auxquels s'ajoutent medium, finis, maioritas, aequa-
litas et minoritas.


Les huit autres thèmes sont traités de la même manière, mais avec
moins de développement. Ainsi. 30 nuestions sont posées à propos des
anges. 46 à propos du eel (c'est-à-dire du monde des sphères et des
astres) . 96 à propos de l 'homme. 37 à propos de la puissance qui émane
des ouatre éléments). Le neuvième et dernier thème appelle un mot
d'explication: sous le titre «De instrumentalitate» et sans la moindre
explication de ce curieux vocable, Lull groupe les trois domaines de
la morale, des arts libéraux et des arts méeanînues. Le premier de ces
domaines est traité à l'aide du clavier des dix nuestions, mais, par
souci de brièveté, l'auteur se borne ici à un choix de questions touchant
les principales vertus et les principaux vices. Les deux autres domaines
sont traités d'une manière très brève, l'auteur se contentant de définir
Vars generalis et les sept arts libéraux classiques, auxquels il ajoute le
droit et la médecine: les définitions sont accompasrnés de ouelques ex-
plications sur le «sujet» de ces différente? sciences: nuant aux artes
mechanicae, après una brève définition de la mïl.itia (l 'art mil itaire) ,
Lull ajoute simplement: «sieut autem de militia dictum est. sic de fa-
hrili, mercatura et de qualibet arte mechanica dici posset» ( 2 ) . Ainsi
le traité, si prolixe dans ses premières sections, tourne court: on a l ' im-
pression que l'auteur, pressé par le temps, a dû abréger son exposé.


La Distinctio quarta n'est pas seulement un répertoire de ques-
tions ( 5 6 8 en tout) et de définitions: chaque ouestion est suivie d'une
réponse, souvent très brève (une simple référence aux exposés des
Distinctions antérieures), parfois accompagnée de quelques lignes de


( 2 ) Les trois lignes relatives au culte divin ( p . 465 , v. finem) paraissent tout
à fait étrangères au contexte. M. Riedlinger présente le texte comme si le culte divin
était un art mécanique au même titre que l'art militaire, alors que Lull le définit «cog-
noscere, diligere, laudare et bencdicere Deum». Nous sommes porté à voir dans
cette phrase une interpolation due à un accident de transcription.




100 ESTUDIOS LULIANOS


démonstration ou d'explication, trois fois seulement prolongée par
d'assez longs développement: l'existence des anges (qu . 1 2 7 ) , la non-
éternité du ciel ( qu . 1 5 7 ) , la pluralité des intellects humains (qu . 2 0 5 ) .


Le volume que nous analysons donne également l'édition critique
du Liber de perversione entis removenda. Cet opuscule, composé à Pa-
ris aussitôt après le précédent, en décembre 1309, est beaucoup plus
court: il occupe 33 pages dans l'édition de M. Riedlinger ( 4 7 4 - 5 0 6 ) .
Il dénonce la manière perverse de penser dont l'auteur a été témoin à
la Faculté des arts de Paris, dans le chef de maîtres qui étalaient le
divorce de la philosophie et de la foi . Pour combrattre cette attitude,
Lull se propose de montrer la coïncidence parfaite de l'être et du vrai,
purifiant ainsi l'être ou le rél de toute «perversité». Cette thèse géné-
rale est appliquée à deux séries de dix questions, l 'une philosophique
et l'autre théologique. L'auteur annonce cinq arguments en faveur de
chacune des thèses qu'il défendra, en s'inspirant de la méthode de
YArs generalis et en montrant que la thèse contraire entraînerait une
«perversion» du réel.


L 'énoncé même des questions est révélateur des préoccupations de
Lull. Relevons-en quesques-uns. Dans la série philosophique. ( 2 ) Utrum
mundus sit aeternus? ( 3 ) Utrum angeli sint aeterni? ( 4 ) Utrum sit
unus intellectus in omnibus hominibus? ( 5 ) Utrum Deus possit per-
petuare ens novum? (Il s'agit sans doute de l'immortalité de l 'âme hu-
maine) ( 7 ) Utrum sit dare sensum agentem? Dans la série théologi-
que: ( 1 ) Utrum Deus sit? ( 2 ) Utrum Deus sit unus et non
plures? ( 3 ) Utrum Deus sit trinus? ( 7 ) Utrum vera philosophia et
vera theologia conveniant? ( 8 ) ) Utrum Deus sit inearnatus? ( 9 ) Utrum
intelligere Deum in via sit meritorium? ( 1 0 ) Utrum beatitudo consistât
aequaliter per intelligere et amare?


Le volume est pourvu d'une série impressionnante de onze indi-
ces: outre les index habituels ( index biblique, table des manuscrits et
tablé des noms de personnes) , on v trouve une table chronologique (de
1250 à 1349) et c inq indices portant sur les matières traitées: les thè-
mes, les questions, les axiomes, les sentences, les termes et locutions;
enfin une table des incipit et une table des titres de tous les écrits cités
du Bienheureux.


***
Après cette longue analyse, destinée à faire connaître le contenu


exact de ce riche volume, le lecteur attend de nous un mot d'appré-
ciation. Ces remarques critiques porteront 'abord sur l 'oeuvre réalisée
par M . Riedlinger, ensuite sur les deux écrits de Raymond Lull publiés
ici pour la première fois.


Au prix d'un travail énorme et grâce à ses qualités de chercheur
et d'historien, M . Riedlinger a accompli d'une manière excellente la




BIBLIOGRAFÍA loi


mission qui lui a été confiée. Qu'il s'agisse des reconstitutions histori-
ques, de l 'exposé des doctrine, de l'inventaire de manuscrits, de l 'édi-
tion critique des textes inédits ou de la confection des indices, partout
il manifeste la même maîtrise. L'Introduclio generalis, en particulier,
rendra de grands services aux historiens des débuts du X l V e siècle, en
leur fournissant un riche matériel et des suggestions nombreuses pour
leurs recherches.


Qu'il nous soit permis de reprendre un moment la discussion sur
le sens du terme Averroistae, Il nous semble qu'il faut distinguer avec
soin deux questions: d'une part, quel sens les scolastiques ont-ils donné
à ce terme; d'autre part, quelle a été l'influence réelle d'Averroès à
cette époque et, dès lors, y eut-il de véritables «averroïstes» au moyen
âge?


M. Riedlinger ne conteste pas que le terme Averroistae se rencon-
tre pour la première fois dans le De unitate intellectus de saint Tho -
mas, comme nous l'avons écrit dès 1942. Il observe que le sens normal
de ce terme est «sectateur d'Averroès» et il a parfaitement raison: c'est
d'ailleurs manifestement le sens que lui donne le De unitate intellectus,
où il est question deux fois d'Averroès «et sectatores eius». Mais une
nouvelle question se pose aussitôt: sectateurs d'Averroès en quoi? La
réponse ne peut être fournie par le contexte, qui est d'une parfaite
clarté; d'un bout à l'autre du De unitate, il s'agit toujours du monopsy-
chisme; c'est à propos de cette erreur, et d'elle seule, que saint Thomas
dénonce en ses adversaires des averroistae, des sectatores Commenta-
toris. Nous répondons donc à M. Riedlinger: en 1270, Averroista signi-
fie «partisan du monopsychisme d 'Averroès» , «nisi aliter expresse no-
tetur». Or, loin d'infirmer cette conclussion, tout le contexte histori-
que lui apporte une ample confirmation: jamais Siger et ses amis ne
font figure de sectateurs d'Averroès pour l'ensemble de sa philosophie:
ils apparaissent comme de fervents admirateurs d'Aristote et des dé-
fenseurs décidés de l 'autonomie de la philosophie; et lorsqu'il s'agit
d'intrpréter ou de compléter Aristote, ils font à Proclus, à Avicenne,
à Albert le Grand, à Thomas d'Aquin aussi bien qu'à Averroès.


Les choses sont bien différentes au X l V e siècle. Dès le début de
sa carrière, Jean de Jandun affiche une admiration sans réserve pour
Averroès, qui est pour lui «perfectissimus et gloriosissimus philoso-
phicae veritatis amicus et defensor». C'est averroïsme insolent, de ra-
tionalisme menaçant que Raymond Lull a rencontré à Paris et qu' i l
a combattu avec acharnement.


Quant à l'influence réelle d'Averroèes au moyen âge, c'est une
problème immense, qui est loin d'être résolu. Problème complexe,
ainsi que le révèle l'enquête de M. Riedlinger sur les différents sens
que les historiens modernes ont donné au mot «averroïstes». Pour no-




102 ESTUDIÓS LULIANOS


tre part, nous insisterions sur une distinction qui paraît capitale: l'in-
fluence d'Averroès comme exégète d'Aristote et son influence comme
philosophe. Nous connaissons tous aujourd'hui de savants exégètes
d'Aristote, qui ne professent pas, pour autant, la philosophie du Sta-
girite; ce sont des historiens de la philosophie. Parmi eux, plusieurs
estiment que les commentaires d'Averroès sont, en général, fidèles a
la pensée d'Aristotes; mais personne ne songe à voir, dans ces histo-
riens, des «averroïstes». Il faut se demander s'il n'a pas existé, au
moyen âge, des exégètes de ce genre. Mais on peut aussi étudier Aris-
tote parce qu'on estime sa pilosophie plus que tout autre: et on peut
s'inspirer d'Averroès parce qu'on juge qu'il a bien compris et bien mis
en valeur cette excellente philosophie. Celui qui pense ainsi est un
véritable «averroïste». De nouveau, il y a lieu de rechercher quels
sont les scolastiques qui méritent vraiment cette épithète. Jean de Jan-
dun est certainement du nombre. Que ces «averroïstes» aient été, en
conséquence de leur averroïsme, des rationalistes, des incrédules ou
des hérétiques, c'est là un aspect important de leur altitude personnelle,
mais ce n'est pas ce qui justifie la qualifications d '«averroïstes». ( 3 ) .


Il nous reste à dire un mot sur les deux écrits de Raymond Lull
publiés ici pour la première fois. Nous l'avons dit déjà, ces écrits sont
typiquement lulliens: ils reflètent très vivement la personnalité de l'au-
teur: son zèle apostolique, sa virtuosité intellectuelle, son imagination
ingénieuse, mais aussi son savoir d'autodidacte, une certaine naïveté
ingénue dans la manière d'aborder les problèmes et surtout dans la ma-
nière de construire ses «démonstrations». Sa connaissance des débats
philosophiques de la fin du X H I e siècle el des écrits qui en sont les
principaux témoins (les oeuvres d 'Arrevoès, celles de Thomas d'aquin
de Siger de Brabant, de Bonaventure, de Gilles de Rome etc. ) paraît
fort limitée. Il vit dans un monde d'idées très personnel et, sur la base
d'une information réduite, il échafaude des réfutations dans les cadres
de sa propre dialectique, sans établir un véritable dialogue avec ses ad-
versaires.


Quant à la valeur de sa méthode, il faudrait, pour en discuter,
reprendre l 'examen de tout son système. Ce n'est pas le lieu de le faire
et nous n'enavons d'ailleurs pas la compétence. Bornons-nous à noter
que sa tentative en vue de démontrer a priori la Trinité et l 'Incarnation,
en partant de la considération et de la combinaison des attributs divins,


( 3 ) Nous avons relevé dans le volume de M . Riedlinger de rares imperfections
de détail: l'auteur écrit régulièrement Stagyrita (pour Stagirita); p. 21 on lit Ioannes
de Duaco (pour Iacobus); p. 135, homo laico (pour ho mini); p. 138, Petrus de Parisius
(pour Parisiis).




BIBLIOGRAFÍA i 03


est évidemment inefficace et, du reste, inconciliable avec l 'orthodoxie
chrétienne. ( * )


On pourrait relever dans les deux nouveaux écrits publiés de nom-
breuses doctrines particulières, des passages déconcertants, des argu-
ments curieux, mais cela nous entraînerait trop loin. Mieux vaut laisser
ces textes aux investigations des spécialistes: ils sauront en tirer toutes
les ressources qu'ils renferment pour l'histoire doctrinale.


Fernand VAN STEENBERGHEN
Louvain (Belgique)


(*) Nota de la Redacción. - Sobre el tema de la ortodoxia de las razones necesa-
rias, utilizadas por Ramón Llull para la demostración de los Misterios de la Trinidad
y de la Encarnación, pueden consultarse los siguientes estudios pertenecientes al lulis-
m o crítico contemporáneo: P . FRAY BARTOLOMÉ X I B E R T A , O . C , La doctrina del Doctor
Iluminado Beato Ramón Llull sobre la demostración de los dogmas, juzgada a la luz


de la Historia y de la Sagrada Teología, Studia Monographica, I , Palmae Balearium,
1 9 4 7 , 5 - 3 2 . — F R A Y BENITO M E N D I A , O . F . M, En torno a las trazones necesarias* de la


apologética luliana, Madrid, 1 9 5 0 , 1 1 8 páginas. — S. GARCÍAS P A L O U , San Anselmo de
Cantorberyy el Beato Ramón Llull, Estudios Lulianos, I , 1 9 5 7 , 6 3 - 9 0 . — Exento. L E O -
POLDO EIJO G A R A Y (-f), Las ^razones necesarias' del Beato Ramón Llull, en el marco de
su época, Estudios Lulianos, I X , 1 9 6 5 , 2 3 - 3 8 . - La supuesta heterodoxia del Bto. Llull,
Estudios Lulianos, X I I , 1 9 6 8 , 5 - 2 0 .




104 ESTUDIOS LÜLIANÒS


A R M A N D L L I N A R É S , Ramon Llull, Barcelona, 1 9 6 8 , 3 2 9 pagines .


Esta obra es la traducción a la lengua catalana de la principal
tesis doctoral del Prof. Armand Llinarés, de la universidad de Greno-
ble, presentada, para la obtención del supremo grado académico , en
la Facultad de Letras y Ciencias humanas de la Universidad de París,
bajo el título de Raymond Lulle, philosophe de l'action.


El Prof. Llinarés se asocia, con ella a ese movimiento lulístico de
índole internacional que tuvo una manifestación recia y esplendente
en el I Congreso Internacional de Lulismo, celebrado en Formentor
(Mal lorca) en 1 9 6 0 , con la participación de lulistas y medievalistas de
doce naciones de Europa y América.


Dentro de ese florecimiento de los estudios lulísticos, Francia
— t a n ligada a la historia del lulismo c ient í f i co— ofrece el fruto ma-
duro de ese estudio, que encuadra a Ramón Llull dentro de su propio
marco histórico y sigue, uno por uno, sus pasos más trascendentales.
De esta manera el francés de hoy conocerá al auténtico Ramón Llull
y podrá comparar ese lienzo, ofrecido por el Dr. Llinarés, con otros
de épocas pretéritas que contienen un falso retrato del Maestro mallor-
quín.


Carreras Artau, en el prólogo de la traducción catalana que pre-
sentamos, recordaba que así como «fantasiós» —«phantasticus»— li
digué, ja en vida, un clergue parisenc bon vivant», el Dr. Llinarés «s'ha
emprés seriosament la tasca de restablir l'autèntica grandesa de L· figu-
ra de Ramon Llull».


El titulo de la obra francesa «Raymond Lulle, philosophe de l'ac-
tion» es todo un reflejo de la realidad histórica de Ramón Llull, en
quien se da un perfecto acoplamiento de pensamiento y de acción. O
sea, que de él puede decirse que hace lo que cree.


Por ese motivo, la parte histórica de la obra, dentro de su conjun-
to, tiene tanta razón de ser como la exposición de su pensamiento, por-
que esos dos aspectos de la misma se dan mutuo testimonio.


Por este motivo , el lector, a través de sus páginas, conocerá al
verdadero Ramón Llull: al hombre que piensa y que obra; y la manera
cómo piensa y cómo obra. Y sabrá conocer en adelante cuál es el lulis-
mo de Ramón Llull y cuál el lulismo inventado a espaldas suyas.


No hay por qué puntualizar que nos hallamos a la presencia de
una obra de primera mano ; es decir, de un estudio hecho directamente
sobre las obras de Ramón Llull — s o b r e sus propias p á g i n a s — y no
utilizando síntesis de anteriores trabajos de investigación, por muy
autorizados que ellos sean.




H I H l . l O G K A F I A IOS
Evidentemente que los utiliza como punto de partida de sus diser-


taciones o para reforzamiento de sus opiniones. Hubiera sido absurda
la repetición de valiosos trabajos definitivos. Pero se apoya a cada
paso en los textos que expresan el pensamiento de Ramón Lull y que
transcribe, con toda fidelidad.


Al investigador se le ofrece una valiosa bibliografía que le pres-
tará gran utilidad.


S. G. P.


R A Y M O N D L U L L E , Doctrine d'enfant (Version Médiévale du ms.
}r. 22933 de h B. N. de Paris). Texte établi et présenté par Armand
Llinares. Paris, 1969, 251 págs.


El Prof. Armand Llinarés, profesor de la universidad de Grenoble
añade una nueva publicación luliana a su tesis doctoral titulada «Ray-
mond Lulle, philosophe de l'action» obra traducida al catalán y presen-
tada bajo el título de «Ramon Llull» y a su «Raymond Lullet Le livre
du gentil et de trois sages» (versión médiévale complétée par une tra-
duction en français moderne ) .


Se trata también de la presentación de una versión medieval de
la Doctrina pueril, contenida en el ms. fr. 22293 de la Biblioteca Na-
cional de París.


El motivo que ha inducido al lulista de Grenoble a publicar la
Doctrine d'enfant del Bto. Ramón Llull es el de la falta de conocimien-
tos sobre la educación y enseñanza medievales. Porque los documentos
que se conocen se refieren casi siempre a la enseñanza universitaria y
a la educación de los príncipes e hijos de nobles.


Falta información relativa a las escuelas elementales de los tiem-
pos de Llull. Y he aquí la importancia de la Doctrine d'enfant, una
obra que, a pesar del título, contiene novedades pedagógicas.


Se trata del texto de una versión francesa hecha al final del siglo
X I I I , cuando aun vivía el Bto. Llull. De ahí su importancia histórica.


El Dr. Llinarés, en la Introduction, describe la contextura de la
famosa obra luliana y expresa que aborda todos los problemas de la
educación, considerados cronológica y analíticamente. Puntualiza las
ideas más salientes de la pedagogía luliana.


El texto se publica tal como se lee en el referido ms. parisiense.
Porque se ha considerado intangible un documento tan importante para
la historia del pensamiento.


G. P.




1Ô6 ESTUDIÓS LÜLIAÑÓá


F E R N A N D V A N S T E E N B E R G H E N , Le retour a Saint Thomas a-t-il
encore un sens aujourd'hui. Institut d'Etudes Médiévales, 215 , Chemin
de la Côte Saint-Catherine, Montréal, 1697, 60 pages.


Esta obrita que presentamos contiene el texto de la conferencia,
pronunciada, en el Instituto de Estudios Medievales «Alberto el Gran-
d e » , de la universidad de Montréal, el año 1967, con motivo de la fes-
tividad del gran Doctor de la Iglesia, por el Prof. Dr. Van Steenberg-
hen, de la universidad católica de Louvain.


Es un estudio magistral de un medievalista eminente, que se aña-
de a la ya larga serie de trabajos, iniciada por el del Prof. Etienne
Gilson, correspondiente a la fiesta del referido Maestro, de 1947.


El Dr. Van Steenberghen comienza por describir las actuales cir-
cunstancias del pensamiento católico, así filosófico como teológico ,
dentro de ese cambio de posturas respecto de valores antes intangibles,
c omo se ha obrado en estos últimos años. Ha caído una lluvia de ideas
nuevas que ponen en cuestión muchos valores tradicionales. Por lo
cual , cabe preguntar qué resta de la actualidad del t o m i s m o .


El estudio abarca dos partes, la primera de las cuales versa sobre
las objeciones que se oponen al retorno a Santo Tomás, y la segunda
a las soluciones que el autor dicta con relación a aquéllas.


En el seno de la agitación que reina hoy día en el mundo y en
la Iglesia, no hay que dejarse impresionar por ideas extravagantes, sino
que hay que confiar en que todo pasará, como acaeció en Lovaina, en
los tiempos de León X I I I , cuando Mercier estuvo a punto de ser nom-
brado Párroco.


Hay que profesar a Santo Tomás la fidelidad debida —ferv iente ,
discreta y respetuosa, sin ser serv i l— que la Iglesia jamás le ha reti-
rado.


S. G .




B I B L I O G R A F Í A 10?


11


BIBLIOGRAFIA CIENTÍFICA SELECTA
(Presentuda por el C o n s e j o de Redacción)


K. R A H N E R - H. V E R G R I M L B R , Diccionario Teológico. Vers ión cas-
tellana de Ramón Areitio, S. J. 14,4 x 22,2 cm. 420 páginas. Rustica
290 pts. Tela, 340. Biblioteca Herder, vol. 104. Sección de Teología y
Filosofía. Editorial Herder, Barcelona.


Una obra del P. Karl Rahner, S. J., que quiere y debe ser teoló-
gicamente precisa y ofrecer la síntesis científicamente exacta de un
asunto, interesa y, si se trata de un Diccionario Teológico, publicado
hoy, no puede faltar en la mesa de trabajo del escritor, del profesor,
del investigador. . .


Hay que precisar que lo mismo el P. Rahner que su discípulo
H. Vergrimler se han propuesto explicar, en el Diccionario que presen-
tamos, conceptos básicos de la teología, en sus aspectos dogmático ,
histórico, pastoral. . .


A decir verdad, la obra es un compendio teológico — u n amplio
resumen de las verdades de la fe cató l i ca—, pero presentado a manera
de Diccionario, lo cual ofrece la gran ventaja de facilitar, a quien tenga
que utilizarlo, la búsqueda del tema exacto que le interesa.


A primera vista, puede sorprender que el Diccionario de Rahner-
Vergrimler no constituya una síntesis del pensamiento teológico del
Vaticano II o que, por lo menos, no se refiera a sus Constituciones y
Decretos. Sin embargo, hay que señalar que, como se puntualiza en el
pró logo , aquél pretende ofrecer los conceptos teológicos básicos, vistos
desde nuestra época. Con lo cual, se refuerza la objetividad de una obra
a la que ha seguido un Concil io , cuyas doctrinas no obligan a rectificar
nada, porque aquéllos coinciden con ellas.


El Diccionario Teológico de Rahner-Vergrimler apareció, en efec-
to, en Alemania, en 1961 , y en sus seis ediciones alemanas que han
seguido, no se ha introducido cambio alguno.


J. B. B A U E R , Diccionario de Teología Bíblica. Vers ión castellana
de Daniel Ruiz Bueno. Revisión y prólogo de L. Arnaldich, O. F. M.
17,3 x 25 ,6 cm. 580 páginas. Tela 720 pts. Biblioteca Herder, vol . 74 .
Sección de Sagrada Escritura. Editorial Herder, Barcelona.




IOS ESTUDIOS LULIANOS1


Nos hallamos ante una obra, fruto de largos años de estudio y de
verdadera investigación científica en el campo de la Sagrada Escritura.
Por lo cual, sería sufrir un error de monta considerar este Diccionario
como un simple manual de divulgación, concebido y escrito para faci-
litar la lectura de la Biblia.


Los cuarenta y siete especialistas, que han colaborado con el
Dr. Bauer, conocen las lenguas bíblicas y la crítica peculiar de los pro-
blemas escriturísticos. Por lo cual, se han podido estudiar con profun-
didad y exponer con toda precisión las doctrinas teológicas de la fe
y costumbres de cada libro o de cada lugar bíbl ico , y ha sido posible
ofrecer una síntesis de esos pensamientos a la luz de la Escritura y de
la Tradición.


Este dato o aspecto del Dicc ionario , que acabamos de subrayar
es, en estos instantes, de singular valor para el profesor, para el lector
y para el ecumenista; por razón de la precisión y seguridad con que
pueden formularse las conclusiones en numerosos temas, muchos de
los cuales son tratados de manera exhaustiva.


El P. Arnaldich advierte en el prólogo que la limitación a los te-
mas de índole teológica, que el compilador y los colaboradores del
Diccionario se fijaron previamente, no significa que ignoren o dejen
absolutamente de lado las cuestiones filológicas, arqueológicas, histó-
ricas o biográficas; y de hecho algunos colaboradores se adentran en
el campo de la filología y tienen en cuenta el ambiente histórico.


La bibliografía alemana — q u e es la básica, por razón de la na-
cionalidad de la mayoría de co laboradores— se completa con estudios
publicados en lengua castellana y otras lenguas latinas.


H U G O R A H N E B , Humanismo y Teología de Occidente. Ed i c iones Si-
gúeme. Apartado 332 , Salamanca, 1968. 336 páginas.


«Occidente» no tiene aquí un sentido geográfico-político, sino que
se toma desde el punto de vista teológico y de la historia de la salva-
c ión, como ámbito histórico-cultural que Dios ha creado en orden al
cristianismo, como su condición previa, o que el mismo se ha formado
como su cuerpo histórico entre el momento de su enraizamiento en la
historia pública y el otro momento histórico, en el que la Iglesia y el
cristianismo empiezan a existir prácticamente en el mundo.


En la obra, se habla de las relaciones entre el cristianismo y el
mundo occidental; se intenta mostrar vitalmente, en unos cuantos per-
sonajes, c ó m o se realizó la conf iguración de o c c idente y se aspira a ha-
cer palpable, precisamente en los años del primer concil io propiamente
universal, como la Iglesia, en el curso de su historia, va caminando
siempre hacia el occidente.




B I B L I O G R A F Í A 109


I I I


BIBLIOGRAFIA MEDIEVALISTICA-LULIANA


Obras recibidas


De los respectivos autores


G U A S P GELABERT, PREVERE, BARTOMEU, La Vida ermitaño a Mallorca (Época anaco-
rética), Palma de Mallorca, 1 9 6 9 , 1 4 6 págs.


SEBASTIÁN, SANTIAGO, La iconografía de llamón Llull en los siglos XI J'y XI', Palma
de Mallorca, 1969 , 62 págs.


T R U Y O L , A N T O N I O , Dante y Campanella (Dos visiones de una sociedad mundial),
Madrid, 1 9 6 8 , 172 págs.


De las respectivas editoriales


Libreria Editrice delia Pontificia Università Lateranense, R o m a .


PIZZORNI, O . P., P. RECINAI.DO M . , Il fundamento etico-religioso del diritto secando
S. Tomaso d'Aquino, 1968 , 232 págs.


GAI.UZZT, O . M . , AI.ESSANDRO, Origini dell'Ordine dei Minimi, 1967 , 195 págs.


Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Vitrubio, 16 ,
Madrid.


CARRERAS Y ARTAII , T O M Á S , Estudios Filosóficos, I. Escritos doctrinales, Barcelona,
1 9 6 6 , 382 págs. - II. Escritos histórico-filosóficos, Barcelona, 1968 , 4 8 1 .


GARCÍA C R U Z A D O , SERVANDO, Gonzalo García de Villadiego, canonista salmantino


del siglo XV, 1 9 6 8 , 287 págs.


Editions Nauwelaerts, Place Mgr. Ladeuze, 2. Louvain.


SERVAIS, F R . , Elements de Philosophie Thomiste, Introduction Genérale, 1 9 6 8 , 72


pages.


Institut d'études médiévales, 2 7 1 5 , Chemin Côte Ste. Catherine, M o n -
treal, 2 6 , P. Q.


V A N STBENBERCHBN, FERNAND, Le retour à Saint Thomas a--til encore un sens au-
jourd'hui?, 1967 , 67 págs.


Librairie C. Klincsieck, Paris.


R A Y M O N D I.ULLR, Doctrine d'Enfant (Texte établi et présenté par A R M A N D L L I N A -
RÉS), 1969 , 256 pages, 28 F .




110 BSTUDI09 LULIANOS


Lea Editions du Cerf, 2 9 Boulevard Latour-Maubourg, Paris-VII.


PETIT, O . PRAEM , FRANÇOIS, La réforme des Prêtres au Moyen-Age. Pauvreté et vie
commune, 1 9 6 8 , 4 2 0 págs.


C O N G A R , O . P . , Y . M. -J . , L'Ecclésiologie du haut Moyen Age. De Saint Grégoire
le Grand à la désunion entre Byzance et Rome, 1 9 6 8 , 4 2 0 págs.


Biblioteca «La Ciudad de Dios», Real Monasterio de El Escorial.


FOLGADO FLOREZ, O . S. A . , S . , Cristocentrismo Teológico en Fr. Luis de Léon,
1 9 6 8 , 1 9 0 págs.




BIBLIOGRAFÍA 111


I V


BIBLIOGRAFIA CIENTÍFICA GENERAL


De las respectivas editoriales


Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Calle Vitrubio,
1 6 , Madrid.


M A I B E N A V A L D A Y O , JUAN, Estado y Religión (<El valor religioso en el ordenamiento
iurídico del Estado*), 1 9 6 8 , 1 8 1 págs.


BELTRAN DE HEREDIA, 0 . P . , P . V I C E N T E , Domingo Báñezy las controversias sobre
la Gracia (Textos y documentos) , Madrid, 1 9 6 8 , 6 8 0 págs.


Beauchesne et ses Fils, Editeurs, Rue de Rennes, 1 1 7 , Pnris.


PARENT, O . F . M . , E D O U A R D , Ephrem Longpré, un mystique franciscaine de notre
temps (Journal spirituel et lettres), Paris, 1 9 6 9 , 3 2 3 pages.


Libreria Editrice délia Pontificia Università Lateranense, R o m a .


BOGLIOI .0 , LUIGI , La verità dell'uomo, 1 9 6 9 , 3 1 3 págs.
AUTORI DIVF.RSI, Miscellonea Andró Combes, III. 1 9 6 8 , 5 7 4 págs.
BOUBLIK, VLADIMIR, Incontro con Cristo (Credibilità delia religione cristiana), 1 9 6 8 ,


3 0 2 págs.


Università degli Studi di Bari (Istituto de Filosofia), Bari, Italia.


GIANDOMENICO, M A U R O DI , Salvatore Tommasi, l\fedico e filosofo, 1 9 6 5 , 2 4 3 págs.
N A M E R , E M I L E , Documents sur la vie de Jules-César Vaninide Taurisano, 1 9 6 págs.
PAPULI , G I O V A N N I , Girolamo Balduino ( Richerche sulla lògica delia Scuola di Pa-


dova nel Rinascimento), 1 9 6 7 , 3 1 1 págs.
G I A N N U Z Z I , PAOI .O , J. ./. Rousseau e la Chimica (Ricerche di storia delia chimica


dal Rinascimento allTlluminismo), 1 9 6 7 , 2 8 9 págs.
A N T O N A C I , ANTONIO, Francesco Storella (Filosofo salentino del cinquecento), 1 9 6 6 ,


2 4 0 págs.
P O N Z I O , AUGUSTO, La relazione interpersonale, 1 9 6 7 , 1 0 3 págs.
X I X CONGRESSO N A Z I O N A L E DI FILOSOFIA, La filosofia di fronte alie scienze, II, Co-


municazioni, 1 9 6 2 , 8 1 0 págs.
MICCOLIS, SALVATORE, Francesco Sánchez, 1 9 6 5 , 1 0 0 págs.


Ediciones Sigúeme, Apartado 3 3 2 , Salamanca.


D U O U O C , CHRISTIAN, Cristología (Ensayo dogmático, I, El Hombre Jesús), 1 9 6 9 ,
4 4 7 págs.


R A H N E R , H U G O , Humanismo y Teología de Occidente, 1 9 6 8 , 3 3 6 págs.






B I B L I O G R A F I A L U L I A N A


El Prof. R U D O L F B H U M M E R , «Magister» de esta ' Maioricensis Schola
Lullistica», en colaboración con su Asistente en la Universidad de
Mainz, prepara una BIBLIOGRAFÍA SOBRE RAMÓN LLULL (obras
impresas del mismo y publicnriones sobre uno (pie otro aspecto de
su vida v de su obra).


Con este motivo, los dos expresados profesores y este Instituto
suplican a los autores de trabajos de índole luliana se dignen remitir
sendas separatas a las siguientes señas postales:


PiioF. Dit. R U D O L F R H U M M E H
Postfacb 108
6728 GERMERSHEIM / Rhein (Alemania)


E s t u d i o s TLulíanos
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ESPAÑA


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Número suelto . . . . 45 péselas
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Apartado 17, Palma de Mallorca (España)


L O U I S S A L A - M O L I N S


LULLE
L'Arbre de Philosophie d'amour


Le livre de l'ami et de l'Aimé
Et choix <le textes philosophiques et mystiques


(Traduction et notes)
Paris. 1967
422 págs.


( d o n licencia eclesiástica)




Edición crítica die


OPERA LATINA «M B. Ramón Llull


Ha salido el T O M O Q U I N T O


O P E R A PARISIENSIA
(Armo M C C C I X compos i ta )


Un v o l u m e n de X V + 615 páginas


preparado por el


D R . H E L M U T R I E D L I N G E R


Profesor Ordinario Público de la Universidad de Freihurg


y Alagisíer de la MAIOBICENSIS SCHOLA LULI.ISTICA,


bajo la d i recc ión del


D R . F R I E D R I C H S T E G M Ü L L E R


Otros tomos pub l i cados :


T O M O 1 (OPERA MESSANENS1A), 1959, en 4.° , 520 páginas.


T O M O II (OPERA MESSANENSIA E T T U N I C I A N A ) , 1960, en 4." ,
568 páginas.


Preparados por el Da. JOHANNFS S T Ô H R .


T O M O III (LIBEH D E P R A E D I C A T I O N E , D . I - II A ) , 1961 , en 4.°,
407 páginas.


T O M O IV LIBER D E P R A E D I C A T I O N E , D . II B) , 1963, en 4.° ,
649 páginas.


Preparados por el P. ABRAHAM SORIA, O . F. M.


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