Faune des eaux souterraines de Majorque
ENDINS, N . O 5 - 6. 1979. Ciutet de Mallorca
FAUNE DES EAUX SOUTERRAINES DE MAJBRQUE
.*
par Nicole GOURBAULT * et Franpoise LESCHER-MOUTOUE **
Résumé
Les Triclades et les Cyclopides hypogés n'avaient pas encore fait I'objet de recherches 6 Majorque
(Espagne). Les résultats d'une prospection de divers biotopes susceptibles d'héberger ces groupes, ainsi
que d'autres Invertébrés aquatiques, permettent de noter I'indéniable richesse des eaux souterraines de
cette ¡le. Au total, quarante-neuf taxa ont été récoltés. Cette faune semble caractérisée par une klouble
appartenance: certaines especes sont significatives d'un peuplement de type .méditerranéen, d'autres
paraissent endémiques.
Resumen
Ni los Triclados ni los Ciclópidos hipogeos habían sido todavía objeto de investigaciones en
Mallorca. Los resultados de una prospección de diversos biotopos susceptibles de albergar representan-
tes de estos grupos, así como de otros Invertebrados acuáticos, permiten constatar la innegable riqueza
de las aguas subterráneas de esta isla. En total, cuarenta y nueve táxones han sido recolectados. Esta
fauna se caracteriza por una doble pertenencia: ciertas especies son significativas de un poblamiento de
tipo mediterráneo, mientras que otras parecen ser endémicas.
Préambule
Le probleme du peuplement des iles méditérranéennes a depuis longtemps retenu I'attention des
zoologistes, tout particulierement en ce qui concerne son origine (cf. Colloque internat., CNRS, 19611;
cependant, les données relatives
certaines formes terrestres ou aquatiques souterraines qui s'y
rencontrent sont demeurées fragmentaires. Dans les iles Baléares il en est ainsi des deux groupes
d'lnvertébrés aquatiques, Triclades (N. G.)
et Cyclopides (F. L. M.) sur lesquels nous poursuivons des
recherches d'ordre taxonomique et biogéographique.
Les observations scientifiques sur les grottes de Majorque débuterent des la fin du siecle dernier; en
particulier Martel explorait plusieurs cavités et des 1896 visitait les Coves del Drach (in Martel, 1903, a et
6).
Les premiers renseignements concernant la faune aquatique hypogée majorquine sont fournis par
Racovitza (1905) qui découvrit en 1904 le tres intéressant lsopode Typhlocirolana rnoraguesi. Par la suite,
différents biotopes souterrains firent I'objet de recherches faunistiques: citons en particulier celles de
Jeannel et Racovitza, 1907, de Margalef, 1951, 1953 a et b , dfOrghidan et coll., 1975, et récemment
celles des biospéléologues Ginés et Ginés, 1977.
Nous avons pu effectuer une série de récoltes du 22 au 28 mai 1976, grice
une mission
Muséum-Centre National de la Recherche Scientifique. Divers biotopes susceptibles d'héberger des
Triclades et des Cyclopides ont été prospectés: sous-6coulement de rivieres et eaux karstiques (grottes
et sources).
Laboratoire des Vers, associ6 'au CNRS, Muséurn national drHistoire naturelle. 43 rue Cuvier, 75231 Paris
* * Laboratoire souterrain du CNRS, Moulis, 09200 Saint-Girons, France.

Techniques et stations de pr6lhvements
Les méthodes de prélevernents utilisées sont désorrnais classiques pour la recherche des formes
souterraines: chasse a vue, pose de balances appatées et peches au filet fin dans les eaux stagnantes
(gours et. lacs d'ans les grottes, bassins alimentés par des sources), peches au filet Cvetkov dans les
puits, sondages Karaman-Chappuis dans les berges sableuses ou finernent caillouteuses, et pornpages
Bou-Rouch atteignant les sous-écoulernents profonds des ruisseaux temporaires ou pérennes.
Nos récoltes portent principalernent sur le massif rnontagneux situé au nord-ouest de I'ile (1 1:
1. Cova de Can Sivella,
Pollenca
2. Cova de Ses Rodes, a Pollenca
3. Font de Can Salas, a Pollenca
4. Résurgence UII de la Font, a Pollenca
5. Font de I'Algaret, Ternelles, a Pollenca
6. Puits Font den Vidal, a Pollenca
7. Cova de Can Sion, a Pollenca
8. Cova de Campanet, a Campanet ,
9. Torrent de Sant Miquel, k Campanet
10. Torrent de Pareis, h La Calobra
11. Abreuvoir alimenté par un petit ruisseau sur la route de La Calobra
12. Puits
Son Llobera, prks de Lluc.
13. Captage d'une source, entre La Calobra et Lluc
14. Résurgence pr&s de la Cova dets Estudiants, a Soller
15. Cova de Génova
Quelques stations ont été prospectées sur la cate est et nord-est:
16. Cova dels Hams, a Manacor
17. Puits,
Serra Nova (prbs du torrent de Son Real)
18. Puits entre Can Picafort et Sa Pobla.
Triclades
Dans les Coves del Drach, associée des Amphipodes et a I'lsopode T. moraguesi, une Planaire a
été signalée pour la premibre et seule fois, sans la moindre précision taxonomique, par Racovitra (1905,
p. 74). Au cours de deux séries de prélevernents intéressant I'ensemble des formes souterraines de I'ile,
Orghidan a récolté des Triclades dans I'interstitiel d'un ruisseau ternporaire prhs dlAlaró; il a noté aussi la
présence d'un Triclade "blanc et aveugle" dans des sondages, sur la plage en contact avec la rner, a
I'embouchure du torrent de Pareis (Orghidan et coll., 1975). A notre connaissance, I'étude taxonomique
de ces Planaires n'a pas été réalisée. Contrairement A ces auteurs, nous n'avons pas découvert de
Planaires présentant des caracteres de formes obscuricoles.
En raison de I'absence de cours d'eau pérennes, c'est essentiellement au niveau des résurgences
que nous avons pu rencontrer des Triclades. Les animaux que nous avons capturés dans les grottes
appartiennent également k des especes épigées; ils vivent ainsi le plus souvent a la frontihre du domaine
souterrain, leur dispersion en surface étant lirnitée par I'aridité de cette région. Tous se rattachent 6 la
famille des Dugesiidae et au genre Dugesia selon Ball (1974) caractérisé par la forme de la tete en fer de
lance ou en tria~ngle
équilatéral et par la position des yeux, entourés d'une aire dépigmentée, en avant
des oreillettes.
(1) Nous tenons a exprimer nos tres sinceres remerciements MM. Angel Gin4s et Leonardo Llorens, et aux rnernbres d
Grupo Espeleol6gico EST (Palma de Mallorca) et du Grup Nord de Mallorca (Pollenw), qui nous ont accornpagn4es d
nos expeditions et nous ont fait Mn4ficier de leur grande connaissance du domaine souterrain de leur ile.


Fig. 1 . Dugesia iberica Gourbault et Benazzi. Appareil copulateur en vue sagittale.
Trois des six populations observées présentent des individus ayant atteint le stade de maturité
sexuelle complet nécessaire a la détermination de I'espkce.
Dugesia sicula Lepori, 1948, connue de Sicile et de I'ile d'Elbe, peuple le petit cours d'eau alimenté
par la résurgence UII de la Font (st. 4). Sa pigmentation est assez claire, ocre, avec un Iéger tachisme.
L'appareil copulateur de llesp&ce est caractérisé par I'abouchement asymétrique des deux oviductes
dans le canal de la bourse, I'ouverture ventrale du canal éjaculateur dans la papille pénienne conique et
la nette séparation des atriums.
Dugesia iberica Gourbault et Benazzi, 1978, est une nouvelle espece découverte dans la résurgence
des environs de Soller (st. 14: station-type). Seule sa morphologie interne la différencie de la précédente,
avec la présence d'un diaphragme typique entre la vésicule séminale et le canal éjaculateur qui
débouche
I'apex de la papille, d'un bulbe pénien musculeux bien individualisé, d'une papille trapue A
manchon basal glandulaire et atrium unique (figure 1).
La population de la station 11 dont un seul exemplaire avait atteint une complete maturité sexuelle
possede un appareil copulateur comparable A celui de D. 'iberica alors que les habitus de ces deux
souches different. Les Dugesia de La Calobra ont une coloration tres foncée, les oreillettes sont plus
marquées et les dimensions nettement supérieures. Mais il est bien connu que les caracteres externes
peuvent présenter de grandes variations chez beaucoup d'espkces de Triclades paludicoles et de ce fait
il convient de ne leur attribuer qu'une valeur de variation intraspécifique. L'obtention d'autres individus
sexués sera nécessaire pour pouvoir statuer sur la position taxonomique de cette population.
Les spécimens récoltés au niveau des stations 3, 5 et 6 étaient tous immatures. Quelques
exemplaires de la souche de la Font de Can Salas sont maintenus en élevage au Muséum; ils n'ont
montré
ce jour aucune ébauche génitale, ce qui laisserait supposer que nous sommes en présence
d'une population A reproduction exclusivement asexuée.

Fig. 2. Diacyclops balearicus Lescher-Moutou6. Femelle.- 1 : habitus, vue dorsale.
2 : antennule. 3 : maxillipede. 4 : branches furcales, vue dorsale. 5 : segment
génital et réceptacle séminal. 6 : P5.
M%le.- 7
: partie proxirnale de I'antennule. 8 : profil de I'abdomen, P5 et P6.

Une analyse des caryotypes des cinq populations complete les données taxonomiques; elle a fourni
les résultats suivants qui seront développés dans un article plus spécialisé traitant de la caryologie des
Dugesia d'bpagne (Gourbault, note en préparation).
Dugesia sicula (st. 4) : 2n = 18
Dugesia sp. asexuée (st. 3 et 5) : nombre de chromosomes variant de 27 a 30, pouvant &re inter-
prété comme 3n = 27 + 1 h trois supranuméraires.
Dugesia iberica (st. 14) : 2n = 16
Dugesia sp. (st. 11) : 2n = 18, tous métacentriques.
Ainsi, aucune forme typiquement hypogée n'a été recueillie. Si les Triclades troglobies existent, il
est certain qu'ils ne pourront &re observés qu'en période de pluie, lorsque le gonflement de la nappe
phréatique entraine les animaux hors de leur biotope. C'est ainsi, par exemple, qu'a pu &re mis en
évidence et décrit récemment un Triclade remarquable peuplant la nappe souterraine de I'lle de Tahiti en
Polynésie (Gourbault, 1978). Le fait que les Triclades aient été effectivement récoltés par Orghidan en
janvier et en février par sondages Karaman-Chappuis dans le sous-écoulement d'un ruisseau temporaire
vient étayer notre théorie.
En revanche, on peut supposer que le Triclade "blanc et aveugle" signalé par ce meme auteur dans
les graviers de la plage marine du torrent de Pareis appartient
la famille des Maricoles, les Paludicoles
supportant mal une forte salinité (la concentracion de ClNa est tres faible dans leurs tissus).
Cyclopides
Lorsque nous avons entrepris ce travail, les seules recherches concernant les Cyclopides de
Majorque étaient celles de Margalef (1953, a et 6);
les neuf especes citées par cet auteur sont largement
réparties dans les eaux superficielles dlEurope continentale. Les récoltes des chercheurs rournains en
1970-1971 (Orghidan et coll., 1975) avaient rnontré I'existence de Cyclopides (non déterminés) dans
certains des biotopes hypogés qu'ils avaient prospectés. C'est en 1975 que M. Jordi Comas i Navarro
capturait le premier représentant d'un genre troglobie dans les iles Baléares: Speocyclops hellenicus (cf.
Lescher-Moutoué, 1976). Cette découverte perrnettait de penser que les eaux souterraines de Majorque
pouvaient recéler d'autres Copépodes caractéristiques de ces biotopes. Nos prospections dans les eaux
douces et saumatres tant superficielles qu'hypogées, ont confirmé cette hypothbse: au total dix-sept
espkces et sous-especes de Cyclopidae sont présentes dans les prélbvements, sept d'entre elles sont
signalées pour la premiere fois aux Baléares, et une est nouvelle (Lescher-Moutoué, 1978).
Dans le tableau suivant oh les especes troglobies sont signalées par un astérisque, sont indiquées-
les formes recencées par Margalef (1953 a ) et par nous-memes (avec indication des numéros de leurs
stations).
Cinq formes se sont avérées particulikrernent intéressantes tant du point de vue taxonomique et
écologique, que par leur distribution géographique. Trois d'entre elles sont troglobies. H. troglodytes
(st. 10, 16) fut signalé pour la premiere fois en 1954 dans une grotte de I'Aude (France) puis deux ans
plus tard en Sardaigne (Italie); sa présence dans deux localités majorquines laisse a penser que cette
espece doit etre bien répartie dans les eaux saurnatres de I'ile. Sp. hellenicus (st. 7, 13) n'avait pas été
recapturé depuis sa découverte en 1953 dans des grottes du Péloponnkse (Grbce). Th. stephanidesi
décrit de I'ile de Corfou en 1938, a été retrouvé quelques vingt ans plus tard en Grbce, puis plus
récemment en Italie. Toujours rencontrée dans des puits, cette espece est considérée comme troglobie.
Eucyclops hadjebensis est une espece rare; décrite du Maroc elle fut reconnue I'année suivante en
Algérie par Roy et Gauthier (1927). Nous sommes en présence ici d'une forme tres voisine et les
différences morphologiques observées pourraient entrer dans le cadre de variations intraspécifiques.
Le statut écologique de I'espece nouvelle D. balearicus (fig. 2 et 3) ne peut &re établi avec certi-
tude; elle appartient A un genre dont I'aptitude 2 vivre dans des biotopes hypogés est bien connue pour
un grand nombre de ses formes. O n ne peut toutefois en déduire avec certitude qu'il s'agisse d'u
espece troglobie.

TABLEAU I
Cyclopidae
Margalef
N.G. et F.L.M.
Sous-famille des Halicyclopinae
* Halic yclops troglodytes Kiefer, 1954
10, 16
Halicyclops rotundipes Kie fer, 1935
10
Halic yclops neglectus Kie fer, 1935
+
Sous-famille des Eucyclopinae
Macrocyclops albidus (Jurine, 1820)
+ 12, 18
Eucyclops serrulatus ( Fischer, 1851
+ 8, 13, 15, 17
Eucyclops aff. hadjebensis Kiefer, 1926
11
Tropocyclops prasinus (Fischer, 1860)
+ 2,6,9,12,17,18
Paracyclops fimbriatus ( Fischer, 1853)
+ 2,6,8,11,13,14
Sous-famille des Cyclopinae
A. (M. viridis viridis ( Jurine, 1820)
+ 2, 6, 9
Diacyclops bicuspidatus (Claus, 1857)
+
Diacyclops bisetosus (Rehberg, 1880)
2
Diacyclops languidoides s./. ( Lil ljeborg , 1901 1
1, 12, 13
D. languidoides clandestinus ( Kiefer, 1926)
2, 6, 8, 14
D. languidoides badeniae ( Kiefer, 1933)
9, 10, 11
Diacyclops balearicus n . sp .
6
Microcyclops varicans ( Sars, 1863)
9
Microcyclops rubellus (Lilljeborg, 1901)
+
* Speocyclops hellenicus Lindberg, 1953
7, 13
* Thermocyclops stephanidesi Kiefer, 1938
6
Thermocyclops crassus ( Fischer, 1853)
+
Thermocyclops dybowskii (Landé, 1890)
6
Autres groupes récoltés
Dans le tableau II est reportée la liste faunistique des Invertébrés associés iaux Triclades et aux
Cyclopides, recueillis dans les dix-huit stations que nous avons prospectées ainsi que le détail de la
répartition par stations des divers taxa (les genres et especes troglobies sont affectés d'un astérisque).
Cette liste laisse apparaitre I'existence, au sein des eaux souterraines de Majorque, d'un nombre
élevé d'espbces hypogées, especes rares pour la plupart.
En effet, les Ostracodes recueillis qui appartiennent soit aux genres Pseudocandona et Mixtacando-
na soit A la famille des Candonides sont des troglobies typiques mis en évidence pour la premiere fois 3
Majorque; il s'agit la de la station la plus méridionale des Mixtacandona, a carapace triangulaire, connus
ce jour seulemlent de I'est de I'Europe (Transcaucasie, Roumanie, Bulgarie).
Les Harpacticides sont également représentés par des formes souterraines: Parastenocaris et une
forme voisine de Pseudectinosoma.
Le Syncaride lberobathynella fagei, décrit des eaux interstitielles du Tech (France), a été cignalé
par Margalet (1951) dans la grotte de Genova,, puis retrouvé 3 Can Sion (Orghidan et al. 1975). Nous
I'avons capturé dans deux autres cavités; I'ensemble de ces données semble prouver qu'il peuple
régulierernent, et abondamment, les eaux souterraines karstiques de I'ile.

TABLEAU II
TRICLADES
Dugesia iberica Gourbault et Benazzi: 11 (?), 14
Dugesia sicula Lepori: 4
Dugesia sp. (asexuée): 3, 5, 6
NEMATODES: 1, 2, 3, 6, 9, 15
MOLLUSQUES: 1, 2, 3, 4, 6, 7, 9, 10, 12, 13, 17, 18
CLADOCERES
Tretocephala ambigua (Lilljeborg): 13
Pleuroxus aduncus (Jurine): 8, 11, 17, 18
OSTRACODES: 1, 2, 3, 4, 6, 7, 9, 10, 11, 12, 13, 15, 17
* Mixtacandona, * Pseudocandona, * Ca ndonides, Cypria, Cypridopsis,
Herpetoc ypris, C yctoc ypris.
HARPACTICIDES: 1, 2, 3, 6, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 15, 17, 18
* Parastenocaris, * Pseudectinosoma
CYCLOPIDES: (voir tableau 1): 1, 2, 6, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 15, 16, 17, 18
SYNCARIDES: 2, 7, 8, 15
* lberobathynella fagei (Delamare et Angelier): 7, 15
THERMOSBAENACES
* Monodella sp.: 16
AMPHIPODES
* Bogidiella balearica Dancau : 16
* Bogidiella sp.: 10
* Pseudoniphargus africanus Chevreux: 10
* Metacrangonyx longlpes Chevreux: 1, 2, 6
* Salentinella angelieri Ruffo et Delamare: 2, 16
Gammares: 10
ISOPODES
Jaera aff. italica Kesselyak: 10
* Microcharon ma
* Microcharon n. sp.: 1
* Microcharon sp.: 9
* Typhlocirolana moraquesi Racovitza: 2
Sphaeroma hoockeri Leach: 10
* Balearonethes sesrodesanus Dalens: 1,
HYDRACARIENS: 1, 2, 3, 8, 9, 12, 17
MYRIAPODES
* Orphanoiulus relig~
Polydesmus sp.: 7
Brachydesmus sp.:

De meme, la présence des Thermosbaenacés a Majorque est remarquable si pn considere le faible
nombre de stations d'ob sont connus ces troglobies exclusifs. Le genre Monodella, récolté précédem-
ment par Orghidan et al. en quelques grottes du littoral (oir nous I'avons retrouvé) a été également
peché dans des puits.
En ce qui concerne les Amphipodes, les cinq especes reconnues appartiennent a des genres
troglobies. Le genre Bogidiella présente une répartition circum-méditerranéenne. Deux formes différentes
ont été décelées au cours de ces récoltes: I'une correspond a I'espece balearica récemment décrite des
grottes de la cate orientale, I'autre (non déterminéel vit dans les graviers grossiers du sous-écoulernent
du torrent de Pareis sur la cate ouest. Metacrangonyx longipes, décrit de Majorque, était exclusivement
connu des grottes de la cate est (coves dels Hams, del Drach et del Pont); les stations mises en
évidence (coves de Can Sivella et de Ses Rodes, puits Font den Vidal) sont toutes situées sur le
territoire de la municipalité de Pollenca, au nord de I'ile. La capture aux Baleares de Pseudoniphargus
africanus
vient préciser son aire de distribution. Enfin, Salentinella angelieri, dont la description fwt
effectuée 2 partir d'exemplaires recueillis dans des eaux phréatiques corses, a été retrouvée ultérieure-
ment en Céphalonie et dans des grottes du Péloponnese, de Corse, de Sardaigne et de Minorque. Nous
I'avons récoltée dans les eaux des coves dels Hams et de Ses Rodes.
Outre Jaera italica qui fait I'objet d'une étude détaillée (voir addendum), on note parmi les Isopodes
la présence d'une forme oculée obscuricole, souvent partiellement dépigmentée, Proasellus coxalis
gabriellae, déja signalée par Margalef a Palma, Soller et Inca, et d'un Sphéromien, Sphaeroma hoockeri,
trbs répandu dans les eaux saumatres littorales du bassin méditerranéen, et bien réparti dans I'ensemble
des iles Baléares (Margalef, 1953).
Associés
ces formes plus ou moins étroitement inféodées aux eaux souterraines, nous avons
retrouvé le Cirolanide T. moraguesi et découvert la forme la plus primitive actuellement connue des
Haplophthalminae Trichoniscidae, Balearonethes sesrodesanus, seconde espbce dfOniscoide endémique
de Majorque (I'autre étant Trichoniscus dragani Tabacaru, 1974).
II est intéressant de noter encore que les Microparasellides sont mis en évidence aux Baléares pour
la premiere fois. Microcharon marinus est une espece fréquentant les eaux saumatres littorales du bassin
méditerranéen.
Enfin, pour I'espece récemment décrite de ~ i r i a ~ o d e
cavernicole a affinités sardo-italiennes,
Orphanoiulus religiosus malloricensis, une seconde station majorquine est indiquée.
Conclusion
Lors de ces recherches sur la faune des eaux souterraines douces et saumatres de Majorque, les
Triclades et les Cyclopides ont tout particulierement retenu notre attention.
Ces deux groupes sont bien diversifiés sur I'ile.
D. iberica n. sp. et D. sicula sont les premiers Triclades décrits de Majorque. La Planaire D. iberica
semble largement répandue dans les cours d'eau de surface de la péninsule ibérique ob nous I'avons
récemment recherchée (Gourbault et Bennazi, 1978; Rouch, Lescher-Moutoué, Gourbault, note en pré-
paration). Sa présence ici rend compte des liaisons faunistiques ile-continent mais pourrait aussi
s'expliquer par une introduction accidentelle plus ou moins récente. Toutefois, les introductions de
Triclades par I'homme ne constituent pas des phénomenes tres fréquents et deux exemples seulement
sont connus dans le monde: D. tigrina a été importée drAmérique en Europe en meme temps que des
plantes d'aquarium et D. polychroa, espece européenne, a atteint a présent le Canada et le nord-est des
Etats-Unis.
En ce qui concerne les Cyclopides, le nombre total des especes vivant
Majorque est porté a vingt
et un du fait de la découverte de dix-sept formes dont une nouvelle (D. balearicusl. Pour ce qui est de
leur rapport avec les especes hypogées d1Espagne continentale, notons que les données concernant ces
dernieres sont rares (Kiefer, 1937) et que quelques especes troglobies recensées alors différent de celles
inventoriées par nous-meme au cours de ce travail.


Bien que I'étude taxonomique de I'ensemble du matériel récolté ne soit pas achevée (2) les premiers
résultats montrent la richesse faunistique indéniable des eaux souterraines de Majorque. Nul doute alors
que de nombreuses formes restent encore a découvrir. La plupart des especes sont soit strictement
inféodées aux biotopes hypogés, soit troglophiles; ce sont elles, A I'exclusion des espbces A mode de vie
épigé, qui retiendront notre attention au niveau de ces conclusions.
D'ores et déjh, un genre Inouveau (Balearonethesl et quatre especes nouvelles ont 6th décomptés:
D. iberica, D. balearicus, B. sesrodesanus, Microcharon n. sp. (voir tableaux I et 11).
Un certain nombre de taxa majorquins paraissent ainsi endémiques: D. balearicus, B. balearica,
M . longipes, T. moraguesi, B. sesrodesanus, 0. religiosus malloricensis.
En revanche quelques autres formes étaient déjh connues du pourtour du bassin méditerranéen ou
sur ses iles: c'est le cas de la Planaire D. sicula, des Cyclopides H. troglodytes, Eucyclops aff.
hadjebensis, Sp. hellenicus et Th. stephanidesi, de IrAmphipode S. angelieri et de I'lsopode S. hoockeri.
Nos récoltes permettent donc de préciser et d'élargir leur aire de distribution vers I'ouest. Mais ces
similitudes ou les rapports étroits existant entre ces espkces ne peuvent étonner puisque les relations
paléogéographiques de Majorque avec les autres iles thyrrhéniennes sont A présent bien établies et
viennent corroborer la théorie de I'existence d'une plus vaste expansion antérieure de taxa a présent
isolés sur quelques iles.
Par ailleurs, de I'ensemble des études faunistiques portant sur les iles, il découle en général que
celles-ci présentent le plus souvent un nombre réduit dlesp&ces a effectifs fréquemment limités en
comparaison avec ce que I'on observe sur les continents; cette pauvreté permet, en I'absence de
prédateurs, la survie de formes tres anciennes et favorise I'apparition de races ou diespeces nouvelles
comme nous avons pu les mettre en évidence. Ce phénomene vient, dans le cas qui nous occupe,
accentuer encore les caractéristiques des peuplements hypogés.
En résumé, la faune des eaux souterraines de I'ile de Majorque parait donc caractérisée par une
double appartenance: certaines especes sont significatives d'un peuplement de type méditerranéen,
d'autres sont endémiques. Toutefois il convient de souligner que les données concernant la faune
dlEspagne continentale sont encore trop réduites pour permettre d'affirmer qu'il siagit ici d'espbces
réellement endémiques. II est évident que ces prospections, limitées a quelques points de prélevements,
ne donnent qu'une idée encore tres fragmentaire de I'ensemble de I'ile. Cependant, ces premiers
résultats laissent apparaitre la richesse et la diversité des peuplements ainsi que le grand intéret
biogéographique de I'ensemble des Invertébrés inféodés aux eaux souterraines majorquines.
Addendum
Les précisions suivantes concernant I'Asellote Jaera aff. italica Kesselyak, 1938, nous ont 6th
communiquées par MM. J.-P. Henry et G . Magniez.
D'origine marine, certaines especes de Jaera s'installent dans les eaux saumatres et meme douces
littorales.
A Majorque (ruisseau prks de Soller), une espece était déja connue: Jaera balearica Margalef, 1952
(Hydrobiologia, IV, 112: 209-2731.
La forme de La Calobra (station 10) est tres différente de Jaera balearica. Le pléopode 1 des male
adultes en particulier évoque celui de Jaera italica, c'est pourquoi il est utile de donner une représen
tion des pléopodes 1 a 5 de cette forme de Pareis (fig. 4).
Jaera italica Kess., a été découverte en premier lieu en Sicile,'pr&s de Syracuse (Fonte Aretusa
riviere Kyane), en ltalie (Paestum, au S. de Naples), puis a la résurgence Slatina Voda, bouches
Kotor, Herzégovine (Remy, 1941, Arch. Zool. exper. gdn. Fr., 82, 1: 1-25),
la résurgence de Krane, au
(2) Nous remercions tous nos collegues et amis qui ont bien voulu examiner ce matbriel: MM. J.Y. Bertrand (Cladochre
C. Bou (Amphipodes), N. Coineau (Microparasellides), H. Dalens (Oniscoides), D. Danielopol (Ostracodes), J.P. Henry
G. Magniez (Asellides), J.P. Mauries (Myriapodes), R. Rouch (Harpacticides), ainsi que Mme J. Daffis qui a assur6 le tri
la microfaune.


sud de Céphalonie (Strouhal, 1942, Zool. Anz., 138, 718 : 145-1621, dans les eaux marines, saumatres e t
douces de résurgences littorales de Dalmatie et Monténégro, ¡le de Cres au sud de I'lstrie (Karaman,
1953, Acta Adriatica, Split, V , 5: 1-20).

Références bibliographiques
BALL (I.R.), 1974. A contribution- t o the phylogeny and biogeography of the freshwater triclads
(Platyhelmintes, Turbellaria). In Riser, N. W . and M.P. Morse, Eds. Biology of the Turbellaria, New
York, Mc Graw-Hill, p. 339-401.
DALENS (H.), 1977 (paru 1978).
Sur un nouveau genre de Trichoniscidae Balearonethes sesrodesanus
n.g., n.sp. (Isopoda, Oniscoidea). Bull. Soc. Hist. Nat., Toulouse, 113, 3-4,
p. 298-302.
GINES (A,) et J. GINES, 1977. Datos bioespeleológicos obtenidos en las aguas cársticas de la isla de
Mallorca. 6
'
Simp. espeleol. bioespeleol., Publ. C.E.T., p. 81-95.
GOURBAULT (N.), 1978. Une nouvelle planaire primitive d'origine marine, Turbellarié Triclade d e '
Polynésie. Cah. Biol. marine, 19, p. 23-36.
GOURBAULT (N,) et M. BENAZZI, 1978. Une nouvelle espece ibérique du "groupe Duges~
gonocephala" (Turbellariés, Triclades). Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris (sous-presse).
JEANNEL (R.) et E.G. RACOVITZA, 1907. Enumération des grottes visitées '1904-1906.
Biospeologica 11,
Arch. Zool. Exp. Gén., 4" sér., 6, p. 489-536.
KESSELYAK, 1938. Die Arten der Gattung Jaera Leach (Isopoda, Asellotal. Zool. Jahlt., Syst., 71, 3, p.
219-252.
KIEFER (F.), 1926. Diagnosen neuer Süsswasser Copepoden aus Afrika. Zool. Anz., 66,
9-12,
p. 262-269.
KIEFER (F.), 1937. Cyclopiden (Crustacea, Copepoda) aus nordspanischen Hohlen. Zool. Anz., 119, p.
321 -327.
LEPORI (N.), 1948. Descrizione di Dugesia sicula, nuova sp. di Triclade d'acqua d'olce dei dintorni d
Catania. Archivo Zool. ltal., 33,
.p. 461 -472.
LESCHER-MOUTOUÉ (F.), 1976.'
Speocyclops cantabricus n. sp., Crustacé Copépode Cyclopide de
eaux souterraines du nord de I'Espagne; actuelle répartition du genre dans ce pays. Ann. Spéléol
31, P. 85-89.
LESCHER-MOUTOUÉ (F.),1978.
Cyclopides des eaux souterraines de I'ile de Majorque (Espagne). Vie et
Milieu (sous-presse)
MARGALEF (R.), 1951. Un Sincárido del género Parabathynella en las Baleares. lnst. Biol. Apl., 8, p
151 -1 53.
MARGALEF ( R . ) , 1953 a. Materiales para la hidrobiología de la isla de ~ a l l o r c a .
lnst. Biol. Apl., 15 p
100-102.
MARGALEF (R.), 1953 b. Los Crustáceos de las aguas continentales ibéricas.
Experim., Madrid, p. 1-243.
MARTEL (E.A.), 1903 a. XIV et XVe campagnes souterraines (1901 et 1902).
Bull. S
p. 333-353.
MARTEL (E.A.), 1903 b. Les cavernes de Majorque. Spelunca, 5,
32, p. 3-32.
ORGH IDAN (T.), M. DUMITRESCO et, M. GEORGESCO, 1975.
Mission biospéologique "Constant
Dragan"
Majorque (1970-1971
). lbre note. ~ractínides (Araneae et Pseudoscorpionidea). Tra
lnst. Spéol. "Emile Racovitza'; 14, p. 9-33.
RACOVITZA (E.G.), 1905. Nouvelle exploration de la cueva del Drach (Mallorca). Typhlocirolan
moraguesi n. sp. d'lsopode cavernicole des grottes du Drach (Baléares). Bull. Soc. Zool. France,
30, p. 72-80.
ROY (J.) et H. GAUTHIER, 1927. Sur les Copépodes dlAlgérie et de Tunisie (eaux douces et eaux
saurnatres). Bull. Soc. Zool. France, 52, p. 558-575.
TABACARU (1.1, 1974. ~sphces
de Trichoniscus (Crustacea, Isopoda) de I'lle de Majorque. Trav. Inst.
Spéol. "Emite Racovitza", 13, p. 21 3-221
.
Colloques internationaux du CNRS. 94: Le ~euulement
des iles méditerranéennes et le roblem me de